Guinée / Hypothétique troisième mandat : L’enjeu du Fouta (Libre Opinion)

La bataille pour un troisième mandat semble se dessiner en Guinée.
Le Fouta en devient l’enjeu principal sous le pouvoir actuel comme naguère sous le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et d’autres régimes antérieurs.
Avant d’y revenir, je tenterais une approche lexicologique et un rappel historiographique pour montrer que certains pouvoirs ont souvent essayé de se sortir de leurs turbulences politiques en se servant du Fouta.
Sur la base de complicité de toute nature et de manœuvres d’hommes de main, ils ont tour à tour tenté d’ériger cette région en zone particulière qu’il faut convoiter différemment des autres.
L’objectif étant de présenter le Fouta comme une région atypique repliée sur elle même, on façonne toute une rhétorique politique pour dénaturer et utiliser le vocable « Fouta », géographiquement défini et circonscrit à des fins politiques.
Cette démarche s’observe dans beaucoup de systèmes politiques qui exploitent idéologiquement la relation systémique, notamment sémantique, qui caractérise les mots, lexique, termes, vocables ou notions.
En effet, du nazisme au communisme en passant par toutes les formes de dictatures, il a toujours été inventées des manières ou méthodes d’opérer dans le but de détourner les mots de leur signification ou de leur usage premier (ou habituel). Ce que je dis se vérifie parfaitement en Guinée tant du point de vue du passé que du présent.
Le Fouta est tout autant concerné que d’autres régions du pays.
Un exemple concret : le terme « Fouta » ou « Manding » n’ont a priori aucune compréhension autre que géographique. Mais, il recouvre une toute autre réalité dès lors qu’il entre dans le champ politique. A partir de là, « Fouta » renvoie à « Peul » et « Manding » se confond à Malinké. Sont alors oblitérées les notions de Haute ou Moyenne-Guinée.
Les deux approches géographiques basées sur l’occupation de l’espace, donc neutres, drainent sur le terrain de l’affrontement ethnique ou régionaliste les deux entités nationales dès l’instant qu’on les exploite à des fins partisanes ou politiques.
Qui pourrait dire que tel n’est pas le cas actuellement en Guinée où les deux principaux partis politiques issus des régions évoquées se battent sur le terrain régionaliste. D’où les expressions « le Fouta fief de… » ; la Haute-Guinée, chasse gardée de… ».
Toute chose qui divise et oppose. On comprend aisément que l’emploi du mot « Fouta » dans le vocabulaire politique guinéen est rarement neutre. Le vocable est souvent usité pour mettre à l’index la population dite majoritaire qui occupe ladite région. Par conséquent, il est fondé de dire que la connotation du mot « Fouta » est rarement laudative et neutre quand il s’agit de politique guinéenne. Tous les régimes, de 1958 à nos jours, s’en servent à des fins et usages similaires.
Les années de plomb qui ont fait du Fouta une cible du « complot peul » en 1976-1977 quand le Parti Démocratique de Guinée (PDG) décréta « la situation particulière du Fouta » et les tentatives d’instaurer le Manden-Djalon en lieu et place du Fouta-Djalon à l’avènement du pouvoir actuel suffisent comme preuve. Les évènements de juillet 1985 conduisirent aux mêmes tentatives d’exclusion du « Manding ». Le CNDD n’a pas dérogé à la règle. Ce rappel pour montrer qu’à chaque phase ou période critique d’un régime ou d’un autre, les termes « Fouta », « Manding » ou « Forêt » peuvent revenir à la mode dans la bouche des « démagos » politiques avec toutes les implications soulevées. Présentement, c’est le Fouta qui est le plus concerné depuis que la question d’un troisième mandat a fait irruption sur la scène politique. Le pouvoir en place s’en sert pour essayer de cacher la réalité, colmater les brèches et parer à ses insuffisances. Il n’a pas trouvé mieux que de lorgner vers le Fouta. La situation semble propice : la défaillance d’une commission électorale nationale (céni) constituée sur la base d’un clientélisme et d’un corporatisme flagrant, si ce n’est par des jeux de copinage, de connexions diverses et de conciliabules familiales ; les errements d’une gouvernance et d’une mandature qui n’arrive pas à combler les lacunes des premier et deuxième mandats et qui rêve d’un troisième ; l’éclosion de comités de soutien dédiés au pouvoir et autres associations sans aucune assise réelle et qui envahissent l’espace public, etc. A cette situation moins reluisante s’ajoute l’impuissance d’une opposition qui exhibe de plus en plus ses limites avant, peut-être, de voler aux éclats comme ses prédécesseurs. Le nombrilisme de roitelets à la tête de partis politiques en bandoulière dont les chefs sont réduits en râteliers ne pouvant exister qu’au dépens de quelqu’un. Enfin, la reprise des manifestations de rue par l’opposition ou ce qui en reste. Pour assombrir encore plus l’horizon, l’incapacité des politiques d’appliquer les accords électoraux arrachés aux forceps et au jeu de copinage selon certains détracteurs. Ce climat délétère est tout indiqué pour certains nervis du système et opportunistes de tous poils. Ces marchands de tapis, ces faux et sombres dignitaires surgis de nulle part entrevoient le Fouta comme la solution et pointent de plus en plus leur nez aux portes du pouvoir. Ces jours-ci, on a vu sur la toile et à la télévision, un fameux émissaire qui serait porteur d’un message des notabilités du Fouta au président guinéen. Ce personnage loufoque qui débite un discours flatteur, saupoudré de versets du Coran, encensé de prières éhontément mensongères, est reçu tambour battant. On lui offre une tribune. On fait venir le chef de l’État pour écouter cet inconnu et pourtant « militant du RPG depuis 1993 », (c’est lui qui le dit). Dans un montage cérémonial empreint de solennité, on érige ce qui devrait être un fait divers en évènement national. De plus en plus des colporteurs de mensonges, qui s’octroient crapuleusement des origines nobles et une légitimité les rattachant aux érudits et vénérés sages du Fouta, sont reçus et ovationnés sur les tribunes du parti au pouvoir. Tous prétendent apporter le Fouta sur un plateau d’or. Balivernes ! Ces chantres d’un troisième mandat s’évertuent à livrer des messages dont ils sont les seuls initiateurs. Ils rivalisant d’ingéniosité dans le mensonge, de fourberie dans la manigance et de virtuosité dans les louanges décernées au président guinéen. Si le troisième mandat en question reposait sur les espoirs que vendent les émissaires et les comités de soutiens quotidiennement exhibés à la télé guinéenne, il vaudrait mieux en faire le deuil. Se contenter du deuxième éviterait de gâcher ses plombs sur des cailloux et épargnerait sûrement la Guinée de bien d’autres choses.
