Le premier festival au monde destiné aux Droits des Enfants (par Amanda Castello)

 

L’International Children’s Rights Festival vient de fermer ses portes à Mantoue, splendide ville d’art, classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. 26, 27 et 28 juin, trois journées très intenses destinées à la Convention internationale sur les Droits de l’Enfant. Le but ? Offrir aux enfants, aux jeunes, aux enseignants, aux professionnels, aux éducateurs et aux parents une occasion de loisirs, de réflexion, d’étude, de spectacles et enfin d’échanges culturels.

Ce festival a été voulu et organisé de main de maître par la Fondation Malagutti, reconnue d’utilité publique en Italie. La Fondation a pour mission l’accueil d’enfants et de jeunes en difficulté victimes d’abandon, de mauvais traitements, d’abus sexuels, de violences ou encore d’enfants souffrants de pathologies psychiatriques. La Fondation endosse pour eux le rôle de famille et les aide à grandir dans les meilleures conditions possibles.

Tout le monde parle des droits de l’enfant, tous écrivent sur les droits de l’enfant proclamant le respect dû aux droits de l’enfant, mais qu’en est-il réellement ? Que se passe-t-il au niveau de la législation nationale de chaque pays ? Quelle place ont ces Droits dans les politiques des gouvernements ? dans leur application au niveau de la société ? dans la pratique quotidienne ? à l’école? dans les familles ?

L’objectif de ces trois journées entendait générer une prise de conscience de la part des adultes, des administrations, des enseignants, de tous les observateurs nationaux et étrangers sur les causes qui sont aujourd’hui à l’origine des disparités sociales, des politiques d’exploitation, de la destruction de l’environnement et des freins au développement dont les premières victimes sont naturellement les enfants.

Trois thèmes fondamentaux ont été abordés : la première journée a affronté les problèmes de la migration, la deuxième s’est penchée sur la nutrition et la troisième s’est efforcée de réfléchir sur les besoins du jeu et de la créativité.

Le Festival international des Droits de l’Enfant a souligné l’importance des campagnes à mener pour lutter contre la faim, en faveur du développement, pour la santé et le droit à l’instruction et à la culture.

Des spécialistes, des bénévoles et des personnes simplement intéressées par les sujets proposés ont sillonné les rues et envahi les places de Mantoue. Chaque expert invité a contribué à la réussite de cette rencontre mondiale grâce à son expérience, son savoir, son imagination et son amour pour les enfants qui sont la garantie d’un monde de paix et d’égalité, de justice et de fraternité pour demain.

De larges espaces ont été offerts aux enfants afin qu’ils puissent exprimer leurs besoins et développer leur créativité. Eparpillés dans toute la ville, des ateliers, des lieux de jeux, des laboratoires didactiques, des personnages de fable et de la littérature enfantine, des marionnettes ont enchanté les jeunes et les adultes. Et enfin de la musique! Musique classique, musique d’auteur, populaire, orchestre de chambre, chœur.

Si le Festival a vu cette année sa première manifestation comme International Children’s Rights Festival, unique au monde, le Concours International de Dessins Diritti a Colori en est lui, à sa 13e réalisation. 52 pays ont participé cette année. Les enfants du monde, divisés en catégorie d’ âge, de 3 à 16 ans, ont exprimé sur les thèmes de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant leurs problèmes et leurs espoirs. Très émouvants certains dessins ont illustré, par exemple, la lutte contre Ebola en Guinée. Les enfants témoignent. Ils ont vu et vécu la maladie, la souffrance de leurs proches. Ils narrent par leurs traits et commentaires les symptômes de cette terrible épidémie et restituent en même temps les conseils qu’ils ont reçus pour éviter la contagion.

