Covid-19 : Les cours en ligne en Guinée ,Un enseignant s’interroge.. et reste dubitatif

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Face à l’urgence sanitaire que traverse la planète, plusieurs pays africains, pour briser la chaine de contamination  du covid19, ont arrêté les cours dans les écoles et universités et ont décidé de migrer vers les cours sur des plateformes en ligne et  par des mécanismes D’audiovisuels pour tenter de sauver l’année scolaire.

Certes, à chaque  situation exceptionnelle,  des mesures exceptionnelles. Face à cette situation,  les cours en ligne semblent être l’option la plus plausible.  C’est pourquoi, dans ce post, je n’ai nullement la prétention de saboter l’option ou de m’attaquer à la mesure, non, mais plutôt dégager certaines  inquiétudes par rapport à la situation des élèves qui passeront les examens nationaux. Car, à ce niveau, de nombreuses questions se bousculent dans ma tête.

En effet, un examen national est une évaluation écrite et/ou orale, où tous les élèves devant passer leurs examens discuteront autour d’une même épreuve en fin d’année scolaire.  Ces évaluations se passent  sur toute l’étendue du territoire à la même période, aux mêmes heures et avec le même contenu du sujet. Généralement, la correction des copies se fait au même endroit avec des professeurs venus des quatre coins du pays. Ceci dit,  il y aura toujours un corrigé type avec des barèmes  fixés  qui serviront de  base de correction pour toutes les copies.

En analysant le mécanisme qui codifie le déroulement des examens nationaux, il ressort  clairement que les élèves ont la même égalité de chance : Ils sont évalués sur le même sujet, ils partagent le même groupe de correcteurs  et les copies sont corrigées sur la base d’un même corrigé type avec les mêmes barèmes de notation.

Cependant,  avec des cours en ligne ou des cours d’audiovisuel,  est-ce que les candidats auront les mêmes chances de profiter des cours dispensés ? Quand on sait pertinemment que tous n’ont pas accès au service de l’électricité de la même manière : Il y en a qui ont l’électricité 24H/24 ; il y en a qui ont l’électricité à mi-temps ; il y en a qui n’ont même pas l’électricité.

Par  ailleurs, combien d’élèves ont accès aux  Smartphones ? Combien de parents seront capables d’assurer  quotidiennement la connexion pour leurs enfants ?  Il y a des élèves qui passent une année scolaire entière sans accéder une seule seconde au courant électrique, sans toucher une seule fois à un téléphone Smartphone ou à un ordinateur.

Dans ce cas de figure,  avec ces cours vidéo que beaucoup de pays réalisent ou tentent de réaliser aujourd’hui, je conçois très mal qu’un élève dans un village reculé sans électricité ni  connexion, soit évalué autour d’un même sujet qu’un  élève ayant accès à l’électricité  et à la connexion 24H/24. Cette évaluation si elle voit jour, elle n’aura  jamais le mérite d’une évaluation juste et équitable. Si à la base, les élèves ne suivent pas les cours avec les mêmes égalités de chance,  je ne vois pas comment ils pourront être évalués sur  le même contenu du sujet ?

Les évaluations dans de telles conditions pourraient avoir plusieurs conséquences, dont entre autres :

-Favoriser un groupe d’élèves par rapport à un autre ;

– Avoir des résultats qui ne reflètent pas le vrai niveau des élèves, conséquence: boursiers contestés;

-Contestation des épreuves des examens parce que la partie du programme du sujet n’a pas été dispensée ;

– Contestation des résultats globaux parce que certains candidats  n’ont pas bénéficié des cours au même titre que d’autres.

Comme l’année blanche n’est pas envisageable,  au cas où la crise persistait au point de ne pas  pouvoir reprendre les cours, je propose ces quelques solutions suivantes :

1) Faire des examens régionaux où chaque région choisira ses épreuves en tenant compte du niveau d’avancement des programmes avant la crise du covid19.

2)Faire un examen national et choisir des sujets en tenant compte du niveau d’avancement  moyen des programmes avant la crise  du covid19.

A chaque équation, sa démarche de résolution !  Pour paraphraser Einstein : “Un problème sans solution est un problème mal posé”  A mon avis, une solution mal réfléchie trainera toujours des conséquences.

NB : Dans ce post, je ne me suis pas intéressé à l’aspect pédagogique : Le contenu des cours. Qui donne ces cours ? Comment les donne-t-il ?  Les élèves comprennent-ils la  démarche pédagogique  de celui  qu’ils suivent est sur leur petit écran?  Ceci est un autre angle du débat……

Guillaume HAWING.  Enseignant.  

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