Siguiri: des orpailleurs s’expriment sur les causes des éboulements de mines artisanales (Enquête)

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Depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours, la préfecture de Siguiri est réputée être le poumon économique de la Haute-Guinée cela, en raison de la richesse de son sous-sol en or suscitant ainsi la convoitise de nombreux guinéens en quête du bien-être. Cependant, cette exploitation artisanale  du métal jaune se pratique aujourd’hui dans une anarchie sans précédent,au préjudice de l’écosystème et des exploitants artisanaux eux-mêmes.

Nous nous sommes rendus ce mardi,1erseptembre 2020 dans un gisement minier vieux de plus de 10 ans, situé dans le district de Boukariah, dans la sous-préfecture Kintinia. Cette mine artisanale de Bouré est communément appelé ‘’Fadaba”ou zone rocailleuse en malinké, la langue du terroir.

Elhadj Noumoukè Camara

Elhadj Noumoukè Camara travaille dans les mines d’or il y a près de 60 ans. Il affirme avoir beaucoup profité de cette activité. Aujourd’hui, ce vieil homme préside aux destinées de 30 hommes appelés ”Tönboloma”( la police minière en malinké, la langue locale.

D’entrée, il nous fait l’historique de l’exploitation artisanale de l’or dans cette contrée appelée ‘’le Bouré” : « Cela fait maintenant 10 ans que je suis là et je vous assure qu’il existe un parfait climat de cohabitation pacifique entre les deux villages riverains ( Kourouda et Boukariah) de cette mine.

La technique d’exploitation a beaucoup changé au cour de ces dernières décennies. Avant ,nous on creusait à l’aide de la pioche mais aujourd’hui, c’est avec le compresseur. Le lavage se faisait avec la calebasse mais ,cela est remplacé par le concasseur . L’exploitation se faisait dans les bas-fonds,juste en bordure des cours d’eau mais aujourd’hui, les gens extraient l’or dans des plateaux et dans les collines. C’est pourquoi nous sommes là en pleine saison des pluies.Mon grand-père et mon père ont pratiqué ce métier. A travers ce métier, j’ai construit ma maison, j’ai acheté une moto et j’arrive encore à nourrir ma famille>>, a révélé ce vieillard âgé de plus 80 ans.

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Le vice-président du bureau des ‘’Tönboloma”lui, est revenu sur les causes des accidents souvent enregistrés dans les mines artisanales : « Avant, les travaux miniers n’étaient pas réservés à tous mais aujourd’hui, ça attire tout le monde et beaucoup sont inexpérimentés en la matière. Certains prennent des stupéfiants avant de descendre dans la mine. D’autres nous contournent et creusent en zone interdire et en cas d’éboulement,nous les Tönboloma, sommes accusés à tort d’être responsables >>, a déclaré Sékou Doumbouya.

Ces vétérans du secteur minier ont vivement salué la récente élection de la nouvelle équipe dirigeante au bureau national des orpailleurs et sollicité des autorités,la mise en place très prochaine des antennes préfectorales à l’intérieur du pays.

Le sous-sol de la préfecture de Siguiri regorge l’essentiel des activités liées au métal jaune en République Guinée mais par manque de structure digne de nom ,les acteurs de la filière artisanale sont à la merci de tous les risques ,sans appuis de l’Etat.

Mamadi CISSE , correspondant régional / Chef de bureau en Haute-Guinée

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