Urgent : L’ancien président de la République, Jacques Chirac, est décédé

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A 86 ans, dont quarante-deux ans d’une vie publique riche en rebondissements, Jacques Chirac s’est éteint ce jeudi à Paris. Ce Parisien de naissance mais Corrézien d’adoption s’est forgé un destin hors norme : deux fois président, deux fois Premier ministre, dix-huit ans maire de Paris. Une formidable longévité politique au prix de nombreuses métamorphoses.

Né en 1932 à Paris, Jacques Chirac intègre Science Po Paris en 1951 et l’Ecole nationale de l’administration (ENA) deux ans plus tard. Il sortira dixième de sa promotion (Vauban) en 1959. En 1965, ce gaulliste pragmatique est élu conseiller municipal de Saint-Féréole en Corrèze. Son premier poste politique dans un département de vieille tradition radicale dont il fait un fief, qu’il représentera à l’Assemblée de 1967 à 1995.

Un « bulldozer » selon Georges Pompidou

Considéré comme un « jeune loup » et surnommé le « bulldozer » par Georges Pompidou, il est nommé en 1967 secrétaire d’Etat auprès du ministre des affaires sociales. Il ne s’arrêtera plus.

 Jacques Chirac fume une cigarette le 17 juin 1975, à Paris, lors d’une réunion politique. – GEORGES BENDRIHEM/AFP

Rapidement, il enchaîne les plus hautes fonctions : ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois chef de gouvernement – sous Valéry Giscard d’Estaing de 1974 à 1976, sous François Mitterrand de 1986 à 1988 -, trois fois maire de Paris de 1977 à 1995. De ce bastion parisien, il se lancera par deux fois, sans succès, à la conquête de l’Elysée, en 1981 et 1988.

Il prépare alors méthodiquement l’élection de 1995. Ses deux victoires présidentielles de 1995 et 2002, il les a remportées en déjouant tous les pronostics. Mais il a eu ensuite du mal à transformer l’essai, contraint notamment de cohabiter cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin après une malencontreuse dissolution de l’Assemblée, ou subissant un échec majeur avec le fiasco du référendum européen en 2005.

Bon vivant en privé, un « tueur » en politique

Ses partisans ont vu en lui un homme chaleureux, généreux, « toujours attentif aux autres ». Ses adversaires l’ont décrit comme « versatile », sans vision, « plus capable de conquérir le pouvoir que de l’exercer ». Ses biographes s’accordent toutefois à reconnaître que Jacques Chirac est bien plus complexe que l’image qu’il a longtemps donnée : un bon vivant au parler cru, amateur de bière et de tête de veau, s’adonnant avec appétit aux bains de foule, «caressant le cul des vaches» dans les salons agricoles.

 Jacques Chirac lors d’une visite à Tahiti, en 1985. – PINSON CHRISTIAN/SIPA

Car cet homme au visage hâlé, toujours en mouvement, élancé – il dépasse le mètre quatre-vingt-dix – est aussi un amoureux de l’Asie, passionné de sumo, grand défenseur des « peuples oubliés », artisan du dialogue des cultures. Il œuvre au lancement d’une Fondation en faveur du développement durable et du « dialogue des cultures » et porte le projet ambitieux du musée du quai Branly, qui ouvre ses portes en 2006.

Ses nombreux combats politiques lui ont valu la réputation d’un « tueur » éliminant tout concurrent potentiel. A l’exception notable de Nicolas Sarkozy, dont il n’a pu empêcher la marche forcée vers l’Elysée.

 Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, lors des états généraux de l’opposition sur l’immigration à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 1er avril 1990. – CHESNOT/SIPA

Le « caméléon »

Il a aussi été comparé à un « caméléon » en raison de sa faculté à changer avec les modes : partisan d’un travaillisme à la française dans les années 1970, il se fait le chantre du libéralisme à la Ronald Reagan dix ans plus tard, avant de dénoncer la « fracture sociale » en 1995. C’est ainsi que le « fana-mili » a incarné l’opposition à la guerre en Irak ou que l’homme de la reprise des essais nucléaires s’est mué en défenseur d’une planète en danger.

« L’agité », qualificatif dont on prête la paternité à Giscard, s’est peu à peu assagi, selon ses proches. À la fin de son mandat, il a commencé à lever le voile sur ses déchirures intimes, confiant que l’anorexie mentale de sa fille Laurence (décédée le 14 avril 2016) avait été « le drame » de sa vie.

 Jacques Chirac, à l’époque où il était Premier ministre, se promène en compagnie de sa femme Bernadette et de sa fille Claude, le 19 août 1974 dans la campagne près de Auron. – AFP

Il est devenu le premier ancien président de la République à être poursuivi par la justice, en novembre 2007, dans une affaire d’emplois présumés fictifs du temps où il était maire de Paris. Il sera finalement condamné à deux ans de prison avec sursis pour « détournement de fonds publics, abus de confiance, prise illégale d’intérêts et délit d’ingérence » en décembre 2011.

Affaibli par un premier AVC en 2005, l’état de santé de Jacques Chirac s’était dégradé ces dernières années et ses apparitions publiques se faisaient de plus en plus rares depuis son départ de l’Elysée, en 2007. Membre de droit du Conseil constitutionnel, il avait cessé d’y siéger en septembre 2011. Il avait été hospitalisé une quinzaine de jours en décembre 2015 pour « affaiblissement », puis le 18 septembre 2016 pour une infection pulmonaire.

En mars de cette année, Jean-Louis Debré, son ami de toujours, donnait de ses nouvelles : « Je ne sais pas s’il me reconnaît, j’en ressors moralement épuisé, ça me fait mal de le voir comme ça. » L’ancien président du Conseil constitutionnel assurait : « J’ai tellement d’affection pour lui, je serai là jusqu’au bout. »

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