Mohamed BAZOUM au G5 Sahel : Est-ce que nous avons besoin de tous les moyens caractéristiques que l’opération barkhane aujourd’hui pour y faire face ? (Décryptage)

Le sommet du G5 Sahel s’est tenu ce vendredi par visioconférence. Le président du Niger lui, a reçu une invitation spéciale pour se rendre en France aux Côtés de MACRON qui a présidé le sommet. À cette occasion, Mohamed BAZOUM a présenté la situation sécuritaire de son pays et invité la communauté internationale à agir en faveur du rerour des déplacés (nigériens) dans leurs villages. Il a aussi exposé ce que devrait être la future coopération entre la France et le Niger.

Au Sommet du G5 Sahel, le président du Niger, Mohamed BAZOUM, ne parle pas à la place de ses homologues. “(…) Je veux parler ici en ma qualité de président du Niger”, a-t-il entamé avant de parler de quelque avancées significatives enregistrées ces derniers temps dans le cadre de la lutte antiterroriste au Niger. “S’agissant de notre situation sécuritaire, je dois dire, … elle s’est considérablement améliorée sur l’ensemble des fronts où notre armée a été engagée”, affirme-t-il tout en expliquant ce qui a conduit à de tels résultats.

“Au cours du mois passé, nous avons mené une opération conjointe transfrontalière. (…) Et, cette Coopération, a débouché sur des résultats comme nous n’en n’avons jamais pu avoir. C’est la preuve en effet que si nous pouvions nous organiser, coordonner notre action et mener des patrouilles communes, même avec nos moyens propres, nous sommes en mesure d’avoir des résultats bien supérieurs que nous ne porrions avoir si nous restions isolés comme ça a toujours été le cas malgré tout ce que nous disons sur la nécessité de la coordination dont les principes sont définis dans l’accord du G5 Sahel mais qui n’ont jamais été opérationnaliser [sur le terrain]…”, a-t-il ajouté.

Opération de retour massifs dans des villages occupés par des terroristes

Le président nigérien a indiqué que ces opérations notamment celle avec le Burkina ont permis à faire revenir des milliers de déplacés dans leurs localités depuis juin 2021. “Tout cela a créé une situation favorable à la mise en œuvre de l’une de nos décisions majeures du Sommet de Djamena qui consiste, dans le sursaut civil – Dans la région du Lac Tchad, je pu me déplacer personnellement du 1er au 30 juin – dans la Région de Djifa et j’ai … engagé le retour des populations déplacées de leurs villages depuis l’année 2015. Dans cette région, nous avons, à peu près entre 110 et 130 000 personnes déplacées au cours des années 2015, 2016, 2017 plus plus de 100 000 personnes réfugiées à partir de l’Etat de Borno du Nigeria. Dans la Region de Difa, nous avons décidé de ramener ces populations dans leurs villages. Le 20 juin, nous avons engagé cette opération qui a consisté à ramener le premier village au point le plus extrême, à l’Est, à la frontière du Lac Tchad, il n’y a pas encore très longtemps qui était la zone la plus dangereuse, nous avons ramené toute la population du village de Baroi pas moins de 6000 personnes. Nous avons ramené d’autres populations. Nous avons l’intention, les toutes prochaines semaines, presque 30 000 personnes dans 19 villages. (…) Nous allons leur assurer la sécurité.

Appel à l’aide internationale

Avant de déplorer le manque de réactivité de la Communauté internationale face la situation de ces populations retournées, M. BAZOUM a d’abord fait une invite. “Je profite donc à [de] lancer un appel à la Communauté internationale pour qu’elle nous vienne en soutien dans cette opération importante … qui ne devrait seulement se réduire à son aspect militaire… Il s’agit en effet, d’envisager un autre avenir pour ses populations en faisant en sorte que ces populations retournent chez elles et qu’elles s’adonnent à leur activités économiques… notre conviction, c’est que la meilleure façon de lutter contre les organisations terroristes, c’est de ne pas leur permettre de trouver les sanctuaires dans les zones d’où elles chassent les populations et leur donner également les conditions de créer les conditions d’une économie criminelle… nous allons faire en sorte que ce soient les populations qui profitent de leurs économies… C’est une zone particulièrement riche. Il y a deux cours d’eau importants : la rivière de la Komadougou et le Lac Tchad. On peut faire beaucoup de pêche, beaucoup d’agriculture et un élevage comme on ne le fait pas ailleurs”, assure-t-il.

Pour BAZOUM donc, il s’agit d’une urgence humanitaire à laquelle il faut faire face. Et ce, dès maintenant. “Je dis au organisations humanitaires que si les populations étaient déplacées parce qu’elles étaient en proie à une pression de Boko Ha-ram, nous aurions eu beaucoup de personnes qui auraient manifesté leur solidarité en considérant que ces des personnes à secourir. Mais lorsque nous décidons de les ramener chez elles, on ne s’interroge pas trop à ce qui peut se passer [après]”.

“…Est-ce que nous avons besoin de tous les moyens caractéristiques que l’opération barkhane aujourd’hui pour y faire face ?”

S’inscrivant dans la logique de la “reconfiguration” de la présence française au Sahel, le numéro 1 du Niger dit ne pas être contre, même s’il s’interroge après sur une telle nécessité. Par la suite, il souhaite que les leçons de l’échec de l’opération barkhane soit tirées et que la France n’outrepasse pas les principes qui régissent sa nouvelle relation avec les cinq pays touchés par le terrorisme dans le Centre-ouest de l’Afrique.

“Nous ne pouvons que souscrire à ce que la France est en train de faire parce que d’une certaine façon nous, avec le recule de notre expérience, c’est aussi à peu près les leçons que nous avons tirées de l’expérience de Barkhane. Si nous y avons vu des défauts, ce serait de resserrer ses défauts dans sa voilure. Et, nous concevons en effet que, cette voilure soit réduite parce que tout simplement, il s’agit de comprendre à qui nous avons à faire comme ennemi sur le terrain. Est-ce que nous avons besoin de tous les moyens caractéristiques que l’opération barkhane aujourd’hui pour y faire face ? Nous, nous pensons que, … je l’ai dit lors d’une interview que j’ai donnée avant que je sois investi comme président de la République, la nature de notre ennemi commande une autre coopération celle que nous pouvons mener aujourd’hui avec Barkhane. (…) Nous sommes d’accord avec ce qui est en train d’être fait. L’essentiel étant que la France maintienne le principe de son appui … aux forces armées de nos différents pays. Nous avons besoin de la France dans ce qu’elle peut nous donner et ce que nous n’avons pas. Nous n’avons pas besoin de la France ce que nous nous possédons déjà. La France a des capacités de renseignement électroniques qui ne sont pas en notre possession, la nouvelle configuration ne nous prive pas de ces possibilités. (…) La France a les moyens aériens mais que nous, nous n’avons pas…, nous considérons que ce sont les aspects de la Coopération militaire française dont nous avons le plus besoin. Le reste doit procéder de notre effort…”, a-t-il plaidé.

Il faut noter que le président français a indiqué qu’elle va fermer ses bases militaires au Mali d’ici fin de l’année 2021. Emmanuel MACRON a aussi indiqué que l’effectif militaire de son pays va tourner autour de 3000 soldats au Sahel.

Joseph KADOUNO 

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