VIH/SIDA : Plus de 120 000 personnes vivent avec le VIH/SIDA en Guinée selon le secrétaire exécutif du CNLS, Abass Diakité.(Grande Interview)

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La Guinée à l’instar des autres pays du monde vient de célébrer la journée internationale de la lutte contre le VIH/SIDA, le 1er décembre. Deux jours après ladite célébration, le secrétaire exécutif du Comité national de la lutte contre le SIDA (CNLS) Docteur Abass Diakité a, lors d’une interview accordée à votre quotidien en ligne abordée tout ou presque sur le VIH/SIDA en Guinée. Le taux de séroprévalence au niveau national, régional, les couches socioprofessionnelle les plus touchées, la prise en charge, etc…
Une interview que nous vous proposons de lire :
Actuguinee.org/ La journée internationale de lutte contre le VIH/SIDA vient d’être célébrée à travers le monde, où en est la Guinée dans cette lutte ?

Docteur Abass Diakité : Depuis la découverte du premier cas de SIDA en Guinée, le pays est entrain de lutter contre cette pandémie avec la plus forte énergie. Il y a eu assez de progrès et de résultats.
Actuguinee.org/ Quel est le taux de séroprévalence actuel en Guinée ?
Docteur Abass Diakité : Parlant de la situation actuelle, la Guinée compte plus de 120 000 personnes qui vivent avec le VIH/SIDA. Nous avons un taux de prévalence de 1,5% Mais cette catégorie peut varier en fonction des tranches d’âge. Par exemple, chez les femmes de 15 à 49 ans, la prévalence est à 1,9% contre une prévalence 1,1% pour la même tranche d’âge chez les hommes. Ce qui dénote une féminisation du VIH/SIDA en Guinée et comme dans d’autres pays du monde. Les taux de prévalence dans les régions du pays sont les suivants : Boké (2%) ; Kindia (1,8%) ; Conakry (1,7%) ; Labé (1,6%) ; N’Zérékoré (1,5%) ; Faranah (1,2%) ; Mamou (1%) et Kankan (0,7%). Ce qui revient à dire que la région de Boké est la plus touchée notamment à cause des activités minières.
Actuguinee.org/ Quelles sont les couches socioprofessionnelles les plus touchées par le VIH/SIDA en Guinée ?
Docteur Abass Diakité : Plusieurs catégories socioprofessionnelles sont concernées. Mais là où le bas blesse, c’est chez les professionnels de sexe, communément appelés les prostitués. Mais il y a eu beaucoup d’efforts. A date le taux de prévalence chez cette catégorie socioprofessionnelle est de 10,7% ; chez les homosexuels, le taux de prévalence est de 11,4% mais ce chiffre ne doit pas effrayer parce que dans un passé récent, les taux étaient plus élevés. Chez les professionnels de sexe, le taux était plus de 40% et chez les homosexuels, le taux était autour de 50% Le taux a beaucoup baissé grâce aux efforts du gouvernement guinéen et de ses partenaires. Chez les transporteurs, le taux de prévalence est de 2,3% ; chez les prisonniers, il est de 2,3% ; chez les miniers, il est de 1,4% ; chez les pêcheurs, 3,9% ; les hommes en uniformes, c’est-à-dire, les forces de défense et de sécurité, 3,5%
Actuguinee.org/ Comment se fait la prise en charge des malades du VIH/SIDA en Guinée ?
Docteur Abass Diakité : Toutes les activités liées à la lutte contre le VIH/SIDA en Guinée sont gratuites. Idem que la prise en charge. Elle se fait comme suit : quand les gens se font dépistés, s’ils sont positifs, ils sont orientés vers les centres de prise en charge. Une fois orientés dans les centres de prise en charge, ils effectuent des examens pour voir si le malade peut supporter tel ou tel médicament.

