Le Premier Ministre Kassory Fofana n’est pas le problème / Il ne faudrait pas se tromper (Par Ali Camara)

On ne cessera jamais de le rappeler, la diversion est une arme efficace en politique. Elle consiste à déplacer les problèmes, surfer sur les problématiques réelles pour tromper la vigilance, même des plus avertis quelques fois. Elle a pour but d’empêcher le public de s’intéresser aux connaissances précises sur les affaires publiques, en entretenant la confusion, la désorganisation et la  désorientation, soit par effets de rumeurs, des désinformations répétées ou de la propagande qui n’ont d’intérêt que de conduire inéluctablement à un déluge de distractions et d’informations insignifiantes et mal structurées, alors que les problèmes essentiels sont ailleurs. C’est le classique de tous les régimes où les dirigeants sont acculés par les conséquences de leurs propres manœuvres. A trop être malins, on réunit très souvent par inadvertance, les conditions de défaites cuisantes. C’est l’image du magicien qui finit par se brûler avec le feu dont il a créé l’illusion parfaite. Le troisième mandat n’a pas fini ses révélations et hélas qu’il n’a pas surtout fini de nous estomaquer. Il y a des tensions souterraines qui ne sont pas encore remontées à la surface. Elles attendent dans une impatience digne d’un mariage forcé et comme tel, l’option de séparation devient bien de fois une nécessité. Nous le serons au moment venu.

Le Discours de politique générale du premier Ministre Kassory et les débats qui s’en sont suivis avec nos parlementaires – en dépit de tous les commentaires qu’on pourrait faire – témoignent davantage d’un mal-être qui gangrène notre société politique. Si on peut fustiger pour bien de raisons, eu égards à l’approximation peu crédible des annonces et des réponses peu flatteuses données à telle ou telle autre question – on se doit également d’insister sur la démission de notre représentation nationale depuis bien longtemps. Et pour s’en convaincre, il suffit de revoir le climat et la nature de ce débat à l’hémicycle, les questions qui ont été posées et évaluer objectivement la disposition ou non de ces élus du peuple à saisir sereinement un rendez-vous aussi important.

Ce qui n’est plus à dissimuler, on le retrouve au-delà des approches économiques du discours – j’ai eu une attention particulière aux observations de notre compatriote Ibrahima Sanoh qui nous en donne toutes les couleurs avec une simplicité extraordinaire – Nous sommes en face d’un blocage institutionnel profond, même si d’aucuns s’accordent ongles et bec à le nier. On a eu l’impression d’une fuite en avant, d’un rejet caractérisé et non le moindre. Il s’agit de celui de la responsabilité collégiale du gouvernement qui n’existerait plus, même moralement. Le gouvernement ou l’exécutif plus globalement ne serait plus au courant de ce qui se passe au pays. Sur le sujet des déguerpissements qui a été amplement relayé, moi je pose le problème des statistiques. On parle trop de prévisions, de satisfactions de la Banque mondiale, du FMI, des partenaires au développement, mais très peu des résultats de L’institut national des statistiques, surtout pour ce qui est du taux de pauvreté en Guinée. C’est quand même hallucinant que le seul point de référence du chef du gouvernement ne tient pas compte des réalités que vivent les Guinéens au quotidien : la pauvreté extrême. On n’a pas besoin de statistiques pour savoir cela. Elle est là, plus vraie et plus criarde encore. Et la plus grande déception, selon ce qu’on peut lire dans plusieurs commentaires, c’est l’assurance de notre Premier Ministre alors qu’il tient un discours qui ne rassure guère. On est sorti de ce discours plus inquiétés, plus anxieux et amers, car à défaut de perspectives réelles, on s’attendait à plus de franchise. La magie ne fonctionne plus et tout le monde aura compris.

Il ne faut donc pas perdre de vue le véritable problème pendant qu’il est encore temps. Ce n’est ni le prof. Alpha Condé, encore moins M. Kassory Fofana. Ce sont des Guinéens qui ont applaudi le troisième mandat et qui ont cru, depuis sa première primature que  M. Kassory Fofana en tant que Premier Ministre pouvait changer quelque chose. Le peuple de Guinée doit souvent se rappeler. Personne ne  prendra des risques de défendre un peuple qui a cessé de se battre – à quoi bon d’ailleurs si les guinéen(nes) ont fini par croire que Dieu était responsable de tout leur malheur, alors qu’il n’en est rien du tout ? Le véritable problème  –  ce que je ne cesse d’évoquer depuis un certain temps – c’est la facilité par laquelle les Guinéens tombent dans les calculs ethniques et communautaristes à chaque occasion dont ils eurent pour s’affranchir de toutes ces pratiques qui tirent ce pays au fond du trou, la commodité avec le mal, l’injustice, la résignation et l’indifférence entretenues par un système durablement établi par la cupidité et l’intérêt personnel, les responsabilités individuelles dont on n’a pas suffisamment engagées, une vision de la politique qu’on ne voit que par les lunettes de ces mêmes  politiciens qui tournent en rond, une culture de la médiocrité et du mépris qui écrasent la légitimité par le résultat. Ce sont parmi tant de choses certainement qu’il faut au préalable changer et porter la vigilance plus haut.

Notre responsabilité commune  est de sanctionner quand ceux qui doivent porter nos voix et nos espérances sont dans la contrariété, nous demandent inlassablement de serrer les ceintures tant dis qu’ils ne pensent pas à réduire leur train de vie et ne se soucient guère du bien-être commun. Nous connaissons tous les problèmes. C’est désormais au peuple de Guinée de prendre ses responsabilités. Il est le seul maître du destin qu’il veut pour lui-même. C’est pourquoi il ne doit fait qu’un avec tous pour le bien de tous. La Guinée est notre seule patrie et sans doute la seule chose qui nous rassemble tous, quelles que soient nos différences et quelles que soient nos différends. Il est devenu impératif de veiller à l’éradication de ce système pour de bon, jusqu’à dans ses méandres les plus sournoises.

On nous targue qu’il est facile de faire des critiques ou de porter des jugements. Cela est vrai en partie. Mais ce qu’on ignore volontairement, c’est de dire que notre rôle aujourd’hui ne se résume pas qu’à cela. Nous participons aux débats et aux réflexions qui nous semblent fondamentales. Nous voulons que les choses changent chez nous, que les conditions de vie s’améliorent, que les frontières de la pauvreté soient grandement  repoussées, que la jeunesse guinéenne soit de l’avenir au pays, que les études et les compétences aient un sens et que notre pays puisse enfin emprunter la voie qu’il faut. Il ne suffit plus pour les dirigeants d’avoir une certaine vision. L’expérience démontre qu’il faut surtout avoir le leadership et le courage de la mettre en œuvre. Si cela fait échec, il est de la responsabilité citoyenne de chaque guinéen(ne) d’en tirer les conséquences et de dire non. Non à cette gouvernance hasardeuse et de tâtonnements, non à cette prise en otage de notre devenir et celui des futures générations.

Ali Camara.

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