Faut-il être ‘‘drogué ou manipulé’’ pour s’opposer à la gestion des affaires du président Alpha Condé?

 Depuis l’accession du président Alpha Condé au pouvoir en 2010, la Guinée est en proie à des troubles sociaux sans doute sporadiques, mais sûrement meurtriers et généralisés à travers le pays. Ces troubles sociaux ont souvent été le fait de groupes ethniques opposés entre eux, comme ce fut le cas à N’zérékoré entre Guerzés et koniakés, mais ils ont en grande partie eu pour origine les confrontations entre les forces de l’ordre et les populations civiles avec pour toile de fond, des revendications sociales ou politiques.

À titre d’exemples, on peut citer les exécutions sommaires par les forces de l’ordre de Guinée d’habitants de Zogota (Zowota) dans la nuit du 3 au 4 Août 2012, au motif qu’ils auraient saboté les installations de la compagnie minière brésilienne, Vale ; le massacre d’habitants à Siguiri dans la nuit du 7 au 8 Août 2012 qui s’étaient révoltés contre le manque de sécurité dans la ville ou les massacres répétés des manifestants de l’opposition sur l’axe Bambeto-Cosa à l’occasion des marches pour la tenue d’élections libres et transparentes.

Face à cette situation, il y a une certitude. Et, cette certitude est qu’il y a toujours une corrélation positive entre la qualité et le nombre de revendications sociopolitiques et le haut degré d’ouverture d’esprit d’une nation. En effet, le développement des moyens et technologies de communication a fortement contribué à exposer les Guinéens à d’autres expériences de progrès socioéconomiques et politique. Ceci a eu pour effet de façonner de manière qualitative leurs goûts, aspirations et attentes des autorités publiques. Mais, il y a aussi une zone d’ombre qui se traduit par le fait que le président Condé n’est pas prêt à endosser la responsabilité de cette situation qu’on pourrait qualifier, pour le moins, de chaotique.

En vérité, s’il est admis que la responsabilité suit le pouvoir, le sieur Condé est donc bien fondé à soulever une exception de non-imputabilité des faits qui sont antérieurs à sa prise de fonction. Et, cette préoccupation se traduit clairement dans ses propos quand il affirme : ‘‘Il y a eu la guerre au Liberia et nous sommes impliqués, les armes circulent dans le pays, lorsqu’on a décidé de désarmer, le président de l’époque, Lansana Conté a refusé de désarmer, ce qui fait que ces armes circulent entre le Liberia, la Côte d’Ivoire et la Guinée. C’est pourquoi nous sommes en train de fouiller pour récupérer les armes» (lejourguinée, 21 Juillet 2013 10 :46), ou : ‘‘L’opposition en Guinée est composée d’anciens premiers ministres qui ont géré le pays et qui l’ont mis à terre. Ils font tout pour bloquer le changement’’ (factuguine.com, 9 Août 2013), ou encore ‘‘les opposants ont corrompu avec de l’argent, droguer et dresser les jeunes contre mon régime pour décourager les investisseurs étrangers de venir en Guinée’’. (lejourguinée, 3 Août 2013, 21 :47).

Il en découle de ce qui précède que le président Condé n’y voit dans ces agitations sociales que l’incompétence de feu Lansana Conté et la corruption des anciens premiers ministres devenus ses principaux adversaires. Partant, il ne saurait concevoir une remise en cause de sa gestion des affaires en Guinée qu’à condition que les masses guinéennes aient été manipulées ou droguées!

