Anarchie dans le secteur pharmaceutique : disons non à ce crime d’Etat érigé en système au détriment de la santé publique

http://Actuguinee.org / Dans le monde entier, après le domaine du nucléaire, la pharmacie est le secteur le plus structuré, le plus balisé et le plus sécurisé par les pouvoirs publics en raison des enjeux du médicament. C’est également le secteur le plus rentable après le pétrole, selon les spécialistes. Bien entendu, la pharmacie dans son ensemble.

Dans le domaine de la santé, le médicament est le nerf de la guerre. Sans médicament le médecin ne ferait que le constat, le diagnostic sans pouvoir soigner. Cependant, la qualité du médicament influence naturellement la qualité des soins. Une raison pour les autorités Guinéennes de la première République, de doter le pays d’une industrie pharmaceutique dans toute sa dimension, notamment à Sérédou en région forestière.

A l’époque, la Guinée a contribué à la formation de plusieurs promotions de pharmaciens d’autres pays d’Afrique, notamment le Mali. Malheureusement en 1984, à l’avènement du CMRN au pouvoir, la vanne a été ouverte pour tuer la pharmacie dans son fondement réel et les pharmaciens se sont vus livrés aux commerçants. Cette situation a dangereusement contribué à la prolifération des sociétés importatrices de médicaments sans aucun respect de la législation en vigueur et des normes internationales qui encadrent le secteur.

Ainsi, de 1984 à 2008, la Guinée a assisté à la naissance de trente-cinq (35) sociétés grossistes par le laxisme conditionné des autorités d’alors. Malheureusement, entre 2010 et 2019, au lieu de connaître une tendance baissière à l’image des autres pays du monde, le pays s’est vu doté de 105 sociétés grossistes.   

Depuis, des centaines de pharmacies et magasins de vente des médicaments ont poussé de partout. Le pays est devenu le carrefour de toutes sortes de faux médicaments. Comment peut-on admettre cela dans un secteur aussi névralgique que le secteur de la pharmacie ?

Interrogés, des professionnels du domaine imputent la responsabilité aux autorités de la deuxième République qui ont, au nom du libéralisme, institué un nouveau cadre structurel et administratif dans le cordon douanier à la demande de l’ancien pays colonisateur. Le chapitre 40 de la nouvelle disposition, disait ceci : « Les médicaments fabriqués à l’étranger entrant en Guinée, sont considérés comme des biens sociaux et sont exonérés des taxes douanières. Et comme tel, l’importateur ne paie que 2,75% de la valeur douanière de sa marchandise ».

Par contre, lorsqu’un pharmacien Guinéen doit importer des matières premières, des emballages et autres pour faire la production localement, l’importateur, c’est-à-dire le pharmacien, payait 51,74% de la valeur. L’objectif des autorités françaises d’alors était de faire cesser les productions pharmaceutiques du pays, au profit des industries étrangères.

Avec le temps, le plan d’invasion de l’industrie pharmaceutique Guinéenne a pris une autre forme au sommet de l’Etat. L’exercice de la profession est devenu un combat à rudes épreuves. Par exemple, les jeunes pharmaciens au terme de 6 ans d’études et des années de stages pratiques, étaient exposés à toutes sortes de difficultés pour obtenir des agréments d’installation et l’accompagnement nécessaire dans l’exercice du métier au service de la santé publique.

Ces difficultés ont aussitôt favorisé l’entrée massive et incontrôlée des commerçants dans l’importation et la vente des médicaments. Des pharmaciens se sont vus contraints de s’associer à des commerçants pour pouvoir exercer la profession.

Toutes les attentions ont donc été accordées à l’argent au détriment de la santé des populations. Des commerçants sans aucune qualification ont automatiquement pris le contrôle du secteur en lieu et place des pharmaciens professionnels par la complicité de certains cadres à coup des billets de banque.

Pourtant, la loi L/2018/024/AN du 20 juin 2018, relative aux médicaments, produits de santé et à l’exercice de la profession de pharmacien, dispose en son article 75 que :

« Nul ne peut exercer la profession de pharmacien en République de Guinée, s’il ne présente toutes les garanties de bonne moralité professionnelle et s’il ne remplit les conditions suivantes :

–         Etre titulaire d’un diplôme d’Etat national de Docteur en pharmacie ou d’un diplôme de pharmacien reconnu équivalent par les autorités nationales compétentes ;

–         Etre de nationalité Guinéenne ;

–         Etre résident en République de Guinée ;

–         Etre inscrit à l’ordre national des pharmaciens de Guinée »

Depuis plusieurs années, cette loi est foulée au sol par les pouvoirs publics au profit de l’anarchie qui fait naître des sociétés grossistes comme des champignons aux mains et pour le compte des commerçants. Cette réalité « Made in Guinée », n’existe dans aucun pays de la sous-région Ouest-africaine.

