Cours à distance en Guinée : Primaire, secondaire et université: Pas l’un sans l’autre (Guillaume Hawing,Enseignant)

0 155

Le primaire, le secondaire et l’université sont comme les pièces d’un puzzle, l’absence d’une seule pièce conduit à l’échec de la partie. Aujourd’hui, nous sommes face à une situation qui n’est ni une équation mathématique, ni une réaction chimique, mais une pandémie mystérieuse et maudite qui n’a que pour seul objectif: détruire le poumon et bloqué le fonctionnement de tous nos organes biologiques.

Parmi les questions pointues qui taraudent les esprits face à cette pandémie, l’éducation est au centre des préoccupations. La question sur l’éducation est tellement préoccupante, qu’elle mérite plusieurs angles de réflexion pour éviter des dérapages et prendre des chemins qui risqueraient de bancaliser l’avenir de toute une génération. Autant que faire se peut, les raccourcis doivent être évités dans le système éducatif.

Aujourd’hui, à mon humble avis, la bonne question devrait être celle-ci : Comment sauver l’année scolaire et non comment sauver les examens nationaux ? Les examens font partie intégrante de l’année scolaire et non l’inverse. En réalité, le constat est très amer, les classes intermédiaires sont laissées pour compte. Ce fait ne date pas de l’avènement du covid19, c’est un fait récurrent qui affecte sérieusement et dangereusement notre système éducatif.

Un diplômé d’un simple Certificat d’Etude Primaire (CEP), qui a bien mérité son certificat peut tenir une conférence à l’ONU ou dans n’importe quel milieu et convaincre l’auditoire. Mais, un sortant diplômé d’ne université, qui a bâclé le cycle primaire, ne pourra pas tenir une communication cohérente et convaincante au collège. Une bonne formation au primaire peut couvrir les lacunes de tous les autres cycles, mais aucun cycle ne peut couvrir les lacunes du primaire.

En ne renforçant pas le primaire et les classes intermédiaires, je ne vois aucune formule qui peut nous donner de très bons pourcentages d’admis aux différents examens nationaux. Quand personne n’échoue dans les classes intermédiaires, quand tout le monde peut passer avec ou sans niveau, pourquoi s’étonner quand il y a un faible pourcentage d’admis aux examens ? Si la force d’un arbre se trouve dans ses racines, alors sa faiblesse se trouve aussi dans ses racines. Le primaire est incontestablement la racine d’un  processus de formation. Le primaire est pour une formation ce qu’est la fondation pour une maison.

Si c’est l’argent qu’on injecte dans l’organisation des examens qui amène les uns et les autres à consacrer plus d’énergie pour les classes d’examen, alors je souhaite qu’on en fasse autant pour le primaire et les classes intermédiaires pour que nous réussissions le défi de la bonne formation. Les élèves considèrent les classes intermédiaires comme étant une étape où il faut économiser son énergie pour la redéployer à la prochaine classe d’examen. Quand l’élève sait qu’avec ou sans effort il pourra se retrouver en classe supérieure, il va opter pour le principe du moindre effort.

Pour avoir été élève et étudiant dans ce pays ; pour avoir été enseignant et Directeur d’école dans ce pays, je ne suis pas étonné de voir qu’en cette période de crise sanitaire, sauver l’année scolaire se résume uniquement à sauver les examens nationaux. Sinon, comment avec de simples cours vidéos ou de simples cours radios, on peut aider un enfant du primaire à comprendre un cours quelque soit son intelligence ? Je peux comprendre et accepter ces cours vidéos comme un moyen de maintenir actif l’esprit des enfants du secondaire (collège et lycée) qui ont accès au post téléviseur ou radio afin qu’ils réalisent qu’ils ne sont pas encore en vacances. Ces cours ne sauraient sauver l’année scolaire, je suis formel et imperturbable là-dessus.

Je veux bien comprendre avec quelle pédagogie un enseignant peut faire comprendre les mathématiques ou un résumé de texte à un élève qui écoute la radio ? Un cours de mathématiques à la radio ressemble à un cours qu’on donne à un aveugle. Les aveugles ou les malvoyants c’est le braille. La pédagogie avec les voyants, ce sont les échanges : Donner et recevoir. On ne peut pas donner les cours à une partie des élèves et prétendre aller faire un examen national pour tous les élèves. S’il est vrai qu’on ne peut pas faire les omelettes sans casser les œufs, mais il reste aussi possible qu’on peut bien organiser les examens nationaux en tenant compte du niveau d’évolution moyen des programmes avant le covid19.

Pour finir, je pense et dis ceci :

-A quoi servira le CEP si la 7ème ne bouge pas ?

– A quoi servira le BEPC si la 11ème ne bouge pas ?

– A quoi servira le BAC si la première année ne bouge pas ?

Le système éducatif est comme les pièces d’un puzzle, quand une pièce manque, le montage ne sera jamais possible. Pour avoir les places il faut libérer les places !

Guillaume HAWING,Enseignant Chercheur

Laisser un commentaire