Elections 2015: L’opposition fait un procès fallacieux selon Albert Damantang Camara

Le ministre de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’emploi, Damantang Albert Camara a répondu aux questions de notre reporter. La gestion de l’épidémie d’Ebola, les revendications de l’opposition, la fermeture des frontières, la formation et l’emploi des jeunes, le porte parole du gouvernement déchiffre tout. Lisez….

Monsieur le porte parole du gouvernement, voilà près d’un an que  la Guinée est confrontée à l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola. Où en sommes-nous par rapport à la lutte contre cette maladie ?

Damantang Albert Camara : Nous sommes à la deuxième phase. Vous savez qu’il y a une première phase qui avait mobilisé beaucoup de ressources, notamment en termes de communication et de sensibilisation qui nous avait amené à un stade où on était en phase de déclarer la fin de l’épidémie. C’était en juin 2014. Malheureusement, un pic important s’est ré déclaré, par l’arrivée de plusieurs personnes contaminées de nos pays voisins et frères. Nous sommes donc à la deuxième phase qui demande plus de moyens, plus de mobilisation pour non seulement soigner les malades, mais aussi prévenir des nouvelles contaminations et faire le suivi des contacts. Et cela demande plus de moyens logistiques et financiers que la communauté internationale a commencés à nous apporter. Ces moyens arrivent petit à petit et nous donnent l’espoir que très rapidement nous allons maîtriser cette épidémie et passer au stade de résilience Incha ALLAH.

Nombreux sont ceux-là qui accusent le gouvernement de pratiquer  de ‘’Ebola business’’. C’est-à-dire, profiter des dons destinés à la lutte contre cette épidémie pour s’enrichir ?

Ce sont des gens qui sont mal informés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, lors de la dernière conférence de presse, le Président de la République a tenu à mettre un point particulier sur cet aspect. Il disait qu’il y a un manque de transparence dans la part de contribution de tous nos partenaires étrangers et d’un certain nombre d’institutions, sur lesquelles nous guinéens n’avions aucune visibilité. Puisque nous ne savions pas quant est-ce que l’argent est arrivé et par où il était passé ? Ce qu’il faut savoir, quand on fait une annonce de dons vis-à-vis de la Guinée, dans 90% des cas, c’est de l’argent qui ne passe pas dans les caisses de l’Etat guinéen. Mais par les partenaires, notamment l’OMS, Médecins sans frontières, la croix rouge, le PNUD, l’UNICEF et sur lesquels nous n’avons pas de visibilité. Et le chef de l’Etat a souhaité qu’on nous rende compte et qu’un audit soit organisé auprès de toutes les institutions qui reçoivent de l’argent. Pour qu’on sache à quoi l’argent a servi effectivement. Très peu de cet argent passe par les caisses de l’Etat, donc il est pratiquement impossible pour l’Etat guinéen de faire de l’Ebola business comme vous le dites.

Quelle est la position du gouvernement par rapport à la menace de l’opposition de reprendre ses manifestations de rue à partir du 15 décembre si toutefois le gouvernement ne remplit pas ses revendications contenues dans les accords du dialogue politique ?

Nous disons que nous privilégions toujours le dialogue, mais en même temps il y a un certain nombre de sujets qui en principe doivent être discutés au sein d’un espace dédié à cet effet qu’est l’Assemblée Nationale. Et qu’il faut éviter de poser des revendications dont on sait pertinemment qu’elles sont impossibles à réaliser. Sur la plupart des revendications qui ont été posées par l’opposition, les solutions se trouvent soit dans la loi, soit dans le fonctionnement d’un certain nombre d’institutions comme la Cour Suprême, la CENI et l’Assemblée Nationale. Donc, nous souhaitons que l’opposition favorise d’abord la saisine de ces institutions et l’application de ses textes avant de solliciter des actions qui seraient en violation de nos propres textes.

L’une des revendications de l’opposition est la reforme de la commission électorale nationale indépendante (CENI). Acceptez-vous cette condition où alors les guinéens doivent s’attendre à un nouveau bras de fer ? 

On aurait tord de penser au bras de fer systématiquement. Il ne faut pas oublier qu’il y a déjà plusieurs mois de ça, le gouvernement a procédé à une réforme de la CENI sur la base de ce que l’opposition souhaitait. Nous avons une Commission Electorale Nationale Indépendante politique contrairement à une CENI technique comme le voulait le gouvernement. Ensuite, c’est une CENI composée de personnes qui ont été désignées et l’opposition a eu tout le temps de désigner ses représentants. Donc il est difficile de comprendre aujourd’hui qu’on veuille refaire une nouvelle CENI.

Le Sénégal continue de fermer ses frontières avec la Guinée et nombreux sont les hommes d’affaires guinéens qui souffrent de cette décision. Qu’est ce que le gouvernement est en train de faire pour leur réouverture ? 

Nous continuons notre plaidoyer. Vous avez suivi la sortie du président de la République qui a reconnu certes à tout Etat le droit de protéger ses populations, mais souhaite en même temps conformément aux recommandations de l’OMS et toutes les instances supranationales qu’on cesse d’isoler les Etats, mais qu’on isole le virus. Après, chaque Etat a la responsabilité d’adopter la politique qui lui sied sans que la Guinée n’ait une possibilité de contraindre un Etat à ouvrir ses frontières.

