La présidentielle : quand le remède est pire que le mal

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La seule raison qui pourrait expliquer la non-participation de l’UFDG à l’élection du 18 octobre prochain c’est le refus de légitimer la candidature d’Alpha Condé à ce scrutin. Cela signifie que cette auto-exclusion du processus démocratique devra obligatoirement se poursuivre par la suite pour toutes les élections sous peine d’incohérence affligeante. Donc pas de participation aux prochaines communales et aux prochaines législatives. Conséquence d’un tel choix, à court et moyen terme, l’UFDG ne siègera plus à toutes les instances politiques représentatives en Guinée et…à l’international.

C’est déjà le cas à l’Assemblée Nationale où de 37 députés élus en 2013, l’UFDG passe à 0 représentants. Avec l’absence de l’UFR, l’opposition jusque-là la plus représentative de Guinée perd même sa minorité de blocage si utile pour contrôler l’adoption des lois organiques.

L’UFDG devra quitter la CENI. Il est évidemment exclu que ceux qui participent à l’élection présidentielle acceptent que des représentants de partis politiques absents des deux dernières consultations démocratiques occupent des postes dans une instance chargée d’organiser ces mêmes consultations. Ceci est encore plus vrai si, comme le voudrait la logique mentionnée plus haut, ces partis ne participent pas non plus aux consultations qui vont suivre. L’UFDG sera donc absente des prochaines révisions de listes électorales et, de manière générale, de tous les préparatifs des prochaines consultations électorales.

L’UFDG ne siègera pas au Haut Conseil aux Collectivités Territoriales. Une telle absence ne peut-être que préjudiciable aux militants de ce parti qui, le jeu démocratique aidant, auraient forcément obtenus des représentants dans cette structure extrêmement importante dans la prise de décisions qui engagent la vie des collectivités territoriales. En effet, elle est chargée de contribuer à la mise en œuvre effective des politiques de décentralisation en favorisant la participation active des acteurs territoriaux à la définition, l’instauration et l’évaluation des politiques publiques territoriales. Au Sénégal, par exemple, le HCCT compte 150 Hauts Conseillers (dont 80 conseillers élus au suffrage universel indirect) désignés pour un mandat de cinq ans.

Pendant ce temps, tous les petits partis « satellites » ou « cabines téléphoniques », comme les désigne l’UFDG elle-même, se feront une place de choix sur l’échiquier politique. Des députés, conseillers et autres commissaires, bénéficiant de l’aura de leurs titres et fonctions et des moyens de l’État, vont évoluer en roue libre dans toutes les sphères sociales, économiques et politiques de la nation et à l’international en se forgeant un carnet d’adresse, une réputation et un bilan précieux pour leur avenir.

Voici les réalités du terrain. Les réalités locales que seuls peuvent appréhender ceux de l’UFDG qui ont eu à affronter le scrutin et s’exercer à la démocratie représentative comme l’ex-député Ben Youssouf Keita, qui prône une participation de son parti à l’élection du 18 octobre prochain.

C’est bien pour ces raisons que les principaux partis d’opposition en Côte d’Ivoire, tout en contestant le droit pour le Président sortant de se représenter, ont tous déposé la candidature de leur champion. Qui est fou ?

C’est ce que ne comprennent pas ceux qui, loin du quotidien que vivent les guinéens, envisagent tout simplement le chaos pour arriver au pouvoir. En effet lorsqu’on est réduit, comme la fédération UFDG de France, à « préparer (une) stratégie de décrédibilisation de l’élection présidentielle à travers des images choquantes des bureaux de votes brulés, des cartes d’électeurs déchirées… » en espérant répéter « ….la situation au Mali » qui rendrait « favorable le départ du régime CONDE chez nous. », on démontre soit la pauvreté de notre imagination soit une méconnaissance totale de la sociologie politique en Guinée. C’est le lot de beaucoup de ces branches européennes des oppositions africains qui préconisent des copier-coller de ce qui se passe ailleurs sans en mesurer ni la faisabilité ni les conséquences. Malheureusement, Cellou Dalein Diallo, otage de l’image qu’il veut renvoyer à l’aile dure de son parti a cru bon de céder aux appels des faucons en envisageant la possibilité « d’accéder au pouvoir par les armes ».

Les véritables questions que doit se poser l’UFDG sont les suivantes : passé l’émotion de la dénonciation et du boycott des élections présidentielles qu’est-ce que l’UFDG va bien pouvoir offrir à ses militants pour les six ans à venir ? des manifestations politiques ? un coup d’État ? une rébellion armée ? En bref, un isolement encore plus marqué de ce parti.

Algassim Diaby

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