Néanmoins, force nous est de constater que d’autres chefs d’États à travers le monde, faisant face à la même situation que le président Condé, ont eu une attitude et des propos différents pour expliquer le manque de progrès tangibles dans leur gestion de la chose publique. Il en est ainsi du Président Macky Sall du Sénégal qui s’expliquait en ces termes, face à cette question du journal ‘Jeune Afrique’: Les Sénégalais souffrent et l’expriment. Ils éprouvent des difficultés à se nourrir, à se loger, à se soigner… Compte tenu de leurs attentes, immenses, ne craignez-vous pas de les décevoir ?Je suis pleinement conscient de la difficulté de la tâche à laquelle nous sommes confrontés, mais je n’ai pas peur des défis. Il nous faut cependant, pour espérer changer les choses, modifier notre manière de gouverner et élaborer un nouveau paradigme en matière de conception de nos politiques de développement, avec plus d’efficacité. Il n’y a pas de miracle en la matière, seulement du travail, une vision, des compétences mises au service de l’optimisation de nos ressources. Pourquoi Taiwan, la Corée du Sud ou, plus près de nous, la Tunisie, qui étaient comparables au Sénégal au début des années 1960, ont-ils pu parcourir tout ce chemin et pas nous ? Pourquoi devons-nous toujours importer ce que l’on consomme dans nos assiettes ? Pourquoi ne pourrions-nous pas remplir les objectifs que nous nous fixons ? Rien ne sera simple. Il faudra beaucoup de sueur, de volonté, et consentir à certains sacrifices. J’ai pris des engagements durant la campagne et je mettrai tout en oeuvre pour les tenir. Ensuite, les Sénégalais jugeront… (Lire l’article sur Jeuneafrique, Macky Sall ‘avec moi tout va changer’). Il apparait clairement que le président Sall est porté vers l’avenir et ne fait nullement référence à son prédécesseur Wade qui, pourtant, avait laissé le pays dans une situation socioéconomique pas enviable.

Dans le même ordre d’idée, le président Obama, interpelé sur son manque de résultats promis s’exprimait en ces termes : « I love these folks who helped get us in this mess. And then suddenly say, ‘Oh, this is Obama’s economy.’ That’s fine. Give it to me. My job is to solve problems — not to stand on the sidelines and carp and gripe. So I welcome the job. I want the responsibility. »(Ma traduction : j’aime ces gars qui nous ont mis dans ce désordre puis qui, soudainement disent, ‘oh c’est l’économie d’Obama’. Ce n’est pas grave, attribuez le moi. Mon boulot est de résoudre les problèmes et non de me mettre sur le côté à chicaner et à me plaindre. Donc, j’accepte la tâche. Je veux la responsabilité) (NBC NEWS, 14 JUILLET 2009)

Enfin, le président Français François Hollande dans une réaction similaire à celles de ses homologues Sénégalais et Américain a tenu ces propos : ‘‘Bien sûr, j’aurais pu vous dire que nous n’en serions pas là, si nos prédécesseurs avaient fait des choix courageux, notamment sur le plan de la compétitivité, ces dix dernières années. On me le fait sentir d’ailleurs quand je vais à l’étranger ! Bien sûr, je pourrais vous dire que cela va plus mal ailleurs. Et alors ? Je ne cherche aucune défausse, ni sur le passé, ni sur l’extérieur’’. (Voltairenet.org, 16 mai 2013)

À ce niveau, on pourrait légitimement se poser la question de savoir si le président Condé a le caractère approprié pour exercer cette fonction de président de la république que ses ambitions personnelles lui font désirer, tant le hiatus est manifeste entre ses sempiternelles lamentations, son obsession sur le passé, ses accusations contre les anciens premiers ministres qui peuvent bien n’être que des dénonciations calomnieuses, car les audits qu’il a ordonnés ne semblent avoir rien révélé contre eux et la réaction de bravoure et de courage de ses homologues sénégalais, Français et Américain qui assument leurs responsabilités sans chercher de bouc-émissaire.

En sus, on devrait aller plus loin en interpellant le président Condé sur ses propres moyens de défense. S’il est vrai qu’on ne peut raisonnablement imputer au président Condé la responsabilité des faits qui sont antérieurs à sa prise de fonction, il n’en  demeure pas moins que l’on est en droit de l’interpeller sur sa politique vis-à-vis de ces faits antérieurs qui continuent d’avoir un impact sous sa gouvernance. Par la même occasion, il ne serait pas aberrant de demander des comptes au président de la république sur sa gestion de la Guinée durant ces 2 dernières années et surtout sur les conséquences, à l’avenir, de la politique qu’il est en train de mener.

