Guinée : Le casse-tête de la commission d’indemnisation

 

Le jour où il a été annoncée la fin du dialogue inter guinéen et la signature d’un protocole d’accord, le peuple de Guinée a poussé un long ouf de soulagement. Cet accord mettait ainsi fin aux agitations et aux violences qui ont secoué la capitale durant une longue période : les marches de protestation et de contestation dites pacifiques. Parmi les points inscrits dans cet accord figure en bonne position celui de l’indemnisation des victimes.

Donc cette signature a redonné espoir à tout le peuple qui se voyait éloigné du spectre cyclique des violences et des troubles. En présence de toutes les parties l’accord a été signé et aucun petit doigt ne s’est levé pour signifier quoi que ce soit. Pour ne pas retomber dans les erreurs du passé, un comité de suivi a été mis en place afin de veiller au respect des engagements.

Quelques temps après, on est étonné de voir d’autres voix discordantes s’élevées pour dénoncer l’incongruité de ce même accord. On incrimine le cas des chefs de quartier et chacun y va dans la voie qui sied au mieux à ses intérêts. Ce qu’il faut préserver avant tout c’est la paix et le vivre ensemble, n’acceptons plus que des intérêts partisans viennent empester ce climat de paix utile à tous. Des agitations, des propos pas responsables sont tenus par certaines personnes tentées de se faire une place au soleil. Notre démocratie est encore très fragile, si nous voulons faire une transposition subite de ce qui se passe ailleurs, un couper- coller, il nous sera difficile de gagner ce que nous souhaitons.

Ceci est une parenthèse ouverte pour attirer l’attention des uns et des autres autour du problème soulevé.

Il  est question d’indemniser les victimes des troubles cycliques provoqués et voulus par certains.

La commission mise en place pour suivre sonapplication n’a aucune base juridique et légale  pour identifier ces victimes. Qui est victime, quels sont les évidences qui permettent de définir ce statut ? Dans quel cadre peut-on les chercher ? Les manifestants, les commerçants, les victimes, les forces de l’ordre ? Difficile à dire car ce problème est très délicat et très glissant. Aussi ce fond d’indemnisation quelle sera sa source ? Le budget national ou quoi ? Quand on sait qu’il y a assez de chantiers de l’Etat aux arrêts par faute de financement, il serait chimérique de croire que le BND puisse prendre en compte cette indemnisation.

Pour ne pas faire des frustrés comme on sait le faire au RPG, il faut éviter la discrimination sélective. Prendre en compte tous ceux qui depuis l’avènement de multipartisme intégral ont subi les affres à cause de leur choix politique. Mais ne prendre qu’à partir de 2013 est injuste et révoltant. Si réellement nous voulons faire cette indemnisation, il nous faut disposer d’une base juridique, légale et des moyens financiers conséquents. Il faut aussi savoir faire la nuance en déterminant les principes d’identification des victimes. Ceux qui sont morts, ceux qui ont eu une infirmité à vie, ceux qui ont été victimes de coups et blessures, les propriétaires des véhicules endommagés, les concessions saccagées ou les commerces détruits, c’est dire ainsi que ce problème est extrêmement complexe.

Il faut une analyse profonde, faire  appel à la fibre patriotique de tous les cadres du dialogue, mettre au-dessus de tout la nation et taire les intérêts égoïstes. Si cela n’est pas fait on risque de tourner en rond sans trouver une issue favorable à la situation. Nous devons privilégier le dialogue, sensibiliser les populations en disant la vérité rien que la vérité. Il y a des priorités qui méritent d’être mises en application pour ne pas qu’elles entrainent d’autres complications à savoir : les infrastructures routières, l’emploi des jeunes, la réduction de la pauvreté etc.

Si nous tenons absolument à cette indemnisation, il faut donner le temps au temps, pour mettre en place la base juridique, la base légale et les principes d’identification des victimes. Elargir la parenthèse de prise en compte des victimes pour éviter une fois encore les frustrations dans certaines formations politiques. Dans l’entente, on peut faire cette indemnisation progressivement en l’étalant sur les années. S’il est vrai que nous voulons mettre fin à de tels actes dans le pays, il nous faut en conséquence pouvoir persuader les populations sur la situation économique réelle du pays. Quand celles-ci seront largement imprégnées de cette réalité, elles mettront en avant l’intérêt national.

Le pouvoir et les partis politiques doivent voir ensemble et définir une ligne budgétaire pour procéder à cette indemnisation. Lorsque cette entente sera effective, ils établiront de connivence avec toutes les parties impliquées dans cette commission,  un calendrier pour l’indemnisation graduelle  et progressive des présumés victimes. Ce qui signifie que ce travail est un travail de longue haleine qu’il faut accomplir avec minutie et responsabilité, afin d’éviter d’engendrer d’autres problèmes.

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