Pompier à Ouaga, pyromane à Dakar

Il y a de quoi se féliciter à voir le président du Sénégal jouer à nouveau les premiers rôles au plan régional ou sous-régional. Était-il temps pour notre pays de retrouver toute sa place de leadership continental perdue depuis l’avènement de la seconde alternance. Mais les Sénégalais ne peuvent toutefois accepter, que leur président joue les pompiers à Ouaga et revêt les habits de pyromane à Dakar, dans son propre pays.

Les cordonniers sont de tous les temps mal chaussés. L’on préfère souvent s’intéresser à la corbeille à papiers nichée sous le bureau du voisin au lieu d’évacuer le tas d’immondices qui bloquent l’accès à notre environnement immédiat. Car en matière de démocratie, de bonne gouvernance et de sauvegarde des libertés, le Sénégal a autant à donner qu’à recevoir de leçons de ses pairs, à la lumière de sa situation politique actuelle, marquée par une régression démocratique sans précédent surtout en termes de restriction des libertés. La politique intérieure du président Macky Sall ne fait pas rêver ; la vie devenue trop dure même pour les professeurs d’universités, qui peinent à percevoir à temps, leur salaire du mois d’octobre.

Octobre rose. Pas en tout cas pour le désormais ex-président burkinabè à qui ses pairs se permettent de donner des leçons. Leçons émanant d’un chef d’Etat qui, dans son propre pays, cherche par tous les moyens à asphyxier ses opposants, sur le plan financier, à les confiner sur le sol sénégalais par des interdictions de sortie du territoire, par une instrumentalisation de la Crei, ce monstre politico-judiciaire devenu l’instrument privilégié de répression des nantis de l’opposition. Sur la base d’une simple suspicion et du bon vouloir du «pompier de Ouaga», des dossiers judiciaires sont bloqués ou activés, transmis à la cour de répression des opposants enrichis, lesquels opposants n’ont dorénavant que les médias comme cadre d’expression.

Et ce sont à chaque fois les préfets qui se laissent instrumentaliser, pour interdire des rassemblements et manifestations pacifiques de citoyens. Prompts à les réprimer alors qu’ils se trouvent dans les dispositions, parfois les meilleures, à les encadrer. En d’autres termes, on viole la constitution, sciemment, comme sous l’ancien régime, on bafoue la liberté d’association, on méprise ses opposants et dans le même temps, on dépense l’argent du contribuable pour aller éteindre le feu dans la case du voisin: on menace nos propres opposants de répression, et on tend la main à l’opposition burkinabè qu’on cherche à renforcer, pour lui trouver un cadre d’expression légitime…  Quelle contradiction !

Pyromane à domicile, sapeur à l’étranger.

Parce que le Sénégal abrite le sommet de la Francophonie, le pays doit s’arrêter de respirer ; les libertés individuelles et collectives peuvent être bafouées sous le prétexte sécuritaire. Des libertés garanties par la constitution et qui manifestement, seraient moins sacrées que l’organisation d’un sommet destiné à promouvoir une langue étrangère, une langue de domination, la langue de l’ancien colonisateur-oppresseur et qui sert de prétexte au pouvoir pour restreindre les libertés. Ce sommet, est-il besoin de le préciser, s’avère être la dernière préoccupation d’une bonne partie de Sénégalais, qui ne sont que 29% à parler français selon le dernier rapport de l’Observatoire de la langue française et de l’Oif. Un sommet au cours duquel des Dakarois risquent d’être assignés à résidence surveillée, à domicile, confinés dans leurs quartiers, dans leur ville en état