Je vais m’attelez, dans le cadre de cet article, à approfondir la réflexion sur ces questions en mettant en exergue, tour à tour, les tueries de N’zérékoré et la crise de l’électricité.

1) Les tueries intercommunautaires de N’zérékoré :

Il faut commencer par rappeler, sans ambiguïté, que les confrontations meurtrières entre groupes ethniques à Nzérékoré ont existé bien avant l’accession au pouvoir du président Condé. La plus connue d’entre elles est celle de 1991 avec son cortège de morts et mutilés. Mais, le 15 Juillet dernier, une tuerie a repris entre Guerzés et Koniakés dans la localité. Dans ce cafouillage social et contre toute attente, le président Condé, après avoir lu un discours laconique, s’est envolé pour Abudja. Les réactions d’indignation et condamnation ne se sont pas fait attendre. Et, comme pour défier le peuple de Guinée, le président à continuer à bourlinguer en Guinée Équatorial puis au Congo. Pour se justifier face à cette incompréhension, le sieur Condé a soutenu qu’en tant que panafricaniste, il était allé soutenir son ami M. Sassou Nguesso dans son effort de médiation en République Démocratique du Congo. Le ridicule ne tue pas!

Pour revenir aux choses sérieuses, les questions ‘graves’ que l’on est en droit de se poser sont les suivantes : le président Condé était-il informé d’une possible tuerie entre groupes ethniques dans cette localité? Si oui, a-t-il pris des mesures appropriées pour prévenir ces tueries? A-t-il eu le temps nécessaire pour agir? La réponse, par l’affirmative, à ces questions est donnée par le président Condé lui-même qui, de surcroît a fait une révélation sur l’origine des armes. Mais bien plus que cela, M. Condé reconnait sa faute personnelle et par conséquent, se contredit lui-même  quand il a affirmé à l’occasion de son déplacement à N’zérékoré : ‘‘C’est parce que l’État était absent. Désormais, l’État va être présent à tous les niveaux et la sécurité des personnes et de leurs biens sera assurée’’ (Africaguinee.com, 27 Juillet 2013). C’est justement à cause de ce gap de 2 ans durant lesquels rien n’a été fait pour parer à cette situation de tuerie que le président Condé doit être tenu pour responsable.

Mais, est-il juste de dire que l’État a été absent de Nzérékoré? Je crois que non! L’État était bel et bien présent à Nzérékoré, mais pour exploiter ses ressources minières, collecter ses taxes, polluer son environnement et exécuter sommairement ses habitants quand ils se sont révoltés contre leur exclusion du marché du travail, comme ce fut le cas à Zogota. L’État y a toujours été, mais pas pour la bonne cause.

2) La crise de l’électricité :

Il faut se garder de faillir à la tradition sur cette question en reconnaissant, sans équivoque, que le président Condé n’est pas à l’origine de la crise du courant en Guinée. Mais, sur cette question aussi les inquiétudes sont légions. D’entrée, un fait important mérite d’être souligné. La politique d’emploi de M. Condé étant essentiellement basée sur l’exploitation des mines, il en découle que la création d’emplois à Conakry dans ce secteur va se limiter à quelques tâches administratives dans les QG de ces compagnies minières. La grande majorité de la population de Conakry, avec un niveau d’éducation pas très élevé, va inévitablement se retrouver exclue de ce type d’emploi. C’est dans ce contexte de chômage structurel que la vente d’eau glacée, et de ce qui est appelé en Soussou (yoghourt ou crème glacé)  est devenu un moyen essentiel pour de nombreuses familles pour assurer au moins un repas par jour. Il faut de l’électricité pour obtenir du , face une politique de création d’emploi clientéliste.

