Présidentielle : François Fillon, les raisons de la défaite

Arrivée en troisième position avec moins de 20 % des suffrages, la droite fait face à son scénario le plus redouté : un 21 avril à l’envers.
Une grande partie de la droite avait fait son deuil depuis longtemps. Lui et son carré de fidèles y ont cru jusqu’au bout. Mais le poids des affaires l’a empêché de réaliser le sursaut tant attendu. Dimanche 23 avril, lors du premier tour de l’élection présidentielle, François Fillon a été éliminé au premier tour. Avec 19,7 %, il se classe en troisième position. Dès 20 h 40, l’ancien premier ministre a assumé sa défaite. « Malgré tous mes efforts, malgré toute ma détermination, je n’ai pas réussi à vous convaincre. (…) Dans l’immédiat, j’assume mes responsabilités. C’est à moi et à moi seul de les porter », a-t-il déclaré en appelant sa famille à se rassembler pour les élections législatives. Le candidat éliminé a déclaré qu’il voterait Emmanuel Macron sans donner de consignes de vote : « L’abstention n’est pas dans mes gènes, surtout quand un parti extrémiste est aux portes du pouvoir. (…) Je voterai donc pour Emmanuel Macron. Il vous revient en conscience de réfléchir. »
Avec cette défaite, la droite fait donc face à son scénario le plus redouté : un 21 avril à l’envers. A la fin de l’année 2016, cette élection paraissait imperdable. 4 % de popularité pour François Hollande à l’automne 2016, un chômage en hausse depuis 2012, une majorité socialiste éclatée sur l’autel du libéralisme, une belle primaire de la droite avec plus de quatre millions d’électeurs… François Fillon a réussi à faire de cette voie triomphale vers l’alternance un chemin de croix. Faut-il encore recenser tous les obstacles sur lesquels il a trébuché depuis le début de l’année ? La polémique sur son projet de réforme de sécurité sociale l’a fait passer derrière Marine Le Pen. Puis l’affaire sur l’emploi supposé fictif de sa femme et sa cohorte de révélations sur son train de vie l’ont fait passer derrière Emmanuel Macron. Il n’a plus jamais réussi à inverser la tendance.
L’absence du vote caché
Sondé entre 18 et 20 % des intentions de vote depuis plusieurs semaines, François Fillon n’avait pas perdu son socle électoral, qui voyait en lui une victime du système. L’image du rassemblement du Trocadéro, le dimanche 5 mars, a été une parfaite illustration de cette droite jusqu’au-boutiste prête à le soutenir malgré les doutes des centaines d’élus, notamment les juppéistes et les lemairistes, qui avaient abandonné la campagne après l’annonce de sa probable mise en examen. Ce socle électoral a été une bouée de survie pour l’ancien premier ministre. Il l’a solidifié en se posant en victime, en « combattant balafré » attaqué par les juges et les médias. Il l’a renforcé en durcissant un peu plus ses propositions – abaissement de la majorité pénale à 16 ans – et en flattant la fibre identitaire lors des discours de la dernière semaine. « Tout à coup, “nation”, “patrie”, “racines”, “culture”, “identité”, ces mots que l’on croyait tabous ont imposé leur nécessité. Moi, sur ces sujets, je suis clair. Il n’y a pas de citoyenneté sans identité », a-t-il lancé, lundi 17 avril à Nice.
Longtemps, il a cru qu’il pouvait reconquérir une partie des électeurs perdus. Déçus par sa personne, ces Français de droite et du centre partis vers M. Macron ou tentés par l’abstention et le FN finiraient par voter pour son programme dans l’isoloir. D’où sa petite phrase prononcée le dimanche 9 avril, lors du meeting de la porte de Versailles à Paris : « Je ne vous demande pas de m’aimer mais de me soutenir. » Le contexte international, avec les frappes américaines en Syrie, puis l’attentat des Champs-Elysées, qui a coûté la vie à un policier, jeudi 20 avril, lui ont fait penser que les Français seraient rebutés par l’inexpérience d’Emmanuel Macron.
Cette fois-ci, rien n’y a fait. Contrairement à la primaire de la droite et du centre, le député de Paris n’a pas gagné contre les sondages et contre les pronostics. Passé au scanner médiatique, François Fillon n’a pas résisté à l’essoreuse de la présidentielle. Son passé l’a plombé jusqu’au bout. Sa mise en examen a perturbé une partie des électeurs de droite qui n’ont pas cru à l’idée d’un cabinet noir à l’Elysée qui aurait instrumentalisé la justice, une idée agitée à partir du 23 mars par François Fillon prêt à tout pour reconquérir les électeurs qui l’avaient abandonné.
Un champ de ruines à reconstruire
François Filllon laisse la droite dans un état préoccupant. Après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, c’est la deuxième élection présidentielle perdue pour l’UMP devenue le parti Les Républicains (LR). La plupart des ténors vont maintenant très vite tourner la page François Fillon. Avant le scrutin, beaucoup estimaient déjà que cette défaite serait imputable à la personne de l’ancien premier ministre plus qu’à son programme. « On paye cher les affaires. Ce ne sont pas nos idées qui ont été battues… Ne baissez pas les bras. Cette élection est à quatre tours », a estimé Laurent Wauquiez, vice-président délégué du parti LR, en se projetant déjà vers les législatives.
Une analyse partagée par Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne : « C’est une immense déception. Cette campagne a trop souvent tourné au procès. Il a été impossible d’aborder le bilan. » L’impératif pour les ténors sera d’abord de faire survivre la droite républicaine dans l’entre-deux tours. Une partie des juppéistes, tel Jean-Pierre Raffarin, a déjà appelé à voter Emmanuel Macron pour faire barrage au Front national. D’autres vont appeler à voter contre Marine Le Pen en laissant les électeurs libres de s’abstenir, comme l’a fait M. Wauquiez, dimanche soir. La droite risque donc d’être tiraillée alors qu’il reste encore la campagne des élections législatives à mener. Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, François Baroin, tous veulent déjà être celui qui mène la reconstruction de ce champ de ruines.
Matthieu Goar
Journaliste au Monde

 

 

 

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