Les pays pauvres et le mandat présidentiel

Le refus systématique des partis politiques de soumettre notre Constitution au débat public, a créé la confusion totale entre le Président de la République qui est une Institution et la République qui peut être définit comme l’ensemble des Institutions, émanant de la Volonté du Peuple y compris le Président de la République.
La République sous entend : model démocratique, choix de société, développement humain, liberté publique et individuelle, développement économique, social, culturel, technique et technologique, qui au delà des rhétoriques, se transforment en politiques publiques dans un programme général de société que le Président de la République définit et devrait mettre en œuvre ; aidé dans une certaine mesure par l’ensemble des Institutions, dans un système de balance dont lui-même, Président de la République, est garant. Il portera ainsi la lourde responsabilité de la réussite et de l’échec des politiques publiques.
En confiant cette lourde responsabilité à un homme ou à un groupe d’hommes, les pays pauvres ignorent  le mot clé du développement, l’épine dorsale de l’épanouissement humain et économique : FINANCE. L’ARGENT.
Le mandat présidentiel est fixé sans tenir compte de l’état des finances des caisses publiques. Les Présidents africains se retrouvent au palais avec des caisses de l’Etat vides, des contrats mal ficelés ou contraire à leur vision. On parle de rupture et de lutte contre la corruption.
Comment financer cette rupture  et cette lutte contre la corruption? Combien de temps faudrait-il pour trouver l’argent nécessaire aux financements des politiques publiques ? Personne n’en parle, personne n’en tient compte, on privilégie la vie du Président  à celle de la République.
Le problème est si crucial, que pour tenir certains engagements, des chefs d’Etat africains sont obligés de se soumettre aux dictats des partenaires techniques et financiers, les fameux PTF, qui sont devenus les vrais chefs d’œuvre de nos politiques publiques. Parce que nous avons placés nos présidents, avec un mandat restreint de cinq ans, dans une situation intenable: PAS D’Argent, Pas de Temps, Pas de Stabilité ; avec une opposition qui n’a qu’un seul le programme: «pousse-toi que je prenne ta place».
Voilà l’une des raisons majeures, qui nous obligent «de manger avec ceux qui mangent l’Afrique» ou d’affamer nos populations.
Le mandat présidentiel doit tenir compte de l’état de nos caisses, pour protéger le pays contre l’eternel recommencement, les programmes inachevés, les promesses non tenues et la démagogie.
Aucun plan infrastructurel sérieux d’envergure ne peut être projeté et mis en œuvre en cinq ans, si le Président de la République est permanemment à la recherche des moyens financiers pour chacun de ses projets.
Le mandat de cinq ans est bon pour les pays riches qui ont les moyens financiers et humains de leur politique.
Pour les pays pauvres, non. Au lieu de réduire la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans, on aurait dut plutôt songer à renforcer le pouvoir des Institutions pour en faire un véritable garde-fou et laisser le temps nécessaire au Gouvernement de mener à terme ses projets.
 Pire, si ce mandat de cinq ans n’est renouvelable qu’une fois, alors vivent les programmes inachevés et les fausses promesses.
 Ma préférence serait un mandat de 7 ans renouvelable une fois.
Puisque la France reste notre référence, sachez que ce pays a retrouvé sa puissance économique après la deuxième guerre mondiale, avec un mandat présidentiel de sept ans sous la 5ème République. Pour construire une Nation il faut du temps et la stabilité qui permettent à toutes les Institutions de travailler y compris le gouvernement.
Les élections à répétition sont nuisibles aux programmes de développement et peuvent  être fatales aux Etats faibles.
Ce qu’il faut retenir ici, n’est pas la personne du Président de la République, mais le temps nécessaire à la recherche du financement du programme de société sur lequel il a été élu.
Les Etats Unis peuvent se permettre un mandat de quatre ans, parce qu’ils ont les moyens humains et financiers de leur politique.
Et nous ?
Si vous confondez cette réflexion à votre obsession contre le 3ème mandat, eh bien, tant pis pour vous !
Ben Daouda Toure,
aframglobal@aol.com

 

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