Siguiri : Le ‘’savant-fou’’ Yakouba Diakité alias Paracétamol, parle de créativités et d’autonomisation made in Guinea (Interview exclusive)

http://Actuguinee.org / Ni les railleries, ni les discriminations des plus acerbes n’ont pu entamer la passion de ce touche-à-tout ambulant. Yakouba Diakité alias ‘’paracétamol’’ 57 ans, est perçu comme un savant par certains, un fou pour d’autres mais, contre vents et marées, il continue de forcer l’admiration de ses concitoyens à travers son génie créateur car, pour lui, il suffit de se rendre utile à soit même et à la société, au lieu de se lamenter de son sort. Premier conducteur de taxi-moto à Siguiri, fondateur et ancien président du tout-puissant mouvement syndical des taximotards d’où il sera évincé quelques années plus tard. Yakouba Diakité est aussi l’inventeur d’un nouvel alphabet appelé ‘’ Miriden’’ grâce auquel il excelle aujourd’hui dans l’agrobusiness. Il produit et vend des tubercules, des fruits et feuilles séchés, rendus en farine et soigneusement ensachés. De quoi subvenir aux besoin de sa modeste famille sise au quartier Bananikoro. Mais, ce n’est pas tout. A travers ses produits agroalimentaires made in Guinea, il rêve de devenir milliardaire et incite ses concitoyens à en faire autant histoire de se faire une place au soleil.

Nous l’avons rencontré quelque part, sur une ruelle de la ville. A chaud, il s’est prêté à nos questions :

-Aujourd’hui, la question de chômage est devenu très préoccupante en Guinée. Avez-vous  une solution à cela?

-Jamais, je n’ai chômé dans ma vie. Pour moi, le terme ‘’chômage » est un faux débat. Il suffit de réfléchir en tant que chômeur, pour se rendre à l’évidence que, c’est parce  qu’on n’a aucune utilité pour la société qu’on chôme. Hors, il faut d’abord se rendre utile à la société et ensuite réclamer quelque chose en retour. Petit-à-petit, on finit toujours par atteindre ses objectifs.

Vous êtes celui qui a inventé l’alphabet ‘’Miriden », auteur de plusieurs ouvrages, en même temps, premier taximotard et fondateur du premier syndicat des conducteurs de taxis-motos à Siguiri. Quel secret vous a permis de faire tout ça ?

-Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé le syndicat des taximotards, quelques années après, mes collègues de service m’ont destitué au poste de président et m’ont écarté de toute la chaîne de gestion de l’entreprise, sous prétexte que je ne suis qu’un analphabète. Raison pour laquelle, j’ai demandé à Dieu de m’enseigner car, c’est lui, le maître suprême. C’est ainsi que j’ai fait un rêve et puis, je me suis consacré à l’invention de cette nouvelle écriture. Certains m’ont traité de fou mais, grâce  à Dieu, j’ai réussi à le faire. Mon fils aîné lit tous mes ouvrages et les enseigne aussi à ses jeunes frères. C’est partant de ces recherches que je me suis lancé dans l’agrobusiness. Pour moi, le centime est plus important que le milliard parce que si vous voulez avoir le milliard, il vous faut commencer par le centime.

-Qu’est-ce qui vous motive le plus dans ces activités ?

-C’est le fait de pouvoir faire quelque chose de moi-même, sans que cela ne me soit enseigné par quelqu’un d’autre. Il faudrait que je partage ces connaissances avec les autres. Ne pas le faire,  sous prétexte que les gens sont ingrats, c’est être soi-même ingrat vis-à-vis d’Allah. Mais, peu de gens s’y intéressent. Il ne faut pas qu’ils donnent  raison à ceux qui pensent que ‘’ Pour mieux cacher un secret aux africains, il faut le garder dans un livre ».

-Quel est votre plus grand regret dans ces activités ?

-N’eût été l’ingratitude des hommes moi, j’aurais dû bénéficier des retombées du transport de taxis-motos à Siguiri. C’est le plus grand regret que je traverse aujourd’hui en Guinée. Dommage!

-Vous avez un message pour la jeunesse guinéenne?

-Qu’ils sachent que tout trahit l’Homme sauf ses études. Qu’ils s’intéressent davantage aux recherches et à la créativité. Qu’ils se débarrassent de l’esprit de démission parce que le développement est une marche irréversible. Dans ce contexte, la créativité est le seul moyen de ne pas être un simple assistant des autres. Comme ça, au lieu de courir les entreprises pour être employés par ces dernières, ils pourront eux-mêmes en créer à travers leurs recherches. Ce qui est à déplorer, c’est que les Guinéens ont toujours eu du mal à s’associer pour fonder une entreprise et de la gérer correctement. Nombreux sont les jeunes guinéens qui s’adossent aux entreprises étrangères appelées, un jour à rentrer, pour une raison ou pour une autre. Celles-ci les laissent à la merci du chômage. Mais, si ces jeunes parvenaient à s’organiser entre-eux, ils auraient réussi à créer des entreprises et des emplois beaucoup plus durables.

Propos décryptés par Mamadi CISSE pour Actuguinee.org

1 commentaire
  1. Alpha DIALLO dit

    Il est vraiment réfléchi.

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