Malheureusement, on n’a rien vu encore. Nous ne sommes qu’au début. Les comités de soutiens et autres associations vont fleurir partout pour essaimer la Guinée toute entière. On verra en longueur de journée, des fonctionnaires en quête de postes plus juteux, des charlatans et autres marabouts de toute obédience parcourir les allées du pouvoir. Losers, messagers autoproclamés qui, depuis 1958, ont enchaîné les mauvais choix et pris en otage les pouvoirs successifs crèveront les écrans jusqu’à ce que le peuple en décide autrement. A moins que nous nous contentions de sombrer dans notre léthargie habituelle. Si seulement ces crèves-faim et autres volubiles du gain et de strapontins laissaient le Fouta en dehors de leurs jeux de carte et de leur marchandage. Comprendrontils que cette partie de la Guinée n’a besoin ni de plus ni de moins offrant car elle n’est pas à vendre. De surcroit, elle n’appartient ni à Alpha Condé ni à Cellou Dalein. Pas plus qu’à d’autres.
Elle est une entité d’une Guinée une et indivisible. Par conséquent, il n’y a pas le Fouta, puis les autres. Il y a le Fouta avec les autres.
Je le dis à qui veut l’entendre et que cela soit bien retenue : « Le Fouta et les autres régions de la Guinée sont les quatre mamelles d’un même pis qui forment une entité inséparable et congénitalement liée ». Illusionnistes d’un troisième mandat, méfiez-vous que 2020 ne soit l’année du grand tournant réussi qui effacera tous les ratages accumulés depuis l’indépendance. Vous pouvez vous inscrire, avec les politiques que vous défendez, dans un volet de l’histoire ou dans un autre. Vous avez toujours le choix de continuer d’être des colporteurs de prophéties pour une présidence à vie ou changer votre fusil d’épaule. Nulle n’ignore qu’Hier vous courtisiez Conté, puis Dadis. Aujourd’hui, c’est pour Alpha que vous escaladez vos montagnes de mensonges tout en pensant déjà à quelqu’un d’autre pour demain. Dans tous les cas, les voix du vrai changement et de la démocratie vraie sourdent déjà et rien ne pourra plus les étouffer. Aux comités de soutien et autres pseudo organisations, je leur dis, soutenez qui vous voudrez, écrivez et faites des rimes comme vous l’entendez. Inspirez-vous de tous les jeux de mots comme celui-ci : «Fouta fi fow-fow fi Fouta ». (Cette mauvaise transcription du pular signifie : « tout le monde pour le Fouta et le Fouta pour tout le monde »). Mais, je vous dis aussi : « on fûtay, futton, atthion dhon Futa ! Autrement dit, « Vous vous égarerez, vous vous perdrez et le Fouta restera éternel ». Je vous dis, squattez le palais présidentiel comme d’autres (ou vous- mêmes) l’aviez fait sous le CNDD et bien avant. Inventez, comme bon vous semble, des louanges pour le président actuel comme vous en aviez concocté pour d’autres dans le passé. Allez dans toutes les tribunes et vendez vos louanges et diatribes à qui vous voudrez.
Mais retenez ceci : troisième mandat ou pas, aucun pouvoir ne s’obtient en courtisant une seule population ou une seule région.
Aucun parti politique, de l’opposition ou de la mouvance actuelle, ne prendra ni le Fouta ni une autre région en otage car les Guinéens ont déjà fait la part des choses. J’avise et rappelle que ces comités de soutiens et associations de tout acabit ne sont que des corporations de chasseurs de prime et des bandes d’escrocs.
Le sort d’un certain capitaine, qui n’a pas su échapper aux sirènes qui refont surface, devrait être édifiant pour freiner toutes velléités d’un mandat forcé en violation de l’article 154 de la loi fondamentale du 7 mai 2010.
Il est grand temps que les hommes politiques guinéens et les adeptes de tripatouillages des constitutions et codes électoraux comprennent que la vérité historique triomphe toujours des contingences politiques.
Que les intentions d’un homme, si nobles fussent elles, sont toujours aliénées à la volonté des peuples.
 Enfin, le Fouta, pas plus qu’une autre région de Guinée n’est ni à vendre ni à acheter. Toute tentative contraire se soldera par l’échec.
 Lamarana-Petty Diallo

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