Grève générale illimitée : La base du parti au pouvoir veut-elle lâcher prise ? (Tribune)

 

Tout porte à croire aujourd’hui que la détermination et l’engagement de cette population,   jadis réputée pour son soutien inconditionnel sont en train de s’effriter. Il était impensable de croire que ce bastion rempart du pouvoir allait un jour respecter un mot d’ordre de grève comme ce fut le cas aujourd’hui à Kankan, Kouroussa, Mandiana, Siguiri etc.

La grève de l’intersyndical a été largement suivie sur toute l’étendue du territoire national. Toutes les activités étaient au ralenti, les commerces ont été fermés à 80% dans toutes les préfectures du pays. . Les langues se sont déliées pour mettre en exergue les difficiles conditions de vie des travailleurs en général mais, en particulier des enseignants qui vivent dans une indigence indescriptible.

Des voix se sont élevées à travers la plateforme de concertation pour demander le report de cette date du 15 février 2016. Mais les syndicalistes ont jugé nécessaire de maintenir leur mot d’ordre et pour dire vrai la majeure partie des travailleurs ont approuvé cette attitude des représentants syndicaux. Trop de promesses non respectées depuis 2014, la trêve sociale ne pouvait durer indéfiniment alors que le gouvernement ne respecte pas ses engagements.

Le mécontentement est général, trop de frustration, trop de déception de la part du Pr. Alpha CONDE qui a ignoré leur combat mené depuis la clandestinité jusqu’à la victoire en 2010. Le lendemain de cette victoire était pour tous une période pendant laquelle ces héros seraient récompensés pour leurs efforts et les énormes sacrifices consentis. La désillusion sera totale quand le Pr. Alpha CONDE a annoncé son nouveau gouvernement, c’était comme un énorme coup de massue sur leurs têtes. Depuis lors un sentiment de frustration et un climat de mécontentement s’est répandu à travers le pays.

La base ne semble plus être au même diapason que le sommet, elle est totalement déconcertée par la tournure prise par les événements. Donc le respect de ce mot d’ordre de grève dans ce fief du pouvoir est un signal fort à l’endroit du pouvoir comme pour exprimer leur désapprobation quant à la reconduction et la nomination de certains membres du gouvernement. Alors  tout mouvement qui aujourd’hui dressera ses dards contre le pouvoir sera largement suivi. La grève en Guinée est souvent un mauvais présage pour le pouvoir, on se souviendra de cette grève illimitée que le Général CONTE a minimisée, a fini par signer la disparition de l’Etat à travers la violence et le mépris voué à l’autorité administrative.

Le gouvernement doit être attentif à la condition des travailleurs qui se sont longtemps abreuvés à la source des promesses. Le peuple voit tout, il est le meilleur juge, il porte sur chacun des membres du gouvernement un regard critique. Les travailleurs connaissent parfaitement les agissements de nos ministres, leur train de vie et leur façon d’agir vis à vis de leurs subordonnés. Le développement de la technologie a fait de notre monde un village planétaire, rien n’est aujourd’hui caché, les dossiers les plus secrets sont souvent exposés à la place publique. Donc on peut tromper une parie du temps tout le peuple, une partie du peuple tout le temps mais, jamais tout le temps tout le peuple.

A cette allure des choses, le Président s’il ne revient pas sur certaines mesures, ce second mandat sera émaillé de perpétuelles contestations. La gestion du pouvoir en Afrique est différente de celle de l’Europe. Il a fait appel à la diaspora, elle a certes la formation scientifique et technique nécessaire cela ne suffit pas pour faire un bon chef. A coté il faut la formation sociale qui régit les rapports sociaux et définit les manières et les méthodes indispensables à la cohésion sociale. L’ex Premier ministre malgré tout a été d’un grand poids dans la résolution des affaires très compliquées. On ne règne pas avec les ultimatums car, ils sont souvent la mise à nu de la faiblesse d’un chef. Il faut sauver ce parti qui a été pendant longtemps le véritable parti d’opposition dont les cadres ont laissé assez de plumes durant la conquête du pouvoir. Après tout on nie les efforts de ces hommes convaincus, pour mettre au dessus d’eux ceux la mêmes qui ont été leurs bourreaux.

Si des mesures rectificatives ne sont pas prises, si le gouvernement ne cherche pas à accéder aux revendications syndicales, le pays risque de prendre un recul et les prochaines consultations électorales mettront en exergue l’état déliquescent du parti au pouvoir qui risque de mourir avant son fondateur. En tout cas à les entendre parler on comprend aisément que le mécontentement se généralise au niveau de la population. Won fatara ! A compliqué les rapports entre les malinkés et le Général CONTE, et cette phrase du Pr. Alpha CONDE au siège : ce n’est pas le RPG qui m’a élu semble avoir les mêmes conséquences que celle de CONTE.

Puisque la grève continue, attendons de voir ce qui se passera dans les jours à venir. Avec le téléphone, on ne peut plus nier la vérité dans notre pays, cette grève a été largement suivie sur tout le territoire national.

Lonceny Deen pour Actuconakry.com

Tel : 666 08 35 26 / E-mail : actuconakry@gmail.com

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