La Chronique de Mamadou Dian Baldé : le Périple américain fait l’effet d’une douche froide

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Mamadou Dian Baldé, journaliste et éditorialiste qualifie la position du gouvernement américain sur l’alternance politique de douche froide pour la délégation guinéenne, au moment où le président est en quête de soutien à l’international pour son projet de changement constitutionnel. Cette chronique vous parvient tous les dimanches sur les ondes de la radio City FM 88.1, dans l’émission « A vous de convaincre ».    

Talibé Barry : Bonjour Mamadou Dian Baldé. Comme à chaque numéro de votre chronique, vous gardez votre forte prise sur l’actualité nationale. Du coup, cette semaine, c’est la visite du président Alpha Condé aux Etats-Unis qui focalise votre chronique, puisque finalement le chef de l’Etat a été rattrapé par le débat sur la constitution en Guinée. Vous présentez la position couperet de Washington sur cette question sous le titre : ‘’Le périple américain fait l’effet d’une douche froide’’. Pourquoi ?

Mamadou Dian Baldé : Le président Alpha Condé a dû faire grise mine à sa sortie du tête-à-tête qu’il a eu vendredi à Washington avec le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, quand on sait que son interlocuteur n’aurait pas fait recours à la langue de bois pour inviter le chef de l’État à passer le flambeau au terme de son second et dernier mandat. Exit, le discours diplomatique servi par d’autres partenaires de la Guinée, autour du fameux projet de changement constitutionnel qui divise.

La rencontre entre le président guinéen et le Secrétaire d’État américain a constitué le point d’orgue de ce périple qui se déroule au pays de l’Oncle Sam. Et a donc eu lieu ce vendredi au département d’état. Alpha Condé s’y est rendu sous forte escorte de ses militants et sympathisants fortement mobilisés, pour donner de l’éclat de la solennité à l’événement.

De source diplomatique, l’on apprend que les deux personnalités ont survolé sommairement les relations bilatérales qui unissent les deux pays, lors de leur conclave.

Mais ce qui a surtout capté les attentions, c’est la position tranchée du gouvernement américain sur le changement constitutionnel devenu un véritable enjeu  démocratique.

La manière peut être perçue comme abrupte par les partisans du régime, mais il s’agit là d’un principe doctrinal cher aux Américains.

Mike Pompeo a donc réitéré la position de son pays pour ce qui est de son attachement à l’alternance dans tout état qui aspire à la culture démocratique, dont la Guinée.

Dans le communiqué qui a sanctionné la rencontre entre les deux personnalités, le chef de la diplomatie américaine, fidèle à cette ligne directrice, a rappelé que ‘’les Etats-Unis étaient prêts à travailler avec la Guinée pour améliorer son climat des affaires car les entreprises américaines veulent évoluer là où la primauté du droit assure une transparence et réduit la corruption.’’

Dans la même dynamique, le  Secrétaire d’Etat a exprimé ‘’le ferme soutien des États-Unis à voir des transitions de pouvoir régulières et démocratiques, qui créeront des conditions de plus de responsabilités, et de développement   d’institutions plus solides et moins entachées de corruption.’’

L’ardeur de ceux qui s’attendaient à un soutien du pays de l’Oncle Sam au projet de troisième mandat vient donc d’être émoussée. Les Américains ayant mis sous éteignoir les porteurs du projet.

Une occasion saisie par le FNDC pour s’engouffrer dans cette brèche ouverte par Washington pour tirer sur la majorité présidentielle.

Il faut relever tout de même que la Guinée fait figure de mauvais élève aux yeux de l’administration américaine.

Vu que notre pays peine toujours à décrocher le fameux sésame du Millénium Challenge Corporation (MCC) estimé à 525 millions de dollars (470 millions d’euros). Une aide non remboursable offerte  aux  pays en voie de développement qui s’investissent dans  la lutte contre la corruption et le respect des droits humains.

La Côte d’Ivoire vient, elle, de décrocher la timbale et va recevoir cette enveloppe sur cinq ans, à partir de ce mois d’août.