Autre but de ce Festival : mettre l’accent sur certaines situations où histoires absolument méconnues du grand public. Celles dont nous connaissons seulement la chronologie des faits sans vraiment être conscients de la dimension du drame que certains pays et communautés subissent : les enfants et la guerre, les enfants et le travail abusif, les enfants et la violence, les enfants et la maladie, les enfants et la migration…

Marthe Koïvogui (3)Parmi les témoignages qui ont profondément touché le public, je veux citer celui de Marthe Dédé Koïvogui, présidente de l’Association OMEGA des femmes et des enfants de Guinée et d’Afrique. La première intervention de Marthe a porté sur Ebola. Tout le monde a entendu parler de cette terrible maladie. Les journaux, radios et télévisions s’en sont faits l’écho pendant des mois mais personne n’avait vraiment mesuré l’ampleur et l’étendue de ce drame planétaire avant l’arrivée de Marthe Dédé Koïvogui. Ce ne sont pas seulement les chiffres qui font peur. Ce qui a bouleversé les consciences ce sont les histoires du quotidien, celle des familles, des orphelins, de la peur de la contagion, de l’ignorance, des besoins des communautés. À l’aide d’un Powerpoint, avec des photos de vie, Marthe a dressé un tableau précis et humain de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore aujourd’hui, soulignant les besoins actuels de ces populations.

Puis Marthe Dédé Koïvogui a présenté le tableau « Ángèle». L’émotion a submergé l’assistance tout comme Marthe quand elle a raconté l’histoire de cette petite fille et de sa disparition, 15 jours seulement après sa naissance.

Chacun a souhaité être photographié à côté de cette œuvre haute en couleurs de l’artiste Agnes Pizzichetti, exprimant sa solidarité avec les enfants de Guinée et les enfants d’Afrique. La représentante de l’UNICEF de Mantoue a proposé d’utiliser le tableau d’Angel pour en faire la carte de vœux de son association. En effet, chaque année à l’occasion de la fête de Noël, l’UNICEF créé une carte pour sensibiliser l’opinion publique sur un thème lié aux enfants en difficulté. Ce sera probablement l’occasion pour lancer la campagne « Ángèle » de l’Association OMEGA et recueillir une aide pour la création d’une structure adéquate pour redonner le sourire aux enfants malades hospitalisés de Conakry.

Marthe Koïvogui (2)La deuxième intervention de Marthe Dédé Koïvogui a porté sur l’excision. Encore une fois, si tous ont déjà entendu parler des mutilations génitales féminines, combien se rendent vraiment compte de ce que signifie cette violence infligée aux femmes, quel que soit l’âge auquel cette brutalité est exercée, au niveau de physique, psychologique et mental ? Marthe a commencé son intervention en racontant une histoire vraie, celle vécue par un groupe de petites filles de six à huit ans, en Guinée, voilà de nombreuses années. Une histoire terrifiante qui a fait frissonner l’assistance  et monter des larmes aux yeux. Quand le public a compris que cette histoire était en fait autobiographique et que la petite fille, triste protagoniste de cette horreur, était la propre intervenante, l’émotion a été à son comble. Nombreuses ont été les questions et les propositions d’intervention pour faire cesser ces pratiques abominables.

Je travaille depuis de nombreuses années sur ces problèmes, ayant participé à différentes conférences internationales des Nations Unies dans le cadre de la Décennie dédiée à la femme par les Nations Unies et j’ai le souvenir en 1980 des grands débats sur ces thèmes à la Conférence mondiale de Nairobi. Des pas ont été accomplis pour mettre un terme à ces traitements dégradants, mais il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine et dans bien d’autres ! Marthe Dédé Koïvogui a expliqué comment l’Association OMEGA approche avec tact et respect cette question sensible dans les villages afin de ne pas choquer les mentalités encore profondément ancrées à la tradition ancestrale. Le but est d’amener petit à petit les femmes et les communautés à une meilleure compréhension de l’inutilité de ces pratiques et de les inciter à les remplacer par des rituels et des cérémonies non cruelles (douces??).

Ce fut un plaisir et un honneur pour moi de servir d’interprète à Marthe Dédé Koïvogui, réalisant la traduction simultanée de ses deux interventions et des réponses à toutes les questions qui lui ont été posées par le public et par les journalistes présents.

