Fodé Mohamed Soumah à l’UFDG et à l’ANAD : « Quand une stratégie ne fonctionne pas, il faut trouver un palliatif »

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Dans une interview accordée à Actuguinee.org l’honorable Fodé Mohamed Soumah de la GeCi a abordé l’actualité sociopolitique du pays qui, reste dominée par la crise post-électorale. Le président de la Génération Citoyenne est aussi revenu sur la récurrente question de la dissolution de l’Assemblée nationale.
Une interview que nous vous proposons de lire :

Quelle lecture faites-vous de l’actualité sociopolitique de la Guinée après la réélection d’Alpha Condé pour un nouveau mandat ?

Fodé Mohamed Soumah : Sauf ceux qui ne sont pas politiques et les aveugles sont surpris. Tout le monde savait qu’on s’acheminait vers une crise post-électorale. J’imaginais que le pouvoir allait anticiper. Le tout n’est pas de gagner une élection mais comment gouverner après. Je pense qu’on ne peut pas être à la fois face à une crise sanitaire qui risque même de se transformer en crise humanitaire au vu de l’échec du plan de riposte, une crise sociale, une crise économique, une crise politique.

Le gouvernement n’a pas fait preuve d’anticipation.
Plusieurs responsables de l’UFDG et de l’ANAD ont été mis aux arrêts au lendemain du scrutin présidentiel. Est-ce une chasse aux sorcières ?

Fodé Mohamed Soumah : Je regrette aujourd’hui que nous en soyons à des arrestations arbitraires. Je ne dit pas que tout le monde est blanc comme neige. Mais je crois que lorsqu’on sort d’une élection controversée, contestée, on se doit d’apaiser. C’est une erreur politique. Ils (détenus de l’UFDG et de l’ANAD) l’ont bien cherché aussi. Lorsqu’un politique ne fait pas attention à ce qu’il dit parce que ce que nous disons nous poursuit, je pense qu’il fallait éviter en période électorale de faire monter les enchères. Je pense que ce n’est responsable d’appeler à la violence, à l’insurrection, etc… en période électorale. Je pense qu’un rappel à l’ordre et une convocation en bonne et dû forme suffisent pour prévenir les uns et les autres. La prochaine fois que vous direz ceci, que poserez tel acte, voici ce que vous encourez. Je pense que c’était la meilleure façon de calmer les jeunes. Parce que pendant la campagne électorale, tout le monde s’éloigne du langage politiquement correct. Sincèrement ça me désole et j’ose espérer qu’il ne faut pas attendre l’investiture, attendre leur jugement pour les gracier après. Il ne faut pas déplacer les problèmes parce qu’ils existent toujours. Je pense que la meilleure façon est de les libérer totalement et sans conditions afin de calmer les esprits et la situation.
Actuguinee.org / L’UFDG et l’ANAD appellent à une journée ville morte le 03 décembre prochain pour exiger la libération de ses responsables, exiger la vérité des urnes. Est-ce une bonne démarche ?
Fodé Mohamed Soumah : Lorsque vous enclenchez une stratégie qui ne fonctionne pas, la meilleure façon, c’est de la changer. Je fais partie des opposants qui ont plus battu le pavé, qui ont le plus participé aux activités de l’opposition. Je pense que le record revient à Aboubacar Sylla (Actuel ministre des transports) et moi. Personne dans l’opposition républicaine n’a assisté à toutes les manifestations que nous deux. C’est pour vous dire que la manifestation est actée et sanctuarisée par notre constitution. L’histoire de ville morte valait son pesant d’or à une époque. Aujourd’hui, les guinéens ne veulent pas entendre parler de marches, de manifestations. On va encore avoir une opération ville morte, qui ne sera pas un échec mais un camouflet parce que les gens en ont marre. Et on dira que ça a fonctionné à tel endroit et ça n’a pas fonctionné à tel endroit. Par peur de représailles, certains sont obligés de suivre la vague. L’UFDG et l’ANAD devraient aujourd’hui se poser la question sur la nouvelle stratégie à adopter mais non revenir sur ce qui a contribué à un échec. Je n’ai pas de conseils à donner à l’UFDG et l’ANAD. Je leur dit simplement que lorsque vous utilisez une stratégie qui ne fonctionne pas, il faut trouver un palliatif, d’autres arguments mais on ne peut pas continuer à s’enfoncer dans quelque chose qui ne donne pas de résultats.
On parle beaucoup de la dissolution de l’Assemblée nationale ces derniers temps, au nom de la paix. Êtes-vous favorable à cette idée ?
Actuguinee.org / Fodé Mohamed Soumah : Les problèmes d’aujourd’hui ne viennent pas de l’Assemblée nationale. Si certains qui sont dans le déni ne reconnaissent pas cette assemblée qui fonctionne, qui a installé son président, ses commissions, son bureau, qui travaille pour la Guinée et les guinéens. Mais le problème en Guinée est que les gens aiment se voiler la face et se divertir. Je pense que la solution n’est pas la dissolution de l’Assemblée mais plutôt de se poser les bonnes questions. C’est-à-dire, les questions existentielles, qu’est-ce que nous voulons faire de ce beau pays ? Nous sommes aujourd’hui 2ème pays producteur mondial de bauxite, nous passerons au 1er rang en quelques semaines avec plus de 100 millions de tonnes par an mais avec des populations pauvres. Voilà où se trouve le nœud du problème.

