Amadou Damaro, élu président du parlement : La récompense d’une loyauté au service de la république (Par Alexandre Naïny)

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Amadou Damaro Camara a été élu président de l’Assemblée nationale issue des élections boycottées du 22 mars dernier par une partie de l’opposition.

Retour sur le parcours  d’un des piliers qui a été au four et au moulin ces dernières années, pour défendre le pouvoir du président de la république, avant d’accéder aujourd’hui au prestigieux poste de numéro deux de l’Etat.

Son élection au perchoir, ce mardi, n’est pas une surprise, après avoir reçu la veille la bénédiction du Président de la République  au Palais Sékhoutoureya, surtout que le RPG AEC dispose de la majorité des députés dans ce nouveau parlement. Amadou Damaro Camara, 68 ans, a recueilli 98 voix, contre 6 à Mohamed Lamine Kaba, candidat du parti Force des intègres pour la démocratie et la liberté (Fidel), à l’issue du vote qui s’est tenu dans la Salle des Congrès du Palais du Peuple, lors de la séance inaugurale de la 9ème législature.

Amadou Damaro Camara est un fervent défenseur du pouvoir de Conakry, à ce titre, il peut se targuer d’être un des héritiers politique du condéisme. L’un des atouts du nouveau patron du palais du peuple est qu’il est féru à la communication politique. Cependant, pour assumer ses nouvelles charges, il doit désormais cesser d’être le défenseur d’un camp contre un autre.

Un gardien du temple à la tête du législatif pour les cinq prochaines années.

Formé dans les universités roumaines, suisses et américaines, Amadou Damaro Camara a entamé sa carrière à la banque centrale à la fin des années 1979 qui fut interrompu brutalement en 1985 pour complot. Libéré après trois ans de détention, il s’exile aux États-Unis. Il revient au pays en 2010 pour être membre du CNT (conseil national de la transition). Élu député en 2013 sous la bannière du RPG arc-en-ciel, il en devient le porte-flambeau à l’assemblée nationale.

Ces dernières années, après Alpha Condé, on a rarement vu un autre cadre de la majorité faire la une des médias autant ou plus que Damaro. D’aucuns diront que son rôle de chef de parlementaires lui mettait forcément la main à la patte, mais quelqu’un d’autre à sa place, serait forcément en retrait voire effacé et contraint d’abdiquer face à l’agitation politique que la Guinée a connu ces neuf dernières années entre manifestations de rue, villes mortes et crises sanitaires de 2015.

Damaro n’a pas reculé d’un iota, au contraire, il est resté intraitable, sollicité sur tous les sujets pour défendre son mentor  en distribuant des coups à tous les opposants au régime de celui-ci, et en prenant cause au parlement pour tous les projets du gouvernement et propositions de sa majorité. Son fait d’arme le plus remarquable, est sans doute sa capacité managériale à diriger des députés d’une majorité  hétéroclite née par le fait d’un concours de circonstances en 2013. Durant toute la législature, il a su maintenir la cohésion et la discipline au sein de son écurie.

Damaro avait  un seul cap, le soutien au président de la république et à son gouvernement, un seul principe, la discipline collective, et une seule ambition, la réussite des projets de son camp pour le pays.

Le nouveau dauphin constitutionnel est un homme rodé à la communication politique

Amadou Damaro est aussi connu au sein de l’opinion par son verbe assez haut et ses prises de positions tranchées, qui lui ont valu d’ailleurs bien des inimitiés. Il s’est surtout distingué par la qualité de sa communication sur tous les sujets d’intérêt national (politique, économique, social, etc.). Très présent dans les médias, Amadou Damaro sait manier la langue de Molière à la sauce de la communication politique : diversion, novlangue, précision, clarté, des piques et des attaques contre les adversaires (publicité négative). Ce qui lui a valu le surnom flatteur de bulldozer du RPG.

Le nouveau président du parlement Guinéen n’a jamais eu peur de prendre des coups autant qu’il a lui-même distribué. Ce qui lui a valu d’être qualifié par certains opposants de pyromane.

Il faut admettre que Damaro a des qualités de communication indéniables. C’est la diplomatie et parfois le louvoiement dans la parole politique (souffler le chaud et le froid dans la même phrase). Il est, de tous les cadres de la majorité, celui qui a le plus appris des leçons politiques d’Alpha Condé, la politique de l’autruche, et il s’inscrit véritablement dans les pas de celui-ci. Jouer la montre pour faire passer le temps, négocier avec les opposants quand les vents contraires soufflent, et garder le cap quand tout semble aller dans le sens de la roulette, en somme du Machiavel.

Une posture d’homme d’Etat à construire

Cependant, s’il a ces qualités, l’honorable Damaro a aussi des lacunes qu’il faudra bien convertir  en atouts pour réussir son mandat. Il est, à partir d’aujourd’hui, soumis à une obligation de réserves. Il doit soigner son image, cela passe désormais par une posture d’homme d’Etat qu’il doit privilégier à celle d’homme politique prêt à en découdre. Son discours de prise de fonction montre bien qu’il a pris la mesure de son rang, je le cite: « J’inviterai de tout mon cœur, chacun d’entre nous, pour œuvrer à la consolidation du tissu social. Ceux qui sont avec nous aujourd’hui sont des guinéens, ceux qui ne sont pas avec nous aussi sont des guinéens. La seule différence, c’est que nous avons différentes manières d’apprécier ce que c’est que l’intérêt général. Et il est du devoir de chaque guinéen, que pour des raisons politiques, qu’aucun guinéen ne meurt plus désormais, que personne ne perde plus jamais ses biens.

Je me suis offert à user de tous mes moyens pour aller vers les autres et leur demander d’accepter pour qu’on se parle. La Guinée est notre bien commun et il n’y a pas de raisons qu’on ne puisse pas parler de cette Guinée pour que chacun y trouve son petit coin de bon-vivre » fin de citation. Damaro vient visiblement de porter le manteau de chef du parlement, à lui de l’entretenir désormais pour ne pas qu’il soit trop grand pour lui.

Par Alexandre Naïny BERETE

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