Marthe Koïvogui (1)Le président de la Fondation Malagutti, créateur de ce festival, Giovanni Malagutti, psychologue et criminologue, a été profondément impressionné par la personnalité de la présidente d’OMEGA.  Marthe Dédé Koïvogui a offert à sa Fondation la statue d’un vieux sage africain lui expliquant qu’en Afrique, où la culture orale est beaucoup plus importante que la culture écrite, on raconte que la mort d’un ancien est comme une bibliothèque entière qui disparaît dans les flammes… En la remerciant, le président Giovanni Malagutti lui a dit : « Avec ce Festival, nous désirons ouvrir un débat pour renforcer notre engagement et nous rappeler de diffuser et de faire appliquer les articles de la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfance de l’Adolescence. C’est fondamental pour protéger et améliorer la vie des nouvelles générations partout dans le monde. C’est pourquoi nous devons nous unir, quelles que soient les régions du monde d’où nous provenons. »

Marthe Dédé Koïvogui et moi ne nous sommes plus quittées ! Je lui ai ainsi présenté le gros travail que j’avais fait pour dénoncer la situation de « L’Enfant mineur étranger invisible », intervention présentée également dans le cadre de l’International Children’s Rights Festival. Fuyant la misère et la guerre (on estime qu’un milliard d’enfants dans le monde vit dans des pays en guerre), ces enfants mineurs débarquent tous les jours sur les côtes italiennes, parfois avec des membres de leur famille, mais le plus souvent non accompagnés avec le risque évident de finir entre les griffes de mafias, sur les chemins sans retour de la délinquance et de la prostitution. En Italie, on estime entre 1500 et1800 le nombre d’enfants et d’adolescents obligés de se prostituer sur les routes, mais on ignore le chiffre exact de jeunes qui se prostituent dans les maisons , certainement supérieur et incontrôlable. Cette situation à haut risque pour les enfants, filles et garçons, se répète dans les autres pays où ils ont trouvé soi-disant refuge…

Marthe Koïvogui (4)La présidente d’OMEGA a également assisté à la présentation de mon livre « Padi et l’aventure de la vie », un livre interactif illustré à but éducatif pour les jeunes de 6 à 15 ans qui veulent comprendre le cycle de la vie. Le but est de les aider à affronter les différentes épreuves et naturellement d’être un outil pour les parents, enseignants, formateurs, animateurs, professionnels de santé, psychologues, bénévoles, jeunes adultes désireux d’ aider un enfant ou un adolescent à affronter la perte, la séparation et la mort. Parler avec un enfant est beaucoup plus délicat qu’avec un adulte. Il n’est pas facile de donner des réponses honnêtes aux questions, parfois très directes, posées par l’enfant; mais partager expériences et émotions renforce les liens. Ce livre existe en italien et en français. Après la conférence, Marthe Dédé Koïvogui me disait combien il serait important selon elle, de pouvoir le diffuser dans les écoles, les familles, les centres sociaux, les foyers, les hôpitaux…

Durant ces journées intenses, nous avons élaboré de nombreux projets unissant nos compétences, nos relations, notre enthousiasme au service de la cause des enfants et des femmes. L’Association OMEGA, présidée par Marthe Dédé Koïvogui et l’Association A.R.T., Association Paulo Para pour la Recherche sur la Fin de Vie, que j’ai créée après le décès de mon mari, ont décidé de travailler en commun sur certains projets. Ces synergies sont importantes pour la cause que nous défendons et nous espérons que les autorités politiques, administratives et culturelles nous soutiendront dans cette démarche. Des représentants de nos deux associations, de la Fondation Malagutti et du Festival, de grands artistes solidaires comme le pianiste compositeur Stefano Gueresi, sont prêts à se déplacer pour parler au monde des droits des enfants.

Nous serons certainement tous présents pour le prochain International Children’s Rights Festival. Comme disait Marthe Dédé « le monde aujourd’hui est un seul grand village ». Nous sommes tous impliqués les uns les autres, nous sommes tous co-responsables de ce qui se passe dans le monde, nous sommes tous co-créateurs de la réalité. Comme le disait Esope dans une de ses fables, « l’union fait la force ». Ce que nous voulons c’est une force tranquille, une force aimante, une force de création.

©Amanda Castello

Namastè

3 juillet 2015

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