Actuguinee.org / Pourquoi les guinéens ne bénéficient pas des retombées de la richesse nationale ?
Un mot sur la démission de Siaka Barry qui était membre du groupe parlementaire Alliance Patriotique au même titre que la GECI.

Fodé Mohamed Soumah : Siaka a surpris tout le monde par sa démission. Il a ses raisons. Il a essayé de les justifier mais à l’Assemblée, nous ne sommes pas une caisse de résonnance. A l’Assemblée nationale, il y a des débats. Nous sommes en phase assez souvent avec la mouvance qui a la majorité absolue. Lors de la promulgation de la constitution, tous les trois groupes parlementaires se sont mis ensemble pour interpeller la cour constitutionnelle. Ce qui était jamais vu. Nous ne sommes pas face à une mouvance ennemi, adversaire. Nous sommes tous des élus du peule pour lequel nous travaillons tous. Nous ne voulons pas l’adversité de la 8ème législature. Nous avons un président de l’Assemblée nationale qui a la posture d’un homme d’État. Le Damaro président de l’Assemblée et le Damaro président du groupe parlementaire du RPG arc-en-ciel sont deux personnes différentes dans le même corps. C’est pour dire que la donne change quand il y a leadership. Il consulte, il partage et ça nous facilite la tâche. Ceux qui disent que c’est une chambre d’enregistrement parce qu’il n’y a pas d’adversité, d’invectives, d’insultes, se trompent d’époque parce qu’ils ne savent pas que les élus du RPG et ceux de l’opposition sont là pour le peuple et non pour leurs intérêts partisans.
Actuguinee.org / Est-ce que vous êtes prêts à participer au prochain gouvernement si le président de la république vous sollicitait ?
Fodé Mohamed Soumah :
C’est une question fermée et on est habitué à ça en Guinée. Il suffit qu’un guinéen dise que je ne travaillerai pas avec Alpha Condé pour qu’on se demande s’il est guinéen ou qu’il veut apporter quelque chose à son pays ? Il suffit de tendre les bras au président pour qu’on dise que ce sont des vendus. Nous sommes dans un pays où c’est le statu-quo qui arrange tout le monde.
Il y a 10 ans, j’ai voulu diriger ce pays et Dieu m’en a pas donné l’occasion. Les guinéens ont choisi quelqu’un. Je suis opposant et je le reste. Si demain, le gouvernement auquel je rêve devait être mis en place et que le président de la république fasse appel à moi, je serai au rendez-vous, non pas en tant qu’opposant mais en tant que guinéen, patriote qui pense pouvoir apporter quelque chose à son pays. Mais si c’est pour venir mousser, rester dans la continuité, soyez sûrs que la prostitution politique n’est pas faite pour la GECI, encore moins pour ma modeste personne. Donc, si c’est dans le cadre d’un travail sincère, au bénéfice des guinéens, je suis prêt à marcher de chez moi jusqu’au palais Sekhoutoureya pour répondre au président.
Actuguinee.org / Quel est votre mot de la fin ?
Fodé Mohamed Soumah : Je suis au regret de constater qu’en pleine période de pandémie du coronavirus, de crise économique, qu’on en soit à dépenser des milliards pour une prestation de serment du président. On a pas besoin de délégations étrangères pour une 3ème prestation de serment. Je préfère voir le président de la république avec son gouvernement face à la cour constitutionnelle prêter serment et se mettre au travail plutôt qu’être là à faire des dépenses énormes et vouloir les justifier, vouloir demander des sacrifices au peuple. J’ose espérer que la prestation de serment du président puisse se passer à minima.
Interview réalisée par Sadjo Bah pour Actuguinee.org

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