Pouvez-vous nous faire un bilan de l’impact négatif de l’épidémie d’Ebola en Guinée ? 

De manière générale, c’est le ministre de l’économie et des finances qui serait mieux placé pour faire ça. La plupart de nos recettes ont été divisées par trois alors que nos charges ont pratiquement doublé. C’est à peu près ce qu’on a dit lors du dernier conseil des ministres et le  rapport du ministre de l’économie et des finances fait état d’un manque à gagner d’environ mille six cent milliards GNF (1 600 000 000 GNF). Pendant que nos charges ont augmenté de 180 Milliards GNF. Ça vous donne une idée de ce que l’épidémie d’Ebola coûte à notre pays sans compter la baisse du taux de fréquentation des hôtels et le ralentissement de certains investissements.

Les élèves guinéens n’ont toujours pas repris le chemin de l’école, s’achemine-t-on vers une année blanche en Guinée ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Pour le moment, il est exclu d’avoir une année blanche. Les derniers préparatifs pour une rentrée des classes plus rapide possible sont en train d’être menés. Nous espérons pouvoir rapidement annoncer une date dans les jours qui viennent.

Le président français, François Hollande vient d’effectuer une visite de soutien et d’amitié en Guinée. Selon certaines indiscrétions, il est venu garantir les intérêts des entreprises françaises dans le pays. Qu’en dites vous, monsieur le ministre ?

Ça n’engage que ceux qui le disent. Le but de la visite du président français a été très clair. Ce qui est important c’est la réalité du terrain.  Vous l’avez vu venir rencontrer les gens qui luttent contre Ebola, visiter le centre de traitement, parler du centre de traitement de Macenta, témoigner son amitié pour le président de la République et pour la Guinée et faire son plaidoyer pour que la Guinée reste un pays ouvert. Et non un pays qu’on doit enfermer dans cette période d’épidémie d’Ebola. Je vois que ce sont des motifs suffisamment importants pour venir en Guinée. Bien entendu chaque chef d’Etat a pour mission également de défendre les intérêts de ses compatriotes. Et si par la même occasion, il vient faire la promotion des entreprises françaises, tant mieux pour la France.

Que répondrez vous à l’opposition qui accuse le gouvernement de ne pas vouloir organiser la présidentielle en 2015 ?

C’est un procès fallacieux. Nous avons l’intention de respecter les échéances électorales et nous souhaitons y aller de manière transparente et inclusive avec tous les acteurs. Ceci dit, il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies. L’opposition a peut être cette impression parce que pour le moment nous consacrons tous nos efforts à la lutte contre Ebola et c’est cela la priorité. Mais ça ne veut pas dire que nous n’avons pas l’intention d’organiser les élections présidentielles aux échéances prévues.

Revenant à votre département qui doit chercher l’emploi pour les jeunes guinéens, que fait-il dans ce domaine ?

Nous surfons aujourd’hui sur ce que l’économie nous donne comme opportunités. Tant qu’il n’y a pas d’opportunités porteuses d’emplois, il est difficile de créer des emplois. Il y a maintenant un certain nombre d’actions que nous pouvons faire pour améliorer l’employabilité des jeunes, saisir les différentes opportunités qui se présentent et permettre aux jeunes de s’auto employer. Vous avez aujourd’hui beaucoup d’actions intentées par l’AGUIPE, notamment de la formation et de l’accompagnement. Nous allons bientôt ouvrir la première maison de l’emploi et de la compétence en République de Guinée pour accompagner les jeunes soit dans l’auto emploi, soit pour améliorer leur employabilité, soit pour avoir des formations complémentaires pour leur permettre de mieux s’insérer professionnellement. Nous travaillons également en synergie avec le ministère de la jeunesse et de l’emploi des jeunes pour un certain nombre de projets, notamment les travaux à haute intensité de main d’œuvre qui absorbent beaucoup d’emplois de jeunes sur le marché du travail. Toutes ces mesures doivent participer à la résorption du chômage. Mais ce n’est pas suffisant, il faut que l’économie elle-même soit dans une situation d’essor pour créer des emplois. C’est pourquoi nous attendons avec beaucoup d’impatience le démarrage des projets miniers tels que Rio Tinto, AMC et autres.

La formation des jeunes cadres guinéens n’est pas souvent adaptée au marché de l’emploi. Que fait votre département pour inverser la tendance ? 

Vous avez parfaitement raison, dans beaucoup de secteurs la formation n’est pas adaptée. Nous devons impliquer le secteur privé dans la formation pour l’adéquation formation et emploi, ça c’est le plus important. Il faut beaucoup plus impliquer le secteur professionnel dans la formation, notamment dans la conception des programmes, la dispense des cours et dans l’accomplissement des stages de perfectionnement. Nous impliquons de plus en plus le secteur privé pour qu’enfin ces formations répondent aux besoins du marché de l’emploi.

Réalisée par Mamadou Oury Bah

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