Kankan / Projet coton : Crises sociales, baisse de la production et leurs solutions,.. Ces Révélations fracassantes du directeur adjoint Abdoulaye Magassouba ( Entretien exclusif)

http://Actuguinee.org / Faire de la filière cotonnière un véritable levier de croissance aussi bien pour le tresor public qu’en milieu paysan, tel est le leitmotiv de cet homme à la tête du projet coton de Kankan, il y a plus de deux ans.

Un pari visiblement incertain au vu des récurrentes crises sociales et financières ayant négativement impacté cette unité industrielle étatique ces dernières années.

Des crises atisées par des supçons de malversation ayant causé le depart d’un certain Bakari Kaba alors directeur adjoint remplacé par une équipe transitoire appelée  » comité d’urgence  » qui cédera trois mois plus tard à celle dirigée par Abdoulaye Magassouba, un ingénieur agronome diplômé d’une pestigieuse académie agricole de Moskou, ex-Union Soviétique.

Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, ce nouveau directeur adjoint du projet coton parle, sans langue de bois, du mobile de ces crises et préconise des solutions en vue de l’atteinte d’un résultat escompté à l’image des années 80 , date de création de la filière coton en Guinée qui affichait pourtant de bonnes perspectives:

-ACTUGUINEE.ORG : Est-ce que la cotonculture peut avoir réellement un impact sur le développement socioéconomique d’un pays comme la Guinée ?

-Abdoulaye Magassouba :Le coton est, je peux dire, l’une des cultures de rente les plus importantes si les gens comprenaient réellement l’importance de cette filière. Pourquoi on l’appelle  » or blanc » ?

C’est parce que les revenus que ça génère sont si importants que ça peut être un moyen sûr de lutte contre la pauvreté en milieu paysan. Depuis le lancement du projet coton dans les années 80 et sa relance en 2011 par le Professeur Alpha Condé le projet coton a eu un impact significatif sur nos communautés rurales, à commencer par le désenclavement des zones de production, â travers l’aménagement des pistes rurales, la réalisation des ponts, la formation des cotonculteurs sur les itinéraires techniques du coton, l’alphabétisation fonctionnelle et l’appui aux cotonculteurs pour ameliorer leur système de production.

Le projet leur envoie des charrues à traction animale, sous forme de dettes, les bœufs de labour….Et les revenus que les paysans tirent du coton leur permettent d’améliorer leurs habitats, de faire face à la scolarité des enfants ,de se payer des engins et de développer les autres cultures qu’on appelle les cultures vivrière.

Le projet soutient et les cultures vivrières et la culture cotonnière. C’ést pourquoi au moment des campagnes, le projet envoie sous forme de crédits, les engrais, les herbicides, les insecticides, et pour le coton et pour les vivriers.

C’est dire que le paysan profite avec le coton pour fertiliser son champ de riz, son champ de maïs.

A la récolte du coton, la somme des credits-là est defalquée dans son argent et on lui remet le reste de son argent sans protocole.-Pouvez-vous nous rappeler les statistiques de rendement des années 80 à aujourd’hui ?En fait, dans les années 80, la production était allée jusqu’à 38 mille tonnes.

Par la suite, au moment de la relance en 2011 on était à 1.777 tonnes et actuellement la production a chuté et les raisons aussi sont connues. Pendant la campagne agricole 2013-2014, on était à 2.244 tonnes, en 2015-2016 on était à 12.581 tonnes, en 2017-2018, on était à 8.836 tonnes.

-Pourquoi cette chutte ?

Abdoulaye Magassouba : Cette chute, parce que l’agriculture n’est pas comme les autres secteurs. L’agriculture obéit à un calendrier qu’on appelle le calendrier agricole.

L’agriculture n’est pas développée dans notre pays. Donc, elle est tributaire des pluies. Tout ce que vous devez faire, il faut le faire avant que ces pluies-là ne tombent….fin mars doit trouver que les engrais, les herbicides, les insecticides se trouvent au niveau des paysans.

Comme ça dès le 15 avril, ils commencent les travaux mais au lieu que cette mise à disposition se fasse au mois de mars, si vous faites ça au mois de juin, au moment où les gens sont en pleine campagne de labour, de semis, ce retard va jouer sur les rendements.

Donc, le paysan sachant qu’il est déjà en retard , va se désengager de la culture du coton au profit d’autre filière plus porteuse. Donc, c’est ce qui fait que les producteurs se sont découragés. Les intrants: engrais, herbicides et insecticides ne sont pas fournis à temps.

Quand ils produisent, leur production n’est pas payée à temps. Imaginez-vous, la production de 2020-2021 n’a commencé à être transportée qu’au mois de septembre passé. Donc, durant tout ce temps, le paysan a son coton à garder par devers lui ,avec les risques d’incendie.

On a même enregistré des cas d’incendie dans le village de Tôndôn dans la préfecture de Siguiri où plus de deux tonnes de coton sont parties en fumée Donc, il suffit que ces facteurs de blocage soient levés pour que le coton puisse atteindre et dépasser la production d’antan.

Donc, c’est dire que ce n’est pas un problème de potentialité agricole, on en a suffisamment parce qu’une étude récente du projet a révélé qu’on a une potentialité d’ailleurs non exhaustive de plus de 900 mille hectares qu’on peut faire en coton. Et ça, c’est pas une étude complète.

C’est dire qu’on a la terre, on a l’eau, on a le potentiel humain mais faudrait-il que les facteurs de blocage soient levés.

Que ça soit avec les privés, que ça soit avec l’Etat, si les engrais, les herbicides, les insecticides sont payés à temps et en quantités suffisantes, acheminés à temps vers les zones de production, il n’y a pas de raison qu’on ne cultive pas le coton, il n’y a pas de raison que ceux qui ont abandonné la cotonculture reviennent encore et que d’autres même qui n’ont jamais fait du coton, viennent pour faire du coton.

http://Actuguinee.org / -Quel appel avez-vous à l’intention des acteurs de la filière et des autorités ?

Abdoulaye Magassouba : l’intention des cotonculteurs , je rassure que le projet va évoluer, que le projet sera relancé.

C’est le bon moment pour eux de continuer à s’organiser pour reprendre encore la culture du coton. Les dispositions sont déjà en train d’être prises pour le démarrage effectif de la prochaine campagne. Et nous prévoyons déjà réaliser huit mille hectares selon les enquêtes d’intention de culture.

C’est dire que si les conditions sont réunies, nous pourrons faire huit mille hectares pendant la campagne qui arrive là. Le projet coton ne tombera pas. Ça va changer peut-être de statut, ça va changer de mode d’intervention peut-être mais ce qui est sûr, c’est que la production va augmenter.

Aux nouvelles autorités, d’abord c’est de leur rendre un hommage du fait que malgré qu’elles viennent de prendre le pouvoir, se sont beaucoup intéressées à la filière cotonnière.

Les premiers contacts qu’on a eu à faire nous ont rassurés. On espère que d’ici la campagne prochaine, peut-être que des partenariats seront ficelés pour supporter réellement le projet parce qu’en fait même l’appellation  » Projet Coton  » n’est pas normale.

Un projet a une durée de vie limitée. On doit s’acheminer vers une société cotonnière à l’image du Mali , du Bénin et du Burkina .

Donc, on espère qu’avec les nouvelles autorités, tout rentrera dans l’ordre et que les superficies vont augmenter, la production va augmenter et çà va générer des revenus, des devises et pour l’Etat et des revenus pour les cotonculteurs pouvant les aider à satisfaire leurs besoins essentiels.

Propos recueillis par Mamadi CISSE pour Actuguinee.org

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