Kaporo-rails : Quand l’émotion épouse l’ignorance (Par Ben Daouda Touré )

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Lorsque les engins de salut public se mirent en marche sur Kaporo-rails, une communauté désemparée attira l’attention de l’ensemble des guinéens, avec des comportements émotionnels frisant la dérision. L’acte s’est vite politisé et l’hypocrisie creusa son lit habituel dans le labyrinthe ethnique, avec son vacarme habituel. J’en suis profondément indigné, d’autant plus que les joueurs de fanfares se sont fait recruter dans la crème intellectuelle de notre Nation. (Peut être que c’est leur apparence qui nous trompe).

Je n’ai ni réponse politique et moins encore de réponse ethnique à fournir. Dans ces lignes j’ose m’adresser à cette jeunesse qui se laisse toujours prendre au piège des politiques.

– Dans un futur proche ou lointain, à qui profiteront les domaines réservés de l’Etat ?

Avant l’indépendance, la Guinée comptait moins de 4 millions d’Habitants. Soixante ans après, les estimations portent la population guinéenne à 13 millions.

Que ferions nous, si le colon d’abord, la première République ensuite n’avaient pas de domaines administratifs, industriels et des zones publiques (pour bâtiments administratifs, écoles, établissements sanitaires, postes de police et de gendarmerie, camps militaires, marchés etc.).

Où iriez-vous à l’école si l’Etat n’avait pas préservé d’espace pour vos établissements scolaires ? Pourriez-vous cohabiter indéfiniment avec des industries polluantes, le bruit étant la première des pollutions ?

 Si l’Etat ne s’était pas réservé  légalement de domaines publics, le Palais du Peuple, le Stade du 28 Septembre, le Stade de Nongon, l’Université Gamal et de Sonfonia entre autres ne seraient pas construits sur des propriétés privées? Serions-nous libres du choix de leur emplacement et du temps de leur construction ?

Ne savez vous pas que pour avoir ces établissements d’utilité publique, d’autres communautés ont été expropriées pour que vous et nous puissions nous épanouir ?

Ce n’est pas dans cet esprit que le Décret  de 1986 a été signé par le General Lansana Conte ? Ceux qui ont proposé Koloma au General Lansana Conte et ceux qui se battent aujourd’hui pour le préserver, sont ceux qui vont y habiter ?

Avez-vous vu un parent de Lansana Conte ou un de ses ministres se réclamer être le propriétaire de ces lieux ? Soyons sérieux !

Avec l’évolution de l’administration publique, le gouvernement à l’obligation de construire de nouveaux bâtiments qui se prêtent aux caprices de la modernisation.

Si l’Etat rate le virage du numérique, nous ne sortirons jamais du sous développement, et ce défit ne peut pas être relevé dans des établissements vétustes qui datent des premières heures coloniales. Pour moderniser l’administration il faut un environnement saint et propice au changement.

En 1958 la Guinée comptait moins de 31 mille fonctionnaires ; en 2019 elle en compte  environ 200 mille. Kaloum est saturé et ne répond plus aux normes d’une capitale avec son perpétuel mouvement d’ensemble : le matin tout le monde descend, le soir tout monde monte. Ne parlons pas de parking ! Si vous ne prenez pas le devant maintenant, ou tout simplement si vous vous laissez emporter par l’émotion, devant des familles qui savent pertinemment que ce domaine ne leur appartient pas, pour avoir été vidé manu militari des lieux en 1997, avec des morts à la clé ; je disais  que si vous cédez à l’émotion devant l’imposture, mes chers enfants dans 15 ou 20 ans, vous serez obligés de changer de capitale. Pour vous la question est existentielle et non politique. Il s’agit de votre espace vital. Dans vingt ans, Conakry sera largement au-dessus des sept millions d’habitants.

Kaloum est saturé et ne pourra plus supporter le flux de l’administration dans un avenir très proche. Ne cédez pas aux sirènes cyniques des politiciens qui n’ont rien à proposer. Ceux qui vous incitent à revendiquer aujourd’hui, sont ceux qui vous ont exproprié hier et vous ont indemnisé (il faut signaler que les occupants légaux d’avant 1986 ont été indemnisés). Et je dis oui ils avaient raison à l’époque ; mais aujourd’hui ils ont tort de chanter avec la rue. Ils ont tort de jouer avec l’émotion et la fibre ethnique. Ils ont tort de manipuler des analphabètes pour des raisons politiques aux desseins obscures.

Pourquoi les services  des Eaux et forêts ont été créés sous tous les régimes dans tous les pays du monde, depuis la naissance de « L’ETAT », qui n’est rien d’autre qu’un instrument de protection ?

Pourquoi le législateur a donné le pouvoir à l’Etat de s’approprier tout domaine pour des raisons d’utilité publique ?

Pour quoi  L’Etat lui-même ne peut pas faire ce qu’il veut des domaines publics ? Parce que ;

« Un pays n’est pas un héritage, mais plutôt une dette contractée auprès des générations  futures et le rôle de l’Etat est de le défendre et de le protéger »

Kaporo-rails n’appartient à personne sinon qu’aux générations futures.

Vous !

Ben Daouda Toure : aframglobal@aol.com

 

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