Résoudre le problème de l’électricité en Guinée en 6 mois était l’une des promesses de campagne du président Condé, si ce n’est la plus importante. Compte tenu du fait que la constitution guinéenne en son article 159 prévoyait la tenue d’élection législative dans les 6 prochains mois qui ont suivi l’accession de M. Condé au pouvoir, la matérialisation de cette promesse phare aurait été un grand coup médiatique et un redoutable cheval de bataille pour sa campagne électorale. Ainsi, le président Condé s’est empressé de recevoir 700 millions$ de Rio-Tinto en guise de règlement de tous le contentieux qui existait entre la Guinée et cette compagnie.

De cet argent, M. Condé soutien avoir financé la construction du barrage de Kaléta à hauteur de 125 millions $ avec une compagnie Chinoise, pour 4 ans. De l’argent perçu de Rio-Tinto, le président Condé affirme aussi avoir placé 250 millions en bourse. Où est donc passé le reste du fric? Pire, quelques mois seulement après la réception de cet argent de Rio-Tinto, M. Condé, en présence de son conseiller M. Tony Blair, reconnaissait que la Guinée avait perdu dans ce deal avec Rio-Tinto. Mais, le problème auquel il était confronté cette fois-ci est que ni feu Lansana Conté encore moins les anciens premiers ministres y étaient impliqués. M. Condé s’est dépêché de trouver le bouc-émissaire en la personne de ses conseillers qu’il a accusé de lui avoir trompé! M. Condé gère tout, mais il n’est responsable de rien! En réalité, Condé avait tout simplement voulu marquer un grand coup avant les législatives et c’est la raison pour laquelle il s’est empressé d’accepter cet argent de Rio-Tinto. Ces ambitions personnelles ont primé sur les intérêts de la Guinée. Dans la foulé, M. Papa Koly Kourouma, ministre de l’énergie avait entièrement financé un projet d’approvisionnement de la ville de Conakry en électricité avec une compagnie brésilienne. Le montant de ce projet n’a pas été révélé, ainsi que les termes du contrat. Il faut aussi souligner que 300 millions $ avaient été versés à EDG pour l’électrification de la ville Conakry.

À l’arrivée, des centaines de millions $ de l’argent des guinéens ont été dépensés, mais le résultat est qu’il y a moins de déserte d’électricité  aujourd’hui qu’avant l’arrivée du président Condé au pouvoir. Pour se défendre, face à cette contradiction, le gouvernement de Condé s’appuie sur les faits suivants : il y a eu une  forte affluence de personnes des régions vers Conakry; la vétusté du matériel électrique en place et bien sûr le sabotage des actions du président de la république par ‘les ennemies du changement’. Ces moyens de défense suscitent quelques questions. Le problème de l’exode rural est l’une des caractéristiques principales de toutes les capitales des pays en voie de développement depuis la mise en place des Programmes d’Ajustement Structurels dans les années 80. Le gouvernement de Guinée est-il en mesure de nous dire quel est le pourcentage de personnes qui ont déserté les campagnes et régions ces 2 dernières années pour Conakry, au point de créer une rupture totale d’approvisionnement d’électricité? Pourquoi installer des panneaux solaires à Kankan qui sont régulièrement hors service pour cause de poussière et non Conakry où les routes sont revêtues de goudron et où le taux de criminalité nocturne est incomparable? Où sont passés les 300 million$ versés à EDG? Si le problème que connait le barrage de Garafiri est tout simplement lié à l’approvisionnement en eau comme l’a laissé entendre M. Laye Kouyaté le porte-parole d’EDG, pourquoi n’avoir pas privilégié cette option qui fournirait 75 mw sur les 100 nécessaires pour alimenter Conakry? Le barrage de Lansana Conté? Que s’est-il  réellement passé dans ce contrat à ‘la sauce samba’  entre M. Papa Koly et la compagnie brésilienne? Même si la manière n’était pas la bonne, toute cette pagaille n’est-elle pas suffisante pour les habitants de Conakry de manifester leur colère sans être manipulés, corrompus,  drogués ou saboteurs?

Salim Gassama-Diaby

Juriste, Spécialiste de l’Économie politique du Développement

Guinee7/Partenaire de www.actuconakry.net

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