Justice guinéenne : le désenchantement ?

http://Actuguinee.org / Près de deux ans après leurs arrestations pour des soupçons liés à des détournements de deniers publics et blanchiment d’argent, Amadou Damaro Camara, ancien Président de l’Assemblée nationale, Ibrahima Kassory Fofana, ancien Premier ministre, Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense nationale et chargé des Affaires présidentielles, ainsi que les anciens ministres Ibrahima Kourouma et Oyé Guilavogui, attendent toujours derrière les barreaux de connaître leur sort. Commencé tardivement et dernièrement plus d’un an et demi après leur arrestation, le procès en cours du docteur Mohamed Diané et Amadou Damaro Camara, révèle à la face de l’opinion nationale et internationale, de graves manques de rigueur, d’impréparation, de légèreté, de fuite en avant, de professionnalisme en la matière de la part de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) qui les poursuit.

Le procès public qui a commencé contre les deux personnalités sus-cités renforce déja la perception de dossiers vides, ainsi que le sentiment d’un règlement de comptes politiques ou à tout le moins celui de querelles personnelles ou d’égo entre les accusés et le parquet de la CRIEF. En un mot comme en mille, le sentiment général est que le sieur Aly Touré, Procureur spécial de la CRIEF, a échoué dans la mission confiée à lui par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). Il aura complètement échoué, au vu de son incapacité durant deux ans au moins de rassembler les éléments de preuves confirmant la culpabilité des prévenus ou de procéder à leur élargissement si rien n’est retenu contre eux, comme le constate même le plus profane des juristes. Malgré les résultats des enquêtes mis à sa disposition par la direction des investigations judiciaires de la gendarmerie, le Procureur spécial s’est montré incapable de les vérifier, conforter et tirer les conclusions appropriées avant de mettre ces personnalités sous mandat de dépôt. Pire, il n’a tenu aucun compte des investigations menées par cette direction de la gendarmerie qui, il faut l’avouer, a bien fait son travail.

Pourquoi diantre des dossiers aussi simples et élémentaires, résolvables en moins d’un mois, ont-ils pris deux ans au moins ? Si l’incompétence notoire des poursuivants de la CRIEF s’est constatée lors des audiences de ce procès mettant la honte et une certaine gêne sur nos magistrats exposés ainsi devant le monde, les recours en appels intempestifs et ridicules du Procureur spécial Aly Touré contre les libertés provisoires ordonnées par des magistrats responsables et conséquents de cette même cour ont établi définitivement le sentiment qu’il ne faut pas avoir confiance ou donner du crédit à cette CRIEF là. Et partant malheureusement à toute la justice guinéenne, boussole de la conduite de la Transition, quelques soient les efforts du ministre Garde des sceaux.

L’Exécutif, en l’occurrence le Président de la Transition, le colonel Mamadi Doumbouya, n’a pas à se mêler des dossiers judiciaires, c’est bien connu. Mais qu’en est-il lorsqu’une Cour spéciale piétine même les fondements de la justice et risque de liguer les populations contre cet Exécutif dans son mauvais choix des femmes et des hommes censés lire et dire le droit ? C’est élémentaire, un innocent n’a pas sa place en prison. Mais qu’en est-il quand, fort de sa puissance, un procureur maintient délibérément des innocents apparents en prison ? Pour éviter de renforcer le sentiment que les incarcérations du docteur Mohamed Diané, de Damaro Camara et d’Ibrahima Kassory Fofana visent uniquement à les empêcher de candidater aux prochaines élections en Guinée, le chef de l »Exécutif doit avoir son mot ferme et intransigeant à dire. A cette allure en tout cas, l’opinion nationale et internationale comprend le refus du Président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, de ne pas sceller son avenir politique et sa vie à une telle CRIEF. Car, il faut le dire également, si rien n’est fait, Amadou Damaro Camara et Kassory Fofana déjà gravement malades et hospitalisés au compte de la justice, verront prochainement leurs pronostics vitaux engagés, après plusieurs passages en soins intensifs. Il faut leur éviter le sort de l’ancien ministre et ancien député Loucény Camara mort dans les mains de cette CRIEF. Le Président Mamadi Doumbouya est en droit de siffler maintenant le holà car sans une justice saine et impartiale le suivi par les populations de sa politique de développement ne sera pas assuré.

En effet, en Guinée, nous aimons quand le Gouvernement réalise des infrastructures. Mais nous aimons plus quand il fait régner la justice sans distinction aucune. La justice, partout la justice et rien que la justice. Les destructions humaines, au cours de l’histoire ont eu comme tremplin les arcanes et labirinthes de l’injustice. Les plus grandes realisations ne peuvent avoir toute leur signification que quand la justice est la base de leur existence.

Le premier et réel problème du pays comme constaté officiellement par le CNRD à la prise du pouvoir le 5 septembre 2021, est le manque de justice. Cela est dû essentiellement aujlurd’hui encore à l’immixtion du pouvoir dans les affaires judicidiciaires. Alors pour rendre ses lettres de noblesse à la justice, il faut penser à acter une indépendance totale du parquet. Le procureur doit être sans contrainte et libre de poursuivre tout Guineen accusé d’un délit ou un crime et l’élargir si les soupçons qui pèsent sur lui ne sont pas fondés. Le Président Mamadi Doumbouya devrait prendre garde à éviter que des personnalités dans son entourage instrumentalisent la justice en son nom pour des règlements de comptes politiques personnels. Wa salam !

Par Lonceny Traoré pour Actuguinee.org

Liretrès vite d’autres infos ici http://Actuguinee.org

Laisser un commentaire

Démarrer le chat
Actuguinee.org
Avez - vous une information à partager?
Besoin d'un renseignement?
Contacter Actuguinee.org sur WhatsApp