Situation tendue en Guinée : Élie Kamano à ses pairs : “Il faut changer de fusil d’épaule et changer de stratégies, car le gibier que vous chassez, contrôle la zone…”.

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Au lendemain du double scrutin législatif et référendaire le dimanche 22 mars dernier, contesté par les poids lourds de l’opposition et certaines organisations de la société civile, qui a par ailleurs émaillé de vives tensions à Conakry et à l’intérieur du pays, au cours desquels les Guinéens ont été tués dont plusieurs blessés.

Dans une vidéo de 5 min 16 secondes, l’ancien reggae man reconvertit dans la politique, Élie Kamano n’a pas fait cadeau à ses pairs de l’opposition qu’il appelle ici (ainés), suite aux violences meurtrières enregistrées tout dernièrement en Guinée.

Par ailleurs, le leader du PGSD (Parti Guinéen pour la Solidarité et la Démocratie) a fait des réprimandes à ses pairs de l’opposition, aux autorités de la place plus particulièrement au président Alpha Condé et aux journalistes.

Lisez plutôt !

“Chers ainés,

Ceux qui veulent diriger la Guinée de demain devront faire preuve de loyauté, de courage et de détermination face aux menaces d’un système politique qui utilise la violence, emprisonne des innocents et tue par règlement de comptes son propre peuple.

Le boycott, oui, mais il y a des morts partout et le peuple attend des réponses de nous. Je sais que certains d’entre vous diront que politiquement, je suis novice et immature. D’autres diront que j’ignore les règles et les dessous de cette confrérie de sorciers qu’on appelle politiques. Mais comme de milliers de Guinéens, je veux aussi des réponses.

Combien de temps brandirons-nous, encore et encore, comme un trophée de guerre les images insupportables des victimes de ce système ? Combien de temps resterons-nous clouer dans nos maisons à compter des douilles de balles qui endeuillent les pauvres guinéens qui comptent sur nous ? À quel moment allons-nous servir de boucliers ou de véritables guides pour nos concitoyens qui n’ont demandé que vivre dans la paix et l’harmonie en ayant la liberté de choisir les dirigeants qu’ils veulent. Comme des millions de Guinéens, je veux aussi des réponses.

Attendrons-nous la fin du massacre pour sortir et se mettre autour de la table avec qu’on estime être les responsables de ce massacre, pour discuter du partage du gâteau ? Attendrons-nous que le nombre de victimes atteigne le seuil approximatif ou maximal d’une crise à l’ivoirienne avant de s’assoir en intellectuels et fins connaisseurs politiques pour crier victoire ? Il n’y aura pas de victoire si l’on ne participe pas à la foire. Foire de manifestations, foire de violences, car l’oppresseur a déjà défini la forme de l’oppression.

Chers ainés, si vous ne vous pouvez pas, cédez la place. La lutte se définit aujourd’hui par une virulence qui n’est pas de votre époque. Voilà pourquoi d’ailleurs, les jeunes servent de bouclier au lieu du contraire. Il faut sortir de la bureaucratie et de la victimisation. Il faut aller au front avec les soldats sans hésitation. Il faut changer de fusil d’épaule et changer de stratégies, car le gibier que vous chassez, contrôle la zone avec son armée impopulaire antirépublicaine. Si les jeunes tombent et meurent en libérant la Guinée, aucun politique de votre âge, chers ainés, ne gouvernera la Guinée. Je ne suis ni fataliste, ni alarmiste, ni suicidaire. Mais des millions de Guinéens, je veux aussi des réponses.

Malcom X ne disait-il pas d’effacer le mot liberté de notre vocabulaire si on n’a pas le courage de mourir pour elle ? Vous faites la guerre à un système, avec la peur qu’il ne vous emprisonne, qu’il ne vous tue, qu’il ne vous empêche de contrôler votre business. C’est cette phobie de la prison et de la mort qui vous empêche de mener une vraie résolution.

J’accuse. Oui, je vous accuse d’avoir sciemment abandonné les enfants d’autrui mourir dans la rue sans être à côté. Je vous accuse d’avoir déclenché, sans remords, une guerre à laquelle vous ne prenez point part. Je vous accuse d’avoir chaque fois attendu qu’il y ait des morts, avant de passer à la table de discussions. Je vous accuse d’avoir toujours réservé une place pour le diable dans votre maison. Je vous accuse, car vos dents ne sont pas plus blanches que les linceuls de ces jeunes qui partent à la fleur de l’âge.

Chers ainés, si vous ne vous pouvez pas, cédez la place, car la lutte se définit aujourd’hui par une virulence qui n’est pas de votre époque. Le boycott oui, mais il y a des morts partout. Et le peuple attend de nous des réponses. C’est pourquoi, j’accuse la jeunesse pour complicité et le peuple pour silence. J’accuse les femmes qui continuent à servir nuitamment les hommes qui vandalisent, terrorisent et tuent leurs enfants le lendemain pour une simple manifestation autorisée par la constitution.

J’accuse certains médias qui font de cette crise un business, refusant de rétablir la vérité en s’inscrivant et en s’inspirant de la radio des Mille collines au Rwanda.

J’accuse les gouvernants qui donnent des ordres aux forces de l’ordre pour semer le désordre et le chaos dans le pays afin de préserver leurs intérêts égoïstes.

En fin, j’accuse M. Alpha Condé pour n’avoir pas protégé et traité les Guinéens sur le même pied d’égalité, pour avoir instauré un climat de méfiance, encouragé un climat de violence et soutenu un climat de stigmatisation entre les ethnies de la Guinée.

La conscience étant donc la béquille de l’intelligence, nous n’oublierons aucun acte barbare et antidémocratique posé par qui que ce soit. Les Guinéens, comme en 1958, finiront par se libérer des chaines du Condéisme, quel que soit le prix à payer”, pouvons-nous lire sur son mur.

Gilbert Tounkara pour http://Actuguinee.org

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