Simandou : La Guinée enfin maitre de son destin (Par Abdoulaye Keita)

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Situé à plus de 650 Km au Sud-est de la Guinée, le Simandou est une merveille naturelle qui offre un paysage magnifique.  Mais s’il est un aspect par lequel il fait l’objet de nombreuses convoitises, c’est moins son paysage pittoresque que sa valeur minière incommensurable.  

Le gisement de minerai de fer du Simandou est de classe mondiale avec une possibilité d’exploitation d’environ 400 ans, pour une production annuelle moyenne de 100 millions de tonnes.

Cette valeur minière du Simandou ne s’est cependant jamais mue en véritable projet d’exploitation susceptible de déboucher sur les immenses retombées économiques et sociales que l’on lui prête. Au contraire elle n’a été que l’objet de spéculations au point d’être qualifiée de « projet irréalisable » ou « fantasme », en dépit des efforts consentis par les gouvernements successifs pour l’ouverture d’un pôle économique important dans le Sud. C’est finalement dans cette gouvernance minière sous Alpha Condé que Simandou devrait commencer ? Certains y verront le résultat d’un vaste programme de réformes institutionnelles, juridiques, structurelles et organisationnelles du secteur minier qui prône depuis 2011/2013 la diversification dans un climat d’affaires propice aux investissements, tandis que d’autres parleront d’une manœuvre accélérée pour lancer Simandou par un Clan.

Le Coronavirus n’impacte pas le calendrier du projet

Le dépouillement du 4 octobre 2019 de l’Appel d’Offre pour l’octroi du Simandou lancé par le Gouvernement a tracé le chemin de la Guinée pour la mise en valeur de ce potentiel  qu’est le Simandou. L’une des sociétés, le Consortium SMB-Winning en compétition pour l’obtention du marché a  prévu dans son offre, la réalisation du  Trans-Guinéen ; un projet qui a fait rêver plusieurs guinéens. Ce Chemin de fer de plus de 650 Km devrait relier le sud de la Guinée en passant par la Haute, Moyenne et Basse Guinée et ainsi déclencher une véritable chaine socio-économique de développement. Le Consortium SMB-Winning sera plus tard déclaré adjudicataire provisoire des blocs 1 et 2 du Simandou le 12 novembre 2019 ; pendant que les blocs 3 et 4 restent dans le portefeuille de Rio Tinto et Chinalco. Ces deux dernières sociétés avaient-elles été rappelées à l’ordre par le gouvernement à travers une lettre du Ministre des Mines Abdoulaye Magassouba en date du 10 septembre 2018, les invitant à remplir toutes les obligations contractuelles sans délai sous peine préciserait la lettre de donner à la Guinée la légitimité de tirer des conclusions et aux sociétés d’en tirer les conséquences. En clair, le Ministère des Mines et de la Géologie menaçait de retirer les titres octroyés.

En conseil des ministres présidé par le Chef de l’Etat, le 4 juin 2020,  alors que la Guinée  enregistre autour de 4000 cas d’infections au coronavirus et que le secteur minier (bauxite en particulier) résiste difficilement au choc de la crise avec pour effet immédiat la réduction du personnel opérationnel ainsi que la réduction de la production minière par endroit, le gouvernement autorise la signature de la convention de base pour l’exploitation du fer du Simandou 1 et 2 par le Consortium SMB-Winning. Précisons toute fois qu’un plan de riposte concerté a été élaboré entre le Ministère de tutelle et les sociétés minières en vue de résister à la crise mondiale, un plan qui laisse entendre une capacité de résistance du secteur minier guinéen (bauxite, or) du moins si les efforts de la chine et de la Guinée demeurent dans la maitrise de la pandémie.

 L’exploitation du Simandou, une  aubaine enrobée de défis

Malgré les soupçons de corruption à grande échelle et les procédures judiciaires ainsi que les arrangements,    la mise  en exploitation du Simandou avec la probable réalisation du  Trans-guinéen,  demeure une victoire nationale importante. Cette victoire est d’autant plus évidente lorsqu’on tient  compte de l’échec des nombreuses pressions pour  l’évacuation du minerai vers le Libéria, avec toutes les contraintes économiques, politiques et sociales  que cela impliquerait.  Les investisseurs des  blocs (1,2,3 et 4) avaient-ils la volonté de passer à l’exploitation  du Simandou dans le passé ?

L’On peut à travers cette démarche, reconnaitre  l’implication du ministère des mines et de la géologie pour cette exploitation longtemps restée un rêve incertain de millions de guinéens qui voient dans cette aventure, un espoir d’une relance économique sérieuse pour la Guinée. Ce projet d’une valeur d’environ 15 milliards de dollars américain porté par un Consortium qui ne semble pas s’arrêter à son ‘’succès’’ pour la bauxite dans la région de Boké.

Si l’exploitation du Simandou provoque autant d’enthousiasme et d’euphorie, doit-on cependant avoir des craintes ? Oui  et de nombreuses !

 Le Simandou regorge du fer et  non la bauxite. Or, le Consortium SMB-Winning n’est pas  spécialisé dans cette industrie lourde qui, au-delà des charges financières importantes, nécessite des compétences techniques et scientifiques   tout aussi importantes.

 Au regard de ses premiers jours dans la bauxite, le Consortium, s’est illustré par de nombreux dérapages sociaux et environnementaux. A titre d’exemple, l’on avait compté plus de 24 grandes manifestations avec arrêt de travail en 2016 et près de 14 en 2017 incluant des réclamations des employés et des communautés. Des situations qui ont été largement améliorées grâce à l’implication des parties prenantes. Bien qu’ayant certainement tiré les leçons de cette aventure à Boké, cette nouvelle mission sur le Simandou dans une autre réalité géographique et sociologique plus dynamique nécessite de l’intelligence et de la responsabilité.

L’Etat à travers le Ministère des Mines et de la Géologie, devrait s’armer de toutes les compétences locales pour accompagner dans le strict respect de la Loi cette Société et il appartient au Consortium SMB-Winning d’aller dans la promotion du contenu local et de la responsabilité sociétale pour une activité minière apaisée et profitable à tous. Et en grande place figure les craintes de milliers d’activistes sur la capacité à rassurer que cette exploitation minière majeure par des partenaires chinois à grande majorité saura protéger et préserver l’environnement quand on sait l’immense richesse de la biodiversité animale et végétale du Simandou.

Abdoulaye Keita ,Journaliste

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