Audit à la Compagnie des Bauxites de Guinée : pourquoi une fin de partie pour Namory ? (Scandale)

 

Alors que le mandat de Namory Condé à la tête de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), premier producteur de ce minerai dans le pays, prend fin le 31 décembre, un rapport du comité d’audit de la firme l’accuse d’avoir outrepassé ses prérogatives lors d’un récent redressement fiscal.

L’enquête embarrasse la CBG et le gouvernement de Conakry au moment même où la société est engagée dans un projet pour faire passer sa production de 15 millions de tonnes par an actuellement à 18,5 millions en 2018 (AMI nº357). Enquête.

Les 11 millions de dollars de trop 

Selon nos informations, il est reproché à Namory Condé d’avoir piloté seul le processus de redressement fiscal de la CBG pour les exercices 2011, 2012 et 2013. Pour s’acquitter des sommes réclamées par l’administration fiscale, il aurait notamment contracté le 21 juillet dernier un emprunt auprès de la BICIGUI, filiale de BNP Paribas, de 100 896 801 104 francs guinéens, soit près de 11 millions $.

L’emprunt aurait été souscrit sans le consentement du conseil d’administration de la CBG, alors que la fonction de Namory Condé ne l’autorise pas à valider une transaction au-delà de 250 000 $. De plus, la direction financière de la CBG, supposée gérer les redressements fiscaux, aurait été écartée très vite de la procédure.

Joint par Africa Mining Intelligence, Namory Condé a nié avoir eu connaissance de l’enquête et du rapport qui en découle.

Un conseil d’administration qui doute 

Si l’emprunt a été souscrit auprès de la BICIGUI en juillet, ce n’est que le 2 août que le conseil d’administration de la CBG, constitué de représentants de l’Etat guinéen et de l’opérateur Halco Mining Inc – consortium formé par Rio Tinto Alcan, Alcoa et Dadco – en a été informé. Craignant que l’initiative de Namory Condé soit irrégulière, les administrateurs ont alors, mi-août, mandaté le comité d’audit de la CBG pour diligenter une enquête. Celui-ci se serait entouré de deux avocats du cabinet canadien Fasken Martineau, Daniel Picotte et Emilie Bundock, qui, contactés par Africa Mining Intelligence, n’ont pas souhaité faire de commentaire.

Appuyé également par des inspecteurs du ministère des mines, Alhousseine Kaba et Jean-Paul Camara, le comité aurait interrogé Namory Condé à trois reprises fin août.

Remis début septembre, le rapport conclut à l’abus de prérogatives et note que c’est la première fois que la CBG s’est acquittée d’arriérés aussi conséquents envers l’administration fiscale. Même s’il semble que Namory Condé est parvenu à négocier à la baisse le redressement demandé, ce dernier s’était le plus souvent établi par le passé dans une fourchette entre 1,5 et 2 millions $.

Fin de partie pour Namory ?

L’avenir de Namory Condé reste incertain. Une réunion du conseil d’administration de la CBG, qui devait avoir lieu début décembre, a été reportée, et aucune assemblée générale n’a encore statué sur le renouvellement ou non de son mandat. Des noms de potentiels remplaçants circulent déjà, notamment celui de Souleymane Traoré, un ancien du cabinet d’audit EY et de la major pétrolière française Total.

A Conakry, certains dénoncent toutefois une procédure à charge contre Namory Condé et une manœuvre du gouvernement guinéen, qui aurait pressé le directeur de la CBG de payer pour renflouer les caisses publiques en urgence, au moment même où le Fonds monétaire international était en mission dans le pays.

Avec  Africa Intelligence

Tel de www.actuconakry.com : (+224) 622 56 56 67

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