Malgré cette bronca américaine à travers laquelle, les Etats-Unis se disent attachés à la transition politique du pouvoir en Guinée, vous observez que certains partisans du pouvoir, font la sourde oreille. Ce qui ressemble, dites-vous Mamadou Dian Baldé, à opter pour la politique de l’autruche. N’est-ce pas ?

Le pouvoir fait l’autruche

Alors que le pouvoir tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur, le FNDC lui, boit du petit lait. Dans une déclaration publiée à cet effet, la plateforme ‘’salue la position exprimée par le gouvernement américain en faveur d’une transition régulière et apaisée du pouvoir en Guinée’’.

Ajoutant que ‘’cette prise de position américaine vient confirmer la justesse de son combat pour le respect de l’ordre constitutionnel  et la préservation des acquis démocratiques, obtenus de haute lutte par le peuple de Guinée’’.

Du côté de la mouvance présidentielle, certains inconditionnels relativisent « ce camouflet », en arguant que le  gouvernement américain n’a fait que donner son avis, auquel le président Alpha Condé n’était pas obligé d’obéir al dedo.

Et l’assemblée hebdomadaire du parti au pouvoir de ce samedi, a été mise à profit pour rassurer les militants, que rien ne va freiner l’ardeur des porteurs du dit projet. L’ancien ministre des Transports, Ahmed Tidiane Traoré a déclaré du haut de la tribune, à cette occasion que ‘’de gré ou de force, une nouvelle constitution sera élaborée.’’

 Que les détracteurs se le tiennent pour dit. Car le sort en est jeté.

Cette politique de l’autruche dénote de l’opiniâtreté du pouvoir. D’ailleurs à la veille de sa visite au département d’Etat, le président Alpha Condé avait déclaré chez nos confrères de la Voix de l’Amérique, que seul le bon dieu et le peuple devaient décider de son sort à la tête de l’Etat guinéen. Alimentant de nouveau la controverse à propos de ce projet de changement constitutionnel.

Commis officiellement à ouvrir des consultations nationales sur la question constitutionnelle, le Premier ministre y a foncé la tête dans le guidon, enchaînant déjà les audiences. Cela s’appelle, selon vous, aller à pas de loups. Que suggérez-vous par cette métaphore ?

Kassory Fofana  à pas de loups

Pour mobiliser l’opinion autour du projet de changement constitutionnel, le pouvoir semble être  dans d’excellentes dispositions. C’est ce qui expliquerait ces consultations initiées par le chef de l’Etat, que son Premier ministre a la charge de conduire.

Dr Kassory Fofana ne s’est d’ailleurs pas dérobé à cette  délicate mission que lui a confiée le chef de l’État. Malgré les quolibets de ses détracteurs, l’homme veut tenter l’impossible.

Il a tenu aussi à s’adresser à ses compatriotes pour fixer le cap de ces consultations. Dans son discours qu’il a voulu attendrissant, Dr Kassory souligne que ‘’le rôle qui lui revient dans cette démarche est d’écouter chacun et tous et d’en rendre compte fidèlement, afin de permettre à M. le Président de la République dans sa sagesse habituelle et sa clairvoyance politique d’en tirer les conséquences requises.’’

En clair, que ‘’sa mission n’est pas d’engager des négociations ou de conduire un dialogue à proprement parler, mais d’être une interface entre les acteurs de la vie nationale et le Chef de l’Etat pour appréhender les grandes tendances de l’opinion publique et avoir ainsi une bonne lecture des différentes attentes.’’

Cette mise au point était importante pour vaincre la méfiance de plus grandissante à l’endroit d’un Premier ministre, qui s’est illustré comme le chantre de ce projet de troisième mandat.

Pour le moment son pathos n’a pas l’air d’avoir porté ses fruits. C’est comme si le PM n’a pas encore trouvé chaussure à son pied. Car le FNDC a rejeté la main tendue du président. Kassory ne s’avoue tout de même pas vaincu, et continue de dérouler comme prévu son agenda relatif à ces consultations.

Pendant que les principaux partis de l’opposition font la sourde oreille, les institutions républicaines et certaines structures de la société civile, entendent elles, répondre à l’invitation du locataire du palais de la Colombe.

La course contre la montre est donc lancée avec au bout une obligation de résultat pour le chef du gouvernement.

Mamadou Dian Baldé

Journaliste et éditorialiste

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