Est-ce que tel médicament n’est pas contraignant pour telle maladie associée au VIH/SIDA. Parce qu’on peut avoir un patient atteint du SIDA et qui a le diabète, l’hypertension. On tient compte de tout ça. Lorsqu’on connait quel type de médicament le malade peut prendre, on commence la prise en charge. Et au départ, on donne une dose d’un mois pour voir si le malade va supporter ou pas. Si les résultats sont concluants, on peut lui donner une dose de 3 mois pour éviter de venir tout le temps à l’hôpital. Et même pendant cette période de Covid-19, nous avons développé une stratégie qui consiste à donner des doses de 6 mois parce que les citoyens avaient peur de fréquenter les structures sanitaires. Et chaque 6 mois, nous faisons le contrôle de CD4 pour voir si le traitement est efficace ou pas. Et après chaque année, nous faisons la charge virale pour savoir si le traitement évolue bien ou pas.
Actuguinee.org/ La Guinée dispose de combien de centre de traitements du VIH/SIDA ?
Docteur Abass Diakité : A date, la Guinée dispose de 142 centres de prises en charge appelés aussi des centres de traitement sur toute l’étendue du territoire national.
Actuguinee.org/ Les Antirétroviraux ( ARV) sont-ils accessibles en Guinée ?
Docteur Abass Diakité : L’accès aux ARV est à la fois facile et un peu difficile aussi. Nous nous organisons et nous mettons tout en œuvre pour que tous ceux qui sont dans le besoin aient leurs médicaments. C’est ça notre objectif. Tout est centralisé au niveau de la pharmacie centrale de Guinée où il y a un plan de distribution. La distribution peut-être semestrielle pour ne pas que les structures de l’intérieur viennent toujours s’en procurer. Et une fois que les produits sont stockés dans les régions, les préfectures viennent s’en procurer. Mais parfois, il y a de petits problèmes de distribution. Ce qui provoque parfois des ruptures alors qu’il y a des médicaments au niveau national ou régional. Parfois on peut constater qu’il y a un sur-stockage dans une préfecture ou des péremptions alors qu’il y a un manque dans d’autres préfectures. La situation là existe mais ce n’est pas très alarmant quand même.
Actuguinee.org/ Est-ce que la lutte contre le VIH/SIDA n’est pas reléguée au second plan au profit du Covid-19 ?
Docteur Abass Diakité : Les décideurs savent que le VIH/SIDA existent. C’est une priorité. Mais Ebola par exemple était une urgence. Le coronavirus est un cas d’urgence. Le VIH/SIDA est une maladie avec laquelle les populations vivent durant de longues années si elles prennent correctement les médicaments.
Actuguinee.org/ Est-ce que le VIH/SIDA tue ?
Docteur Abass Diakité
: Le VIH/SIDA tue mais à très faiblement de nos jours. Ceux qui meurent du VIH/SIDA sont ceux qui refusent de faire le dépistage à temps. Si le dépistage n’est pas fait à temps, la prise en charge sera tardive et souvent dans ces cas, les malades arrivent à l’hôpital très rompu par la maladie. Et malheureusement dans ces, on peut enregistrer des cas de décès. Il y a aussi ceux qui commencent le traitement et l’abandonne soit volontairement ou convaincu par des charlatans qui disent pouvoir guérir la maladie. Ils abandonnent purement et simplement leurs ARV et au moment où ils reviennent à l’hôpital, ils sont dans un état déplorable et ont développé des résistances. Les produits qu’ils prenaient avant ne sont plus efficaces. Il faut des efforts intenses pour les sauver sinon, ils vont mourir. Un malade qui est dépisté à temps et qui prend son traitement n’a aucun risque de mourir du VIH/SIDA.
Actuguinee.org/ Qu’en est-il de la transmission de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant à travers la grossesse ?
Docteur Abass Diakité
: C’est là l’importance des consultations prénatales (CPN). Nous conseillons toutes les femmes enceintes d’aller dans les centres de santé pour faire leurs CPN. Les tests de dépistage du VIH/SIDA sont fait lors des CPN pour savoir si les femmes enceintes ont le SIDA ou pas. Si malheureusement une femme enceinte a le SIDA, sa prise en charge commence le même jour jusqu’à son accouchement et ce même dans la salle d’accouchement. Et lorsque la femme accouche, la prise en charge du bébé aussi commence et ce, jusqu’à 18 mois. A partir du 18ème mois de l’enfant, l’enfant fait un test de dépistage pour savoir s’il est contaminé ou pas. Avant le 18ème mois, si l’enfant fait un test, il peut être positif alors qu’il ne l’est pas parce que les anticorps de sa maman persistent dans son sang mais il n’est pas infecté. C’est pourquoi il est conseillé d’attendre 18 mois pour vérifier. Mais avec les tests rapides PCR, le statut de l’enfant peut être connu en 1 ou 2 mois après sa naissance. Si l’enfant malheureusement l’enfant est positif, il est pris en charge comme une personne malade. Cette politique a donné d’excellents résultats. Par exemple, en 2013, le taux de contamination ou de transmission du SIDA de la mère à l’enfant était de 22% mais avec les traitements, le taux a chuté jusqu’à 7% en 2019. Ce qui veut dire que les femmes enceintes ont compris les conseils et que les traitements ont porté fruit. Mais notre objectif est de 0% de la transmission de la mère à l’enfant.
Actuguinee.org/ Quelle est la meilleure façon de se prévenir du VIH/SIDA ?
Docteur Abass Diakité : La meilleure façon de se prévenir est d’adopter un comportement responsable. C’est-à-dire faire des examens prénuptiaux qui incluent le dépistage du VIH/SIDA avant tout mariage. Et dans les mariages familiaux, il faut faire préalablement des tests avant de donner la jeune sœur de l’épouse qui est décédée à l’époux ou donner l’épouse au frère de l’époux qui est décédé parce qu’on ne sait pas de quoi ils sont morts. A défaut de l’abstinence, il faut se protéger en utilisant les préservatifs. Il y a les préservatifs masculins et féminins. Et puis la fidélité dans les couples mariés.
Actuguinee.org/ Avez-vous quelque chose à ajouter qui n’a pas été abordée ?
Docteur Abass Diakité :
J’invite la population guinéenne à accepter de faire le test de dépistage du VIH/SIDA pour quitter dans le doute. Avec le dépistage précoce, celui qui est négatif peut adopter un comportement responsable pour ne pas être contaminé. Et celui qui est positif commence rapidement sa prise en charge pour vivre sans problème. Et j’encourage tous les malades sous traitement ARV de croire à leur traitement et à ne pas l’abandonner parce que c’est un traitement à vie.

Interview réalisée par Sadjo Bah pour Actuguinee.org.

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