A titre illustratif, le Sénégal avec plus de 14 millions d’habitants, ne dispose pas plus de 4 sociétés ; la Côte d’Ivoire 22 millions d’habitants, n’a pas plus de 5 sociétés ; la Tunisie avec ses 10 millions d’habitants, n’a qu’un seul importateur. Pendant que la Guinée et ses 12 millions d’habitants, totalisent 105 sociétés grossistes. Le médicament est donc devenu une marchandise « vulgaire » à cause de la corruption et l’enrichissement illicite. C’est inédit !

C’est donc sans surprise que le pays dispose de plus de médicaments que tous les autres pays de la sous-région. Qu’en est-il de la qualité ?  Si c’était réellement des bons médicaments, tout le monde serait venu y chercher la santé en Guinée et on aurait assisté à moins de pathologies et de maladies chroniques.

Dans le but de changer cet état de fait pour offrir à la Guinée une image reluisante, l’ex-Président Alpha Condé, a reçu le 29 mars 2019, les instances dirigeantes de la corporation des pharmaciens. Au cours de la rencontre, il a instruit le ministre de la santé de procéder à l’abrogation de toutes les sociétés grossistes n’obéissant pas à la norme et aux dispositions de la loi.

Plusieurs autres mesures ont été annoncées par l’ancien Président, notamment le nettoyage complet de tous les marchés et points de vente des médicaments par des non pharmaciens. C’est la brigade MEDICRIME qui devrait mener cette opération. Malheureusement, contre toute attente, cette décision ne sera jamais appliquée. D’aucuns pointent du doigt des hauts cadres de l’administration qui ont bâti des fortunes à travers les commerçants.

Contrairement à eux, les pharmaciens assermentés qui avaient la charge d’évaluer les sociétés et d’en abroger, ont mené leur mission sans fausse note. Toutes les sociétés importatrices furent éliminées pour ne retenir que les 10 meilleures. Elles sont toutes gérées par des pharmaciens professionnels et seraient les plus grands contributeurs fiscaux du secteur pharmaceutique. Ce sont : Ubipharm, Laborex, Sodipharm, Soguimap, Guibiomed, Soguiprem, Africa Health Pharma, Pharmagui-orien, Chigui-pharm et Kaloum Pharma.

En principe, il revenait de facto à la pharmacie centrale et les 10 sociétés grossistes légalement autorisées, de ravitailler l’ensemble du territoire national. Malgré, au vu et au su des autorités du ministère de la santé, des commerçants guinéens sans aucune qualification professionnelle, ont continué d’importer et de vendre les médicaments à la population.

Ainsi donc, il apparaît clairement qu’Alpha Condé avait toute la volonté d’assainir le secteur pharmaceutique. Malheureusement, son gouvernement n’en a pas fait une priorité et plusieurs cadres ont choisi de profiter de la situation à leur guise.

Pour preuve, en décembre 2018, un camion chargé de Tramadol, d’amphétamines, d’éphédrine, d’oxycodone et de Venegra, en partance pour les zones minières de la Haute Guinée pour obnubiler les mineurs, a été saisi par MEDICRIME. Le Conseil des ministres a décidé de l’incinération du contenu du camion. Mais après le Conseil, un puissant ministre d’Alpha Condé, a pris la responsabilité pour ordonner à la gendarmerie de libérer le camion parce que tout simplement qu’il appartient à son petit frère.

Après avoir s’imprégner des réalités dans le domaine de la santé en général et l’anarchie dans le secteur pharmaceutique en particulier, le CNRD et son Président, ont décidé d’engager une lutte acharnée sans merci contre les faux médicaments et les cliniques médicales clandestines.

Quand le bourreau se fait victime !

Depuis, les commerçants dont les conteneurs de « médicaments non certifiés » ont été saisis au port autonome de Conakry, sont montés sur tous les toits pour crier au scandale. Les arguments brandis ne sont autres que le paiement des taxes et impôts et l’emploi des jeunes. Mais jamais, ils ne font allusion aux conséquences de leur activité sur la santé des populations. Pendant ce temps, eux-mêmes et leurs familles amènent leurs ordonnances dans les pharmacies et officines agréées pour la qualité des produits et des services.

Constatant tout cela, il revient au CNRD de poursuivre sa lutte sans arrêt pour assainir le secteur pharmaceutique. A la population aussi de comprendre que le médicament est à la fois un bien et un danger. L’assistance des professionnels est plus que nécessaire pour avoir de bons médicaments pour une meilleure santé.

Mamoudou Babila Keita

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