Le livre esclaves des milices, voyage au bout de l’enfer libyen du journaliste Guinéen exilé en France est traduit en langue italienne

Paru aux éditions Fayard en février 2019, aujourd’hui ce livre fait la une des journaux en Italie. Traduit par la maison d’édition Quarup ( Italie ).

Alpha KABA conduit encore sa lutte pour que plus jamais personne tourne le regard face a ceux qui se passe en libye.

  Dans ce livre  Alpha Kaba raconte « Du coup  j’ai l’impression que je ne suis plus rien, arraché à une photo de famille dans laquelle il n’y a plus de place pour moi.  Les trafiquants viennent de m’enlever les dernières choses qui, profondément, m’ont encore lié aux miennes ».  Des naufrages de migrants en Méditerranée, dont malheureusement des nouvelles continuent de nous arriver chaque jour, on connaît les chiffres tragiques et, parfois, peu de détails sur les coordonnées géographiques et dynamiques des accidents, toujours si similaires dans leur dramatique banalité.  Nous avons rarement l’occasion de découvrir les noms et les histoires des personnes désespérées qui affluent vers les portes liquides d’une Europe qu’ils considèrent comme le seul espoir, ni les histoires de ceux qui, avant de se retrouver dans les camps de concentration libyens et de devenir viande de boucherie,  c’étaient des gens avec une vie, une famille, des souvenirs et des projets.

 Pour cette raison, l’histoire d’Alpha Kaba qui vient de sortir pour Quarup Schiavi delle milizie (pages 142, 14,90 €; avec la traduction de Sarah Ventimiglia et une note d’introduction de Nello Scavo) est une lecture importante.

Parce qu’il permet de comprendre la facilité nauséabonde avec laquelle, encore au XXIe siècle, un homme peut se transformer en un instant en un objet à éliminer avec violence et cruauté, mais aussi parce que l’auteur, s’est retrouvé dans le cercle infernal de la Libye des bandes armées,  dans sa vie antérieure, il était journaliste.  Et, malgré tout, il le reste même au milieu du cauchemar: «Pour ne pas sombrer, je serai celui qui se souviendra, qui posera des questions et enquêtera.  La mémoire sera mon rempart contre la soumission ».

 Alpha Kaba, né en 1988, a passé une enfance paisible dans une famille traditionnelle guinéenne.  Mais l’instabilité politique du pays et l’incohérence de sa démocratie jettent une ombre sur la vie des citoyens, en particulier des jeunes qui, face à la mauvaise gouvernance et à la corruption, n’acceptent pas de garder le silence.  En 2013, alors que Kaba travaille sur un programme de plainte contre la radio gratuite Baté FM dans la ville de Kankan, le diffuseur est victime de la répression des autorités et ses employés sont contraints de fuir pour sauver leur vie.  Au bout de quelques heures, le journaliste se retrouve à traverser la frontière avec le Mali incognito puis, à défaut d’alternative, rejoindre Agadez, au Niger, et là il rejoint l’une des caravanes de personnes qui, convergées d’Afrique de l’Ouest vers le  villes de sable au milieu du Sahara, défiez les dunes arides avec le mirage de la côte méditerranéenne.

Un convoi de migrants au Sahara, à la frontière de la Libye – Ansa

 «J’apprendrai plus tard que le Sahara est le premier piège, le cimetière où tombent la plupart des réfugiés», écrit Alpha Kaba, rapportant les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations selon laquelle, entre 2014 et 2018, un  sur les 16 000 migrants morts en Méditerranée, environ 30 000 ont disparu pour tenter de traverser le désert.

 L’auteur le fait.  Il arrive à Alger mais son contact là-bas s’avère être un bluff et reste sans argent ni perspectives.  Jusqu’à ce que quelqu’un, dans la caserne où il a trouvé refuge avec d’autres garçons subsahariens, lui parle de la Libye. «Sous Kadhafi, le pays était riche.  Pour le moment, aucun de nous n’est conscient du chaos qui règne depuis la fin de la guerre civile: nous sommes convaincus que la situation est restée la même ».

 Mais cette terre, otage d’une infinité de gangs opposés, deviendra un piège pour Alpha et ses compagnons.  Dès qu’ils franchissent la frontière avec l’aide de passeurs peu scrupuleux, la camionnette dans laquelle ils se cachent est intercepté par des hommes armés.  Qui attaquent la précieuse cargaison humaine.  Dépouillés, fouillés, privés de sacs à dos et de tout objet les rattachant à leur vie antérieure: vêtements, photographies – tous incendiés sous leurs yeux -, les migrants à partir de quel moment se transforment en esclaves.  Les hommes et les femmes sont achetés, revendus, embauchés, déplacés de ville en ville selon les besoins du nouveau propriétaire, ou du nouveau client: un chef de milice qui doit terminer un chantier de construction, ou un riche propriétaire qui a besoin d’armes pour ses plantations.

 Mais à l’évocation des souvenirs, qui malgré l’horreur parvient toujours à maintenir un voile de modestie et d’humanité, l’auteur ajoute la description grossière d’un système réel qui, nourri du racisme envers les «noirs», prospère de leur exploitation  .  «Ce trafic rapporte d’énormes profits: avec la guerre en Libye, les travailleurs étrangers qui travaillaient dans les secteurs de la construction et de l’agriculture sont partis.  Nous servons à remplacer ces hommes.  C’est une organisation, un réseau de trafic humain bien planifié et orienté contre les noirs, les jeunes migrants prises aux pièges dans l’enfer libyen.

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