chronique : Quelle durée pour une transition militaire apaisée en Guinée?

http://Actuguinee.org / La communauté internationale et les organisations sous-régionales se focalisent souvent sur la durée des transitions dans les pays qui ont connu un coup de force militaire. L’analyse que l’on se fait dans une telle situation est que les raisons qui ont engendré la nécessité du coup de force sont souvent incomprises par ces organismes. Quand la déliquescence de l’Etat atteint un certain niveau par la faute des élites et des hommes politiques, il revient alors à l’armée de mettre un terme à la souffrance du peuple. La Guinée est en train de vivre sa troisième transition, la plus récente à été celle de 2008 avec le Capitaine Moussa Dadis Camara.

A la mort du Président Ahmed Sékou Touré, les militaires ont pris le pouvoir et mirent en place le CMRN qui ne saura pas épurer les insuffisances administratives avec le changement de régime. Néanmoins, ils réussiront à mettre sur pied le multipartisme intégral amorçant ainsi le chemin de la démocratisation du pays.

En 2008 aussi la disparition de feu Général Conté a donné l’opportunité à l’armée de revenir au pouvoir sous la direction du Capitaine Dadis. Cette junte sera sous le coup des projecteurs, de la pression des forces vives et de la communauté internationale. Elle sera compromise par l’appétit grandissant de ses membres pour le pouvoir. L’accident de Dadis permettra au Général Sékouba Konaté de poursuivre cette transition et organiser les premières élections plurielles du pays.

Aujourd’hui c’est ce régime démocratique qui est renversé par les forces spéciales à cause du dysfonctionnement profond de l’Etat. Le CNRD arrivé aux affaires à la faveur de ce coup de force veut faire une refondation de l’Etat et une recomposition du paysage politique. Malgré les actes responsables qu’ils ont posés, la liesse populaire et l’adhésion de toutes les composantes de la nation à leur cause, est-il opportun de leur imposer une quelconque durée. Depuis 63 ans la Guinée se cherche à travers un système qui ne lui a jamais permis d’atteindre le bonheur don elle rêve.

Quand la CEDEAO exige six mois de transition c’est qu’elle ne connait que superficiellement le problème guinéen. L’ancien Président de la transition qui connait parfaitement les problèmes de son pays dit d’accorder 3ans au moins ou 5 ans au plus. Pour sauver ce pays, il faut laisser du temps à cette junte de procéder à une épuration systématique du système de gouvernance. Refondre totalement l’appareil étatique, réécrire une constitution adaptée à la réalité sociologique du pays. Renforcer les bases juridiques des institutions en les sécurisant contre toute modification. Redéfinir le paysage politique pour lui donner une nouvelle orientation, être au service de la nation et non de l’individu.

Il faut éviter à ce peuple l’éternel recommencement. Depuis l’indépendance, ce sont les mêmes acteurs impuissants, incompétents et caduques qui prennent en otage l’appareil de l’Etat à chaque changement de régime en Guinée. Démanteler un tel système n’est pas possible en six mois. Il faut que le CNRD ait suffisamment de temps pour mettre fin à ce cycle vieux de plus de 60 ans. Tous ces leaders politiques anciens premiers ministres, anciens ministres ne cherchent qu’à se faire une place par le truchement de la politique. En réalité, ils défendent uniquement leur égo et non les intérêts sacrés du peuple.

C’est à cela que le CNRD doit se consacrer, ce qui n’est pas chose aisée. Pour le réussir, la courtoisie républicaine ne suffira pas, il faut surtout la coercition démocratique pour imposer à la vieille classe rétrograde la nouvelle orientation et leur mise à la retraite du paysage politique. Si la communauté internationale, la CEDEAO et tous les partenaires techniques et financiers de la Guinée veulent aider ce pays à se dépêtrer des méandres de cet immobilisme institutionnel anachronique, ils doivent laisser le temps au temps pour que ces nouvelles autorités, puissent faire le ménage et mettre une fois pour toute, le pays sur les rails du développement.

Comme l’a dit le Général Sékouba Konaté, 3 ans ce n’est pas petit et 5 ans aussi n’est pas excessif.

Par http://Actuguinee.org

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