Question à ADO: à quand le tour des autres quand vous refusez de partir?

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A quelques jours de l’élection présidentielle, fixée au 31 octobre prochain, le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, dans un entretien sur RFI et France 24, ce mardi, a renforcé les inquiétudes et la vive angoisse qui tenaillent, non seulement la Côte d’Ivoire, mais toute la sous-région. Alors que la comptabilité macabre enfle, et que les lendemains ne sont guère rassurants, sur le plan socio-politique sur les bords de la lagune Ebrié, ADO ne pense qu’au fauteuil présidentiel dont il a fait un patrimoine familial, en se présentant, pour un troisième mandat anticonstitutionnel. Entre autres, le président ivoirien reconnaît être accrédité d’un bilan économique positif. Ce qui n’est pas faux, si l’on s’en tient aux nouvelles infrastructures routières dont a bénéficié le pays.

Et la route du développement passant par le développement de la route, il faut être de mauvaise foi, comme les concepteurs du «on ne mange pas le goudron», pour ne pas concéder  ce point à Alassane Dramane Ouattara. Les voyants économiques sont donc passés au vert, alors que la Côte d’Ivoire portait encore les stigmates de la rébellion de 2002 et la guerre civile sanglante de la crise postélectorale de 2010. Mais pourquoi ADO, s’érige-t-il en homme providentiel, alors qu’il avait une occasion unique d’inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, en quittant les affaires au bon moment?

Au lieu de passer son temps à jouer un disque rayé, Alassane Dramane Ouattara, gagnerait mieux à sortir de la rhétorique du «patriote» qui se «sacrifie» pour son pays, en acceptant d’aller à un troisième mandat, qui fait plus de mal que du bien à la Côte d’Ivoire qui compte déjà plus de 30 morts depuis l’annonce de ce maudit mandat de trop. Et la répression constitue la solution pour le chef de l’Etat, lui qui a annoncé sans ciller, que le déploiement des 35 000 agents des Forces de défense et de sécurité devrait ramener la paix en Côte d’Ivoire.

«Je ne suis pas un dictateur», a affirmé le président ivoirien. On voudrait bien le croire, mais c’est sous son mandat, notamment le second, que les opposants et leurs proches sont persécutés, embastillés ou éloignés de leur pays, contraint par une justice aux ordres ou d’autres moyens dignes des Etats d’exception. Pourtant, Alassane Ouattara, s’il a pu assouvir sa soif inextinguible du pouvoir, c’est bien parce que, son prédécesseur, Laurent Gbagbo, lui a cédé le fauteuil présidentiel, certes dans le sang et avec la forte intrusion de la communauté internationale. Certains ont même parlé de complicité!

«Tous les cinq ans, il y aura élection et le tour des autres viendra», a dit le président, 78 ans, qui était beaucoup plus un candidat à une retraite paisible qu’un aspirant à un troisième mandat confligène à souhait. Question que j’ajoute humblement à celles déjà pertinentes de mes confrères: ADO, comment voulez-vous que «le tour des autres» vienne», pour qu’alternance se fasse dans les urnes, alors que vous refusez de partir? Et pourquoi ne pas reporter le xcrutin et ramener tous les acteurs sous l’arbre à palabre pour donner des chances d’un retour de la Côte d’Ivoire à la paix et à la cohésion sociale? ADO ne transige pas sur le sujet: «Je ne veux pas être un parjure», a signifié le président ivoirien, à l’idée de report de l’élection.

L’homme a sans doute la mémoire courte ou feint d’oublier qu’en proposant la nouvelle constitution aux Ivoiriens, il avait bien précisé que cela n’était point dans l’intention de briguer un nouveau mandat. Mieux, le 5 mars dernier, il a dit aux élus nationaux, donc représentants du peuple par excellence, qu’il ne tombera pas sous les charmes du troisième mandat. Aujourd’hui, en tout cas, ADO, à moins d’avoir une autre compréhension de «parjure», a fait un virage à 180 degrés, sous le prétexte que le dauphin qu’il s’est choisi, en l’occurrence, l’ancien Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, est décédé, le 8 juillet dernier!

Alassane Dramane Ouattara va-t-il se présenter en 2025? «Ça suffit comme ça…Il est temps que nous quittions la scène politique», a répliqué le président ivoirien. Du déjà entendu, car ADO, selon sa parole donnée et la Constitution, ne devait plus être dans les starting-blocks pour 2020. Mais…Et la Côte d’Ivoire continue de retenir son souffle!

Par Wakat Séra

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