Manifestations de rue : ‘’Nous ne sortirons pas’’ (Par Ahmed Kourouma)

http://Actuguinee.org / Face aux événements que nous vivons depuis quelques jours, et qui me révoltent, je souhaite m’adresser à ceux qui pensent faire de la politique uniquement parce qu’ils agitent l’opinion publique.

Le rassemblement du RPG Arc-en-ciel au Groupe 58 démontre une fois de plus l’hypocrisie générale et le mépris qui règnent dans notre classe politique. Ces faiblesses, ou plutôt ces tares, sont celles-là mêmes qui sclérosent notre société, et notre système politique, depuis des décennies et qui sont en partie responsables du coup du 5 septembre.

Cette union contre-nature d’un parti avec son ennemi politique historique n’est que la surface du malaise actuel. Alors certes, il y a les partisans, ceux qui nous disent que la politique ne se fait pas avec le cœur, mais avec la tête. Les autres qui nous rappellent que la raison d’Etat ou autre Realpolitik ne se discutent pas lorsqu’ il s’agit de combattre un ennemi commun, ou un supposé ennemi à la Nation. Et il y a ceux qui s’insurgent un peu, mais pas trop, en fait ils ne peuvent pas parce que l’indignation est réservée à une certaine classe politique, celle qui donne des leçons et descend dans la rue. Mais tout le monde y va de son explication, de sa théorie.

Le point de discorde est le chronogramme annoncé par le CNT, et apparemment il est trop long pour certains. Comme s’ils avaient pu eux-mêmes régler les problèmes en moins de 8 mois pour derrière organiser des élections. Comme si le mal qui ronge notre pays pouvait être évacué en moins de temps que celui que le CNT vient de fixer. Comme elle est courte la mémoire de notre pays, et comme soudain il n’y a que des sauveurs. Bien sûr personne ne peut leur reprocher de se remuer, d’agiter les bras et de descendre dans la rue, parce que oui, ils iront dans la rue. Braver le pouvoir au nom de la sacro-sainte liberté de manifestation, qui y trouverait à redire? Sauf que… Aujourd’hui, nous vivons une transition militaire, nous en avions déjà eu par le passé, mais j’espère que celle-ci ne se fera pas sur fond de grandguignolesque et de tragédie (bokassienne).

Nous voulons balayer les institutions et les pouvoirs qui nous ont privé d’une république saine, d’une démocratie exemplaire. Bien sûr, les travers du président sortant n’ont pas grand-chose à voir avec la durée des transitions militaires qui ont précédé ses mandats. Il semble que le pouvoir chemine avec une corruption de l’âme et du cœur, et qu’elle prend la main sur tout.

La politique n’est pas qu’une affaire de tête, n’en déplaise aux supporters de la Realpolitik, mais une affaire d’âme. Et aujourd’hui j’ai le sentiment que nous devons nous battre pour retrouver cette âme, cet esprit, cet apaisement et l’horizon pour bâtir. Alors, une alliance contre-nature se crée pour lutter contre une volonté d’apaisement, contre un calendrier destiné à rendre le pouvoir au peuple. Je crois pour ma part qu’il faut laisser travailler ceux qui ont de grands espoirs pour ce pays et qui ont osé renverser un ordre établi, inique, qui ne se voyait combattu que par des manifestations dans lesquelles des guinéennes et des guinéens tombaient. Et aujourd’hui, on remettrait le couvert ?

Où étaient-ils ces fans de la liberté sous Lansana Conté par exemple ? Je ne me souviens pas d’un nanti de l’establishment qui aurait refusé un poste de ministre sous prétexte que le président était depuis trop longtemps aux manettes. La plupart faisait profil bas ou profitait. Aujourd’hui, alors que la CEDEAO semble aussi s’inquiéter de ce délai, il apparait plus facile de lever le poing, de manifester, de créer des hybrides de partis politiques qui n’ont en commun que la peur de se retrouver face à la CRIEF. Mais nous, le peuple, sommes fatigués de ce vieux pouvoir, fatigués de ses malversations, de cette idiocratie politique dont chaque membre n’a qu’une seule envie, celle de se retrouver calife à la place du calife.

Alors oui, les problèmes sont trop profonds, et il faudrait peut-être plus de trente mois, et ces messieurs de la nouvelle alliance de circonstance devraient le savoir. On ne fera pas la Guinée en un jour, tout comme personne ne l’a détruite en cinquante ans. Mais si “La politique est l’art du possible”, comme disait Gambetta, qu’on lui laisse la possibilité d’exister. Car notre réflexe politique est malheureusement celui du conflit, de l’opposition stérile mais agitée, apeurée et affamée.

Alors quand j’entends le président Doumbouya dire qu’il veut que les guinéens s’aiment pour construire de nouveau et faire table rase de la gabegie qui a sans cesse altéré notre société, je me dis que c’est possible, et je me prends même à être patient. Oui, la gabegie doit cesser et ce réflexe du conflit doit disparaître car il en fait partie.

Nous voulons une Guinée unie, un peuple qui s’aime et qui ne se déchire pas dans les rues sous prétexte que la table ne se dresse pas assez vite. Que l’on puisse se dire qu’une vraie démocratie et une République juste sont possibles, et surtout qu’on ne tente pas de les tuer dans l’œuf. Alors même si : “la Démocratie est le pouvoir pour les poux de manger les lions”, comme le disait George Clémenceau, que l’on donne au-moins à ces lions tout le temps qu’il faut pour redresser notre belle nation.

Ahmed Kourouma Journaliste

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