Guinée : Un chercheur au terme d’une enquête fait l’autopsie de la mauvaise santé des écoles publiques de métiers

http://Actuguinee.org / Le secteur public des Centres de Formation Professionnelle (CFP) se porte de plus en plus mal en Guinée. C’est du moins la conclusion d’une récente enquête menée par Ibrahima Khalil Keïta alias ‘’ Karl Marx »jeune enseignant-chercheur de l’université Julius Nyerere de Kankan, qui rentre d’un atelier international tenu en début juin 2021 à l’université Jozeph Kizerbo de Ouagadougou la capitale Burkinabé. C’était à l’intention des jeunes chercheurs de 16 pays de l’Afrique francophone mais aussi ceux de la France et de Canada.

Parmi les sujets passés au peigne fin par le délégué guinéen, figurent ‘’le fonctionnement des CFP publics, l’employabilité des jeunes sortants et l’adéquation entre les programmes de formation de ces centres et le marché de l’emploi en Guinée’’.

Au cours d’une interview exclusive qu’il a accordée à l’antenne régionale d’Actuguinee.org à Kankan, ce jeune doctorant en sociologie dénonce un manque criard de matières d’œuvre pour les cours pratiques dû à l’absence de soutien financier substantiel de l’Etat et l’inaccessibilité aux stages et à l’embauche pour les jeunes apprenants des CFP.

« Nous avons démontré que les CFP souffrent du manque de subvention pour le fonctionnement de la pédagogie et pour l’achat de matières d’ouvre. On constate que la formation reste le parent pauvre de tous les secteurs. D’ailleurs, elle ne reçoit que 10% du budget national. Les missions que nous avons effectuées ont montré que beaucoup de jeunes s’orientent aujourd’hui dans les filières de formation mais, très malheureusement ,n’ont pas accès aux stages dans les entreprises dignes de nom telles que la SAG, la CBG ou autres. Ce sont des secteurs informels qui les reçoivent pour les stages …. Les entreprises qui doivent leur permettre d’apprendre les nouvelles techniques-là ne sont accessibles que pour une minorité. Il faut être affilié à des réseaux de relation pour être recommandé par une haute personnalité pour accéder au stage et même pour trouver de l’emploi dans ces entreprises. C’est ce qui fait que depuis les élections présidentielles de 2010, le marché de l’emploi a connu des précarités en Guinée. L’accès à l’emploi n’a pas été facile pour les diplômés des CFP. Si hier les sortants des CFP étaient proches à l’emploi ,aujourd’hui tel n’est pas le cas. Les portes sont verrouillées, les emplois se font rares, les entreprises ne recrutent plus comme avant et le recrutement ne se fait pas en tenant compte du mérite. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes sont au chômage » révèle Ibrahima Khalil Keïta, ‘’Carl Marx’’ pour les intimes.

Plus loin, il affirme avoir constaté dans la région, des problèmes de maintenance sur la plupart des appareils d’apprentissage et un vieillissement du personnel enseignant dont la relève tarde encore à s’affirmer dans ces écoles publiques de métiers en rupture avec leurs partenaires censés exploiter les étudiants une fois au terme de leur cursus.

« Il y a une détérioration des protocoles d’accord entre les CFP et les entreprises de la place. Avant on m’a fait comprendre au cours de mes enquêtes qu’une dizaine de majeurs de chaque promotion était embauchée à la SAG , à SMD ou autres mais que depuis fort longtemps, cette embauche technique-là qui tenait compte du mérite a cessé. On a constaté une insuffisance de personnel [enseignant] dans ces centres de formation professionnelle » dit-il avant de renchérir :

« Les jeunes qui ont été formés au Maroc pour servir dans les écoles régionales des arts et métiers (ERAM) sont affectés aujourd’hui dans les différents CFP mais beaucoup ne parviennent pas à dispenser correctement les cours qui  sont maintenant enseignés. Ils ont été formés en gros œuvres. Donc, ils sont compétents dans d’autres domaines plus modernes que les domaines enseignés aux CFP guinéens. On constate aussi qu’il y a trop de pannes au niveau des appareils qui sont dans les CFP. Il y a un problème de maintenance. Les chefs d’atelier disent qu’ils n’ont pas les moyens d’entretenir ou de changer les pièces des appareils qui sont en panne » a également signalé le diplômé en droit des affaires et de l’école nationale des instituteurs (ENI).

 Ibrahima Khalil Keïta préconise entre autres solutions , un soutien financier substantiel de l’Etat pour ce secteur clé de développement et d’autonomisation de la couche juvénile mais aussi la relance des activités de l’Ecole Nationale pour le Perfectionnement des Enseignants de l’Enseignement Technique (ENPEET) sise à Conakry.

Mamadi CISSE, correspondant régional

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