Tribune : ce que nous vivons avec des regards impuissants… (Moussa Tatakourou Diawara)

Daman signifie littéralement, puits dans les mines d’or…

À l’État de prendre sa responsabilité afin de mettre en place un système de sécurisation des populations qui, après tout , ne font que chercher le pain quotidien.

Aucun drame, aucun carnage humain, aucune autorité, ne peut dissuader nos parents d’exercer l’orpaillage traditionnel par des moyens foncièrement rudimentaires…

Quand il y a des drames , ils prendront quelques jours de repos seulement dans l’optique de tourner la page et juste après, ils reprendront les chemins des mines d’or. Le besoin vital étant irréversible, ils le feront même au péril de leurs vies .

Comme le disent d’ailleurs les valeurs cardinales ancestrales du monde maninka :

” Mögö tè ibalo fèn toyén ifaga fèn gné “, ça veut dire que : ” L’homme ne peut abandonner ce qui alimente sa vie même au détriment de ce qui entraînera sa mort “.

Nous sommes nés et avons grandis dans ça, nous ne connaissons que ça, et nous ne ferons que ça, car ce n’est que ça que nous savons faire. Ce que l’État peut donc faire de mieux, c’est de créer des axes de sécurité pour les citoyens.

C’est l’école qui avait été dans les temps reculés un espoir pour nos parents, pensant que ceux et celles parmi nous qui auront la chance d’étudier seront exemptés de cette profession ancestrale, mais hélas ; cette école aussi est devenue une simple perte de temps en ce sens que la plus part de ceux et celles qui ont eut la chance de la terminer retournent dans les mêmes mines d’or avec leur diplôme….

Voici l’une des causes principales de la déscolarisation et de la non scolarisation des enfants dans nos milieux ruraux. L’État doit s’attaquer à la source du problème.

Puisque l’école qui était sensée être une lueur d’espoir est devenue de nos jours (selon la perception de la réalité objective et en dehors de toute théorie illusoire) un lieu improductif point de vue gain matériel sans lequel la vie est impossible ; les parents préfèrent que leurs enfants se rendent dans les mines que dans les écoles. La raison ? Ils se demandent aujourd’hui à quoi sert réellement l’école si dans les mines d’or , les enfants peuvent subvenir aux besoins de l’école ?

Je me rappelle quand nos parents nous menaçaient avec cette expression

” Ni ima karan ibè kè sènè kèla di, ni ima karan ibèkè danman sén na di “…

Si j’interpelle l’État , ce n’est en rien fortuit. Je sais qu’à l’état actuel des choses, l’État ne peut pas interdire l’orpaillage artisanale mais il peut faire mieux mettant en place des mécanismes de sécurisation des mines dangereuses en créant une brigade spéciale des mines à Siguiri relevant directement des structures de l’État, surtout que l’orpaillage est beaucoup développé dans seulement 2 à 3 sous-préfectures de Siguiri à savoir : Bouré et Sèkè qui sont les plus réputées (Sous-préfectures) et après, on peut ajouter Siguirini.

Aujourd’hui Siguiri est devenu l’Angola de la Guinée. C’est d’ailleurs sans doutes ce qui explique sa forte densité.

Les jeunes de la forêt, de la Basse Guinée, de la moyenne Guinée et le reste des citoyens et citoyennes des autres préfectures de la Haute-Guinée viennent la plus part se chercher à Siguiri pour soutenir leurs familles respectives. D’autres s’y rendent pour la recherche d’une petite fortune pouvant assurer leur transport pour l’occident à travers l’immigration clandestine qui est aussi dangereuse pour tous .

Pendant mon enfance , aucun de nos villages n’avait une Église (je tiens compte du plus grand nombre) ; de nos jours il existe bel et bien ces lieux de cultes dans nos villages ; la population était à un nombre limité. Chose qui est un indice objectif prouvant qu’il y a effectivement une forte mobilisation de la jeunesse des autres régions de la Guinée vers la ville aurifère de Siguiri.

Il est temps qu’on adapte nos stratégies à nos modes de vies et non l’inverse . C’est ce que doit faire l’État en attendant de trouver une issue plus favorable dans le cadre de l’accomplissement de son devoir le plus absolu ; celui de protéger et d’assurer la sécurité des personnes et leurs biens .

Moussa Tatakourou Diawara, digne fils de Siguiri foncièrement effondré par ce bilan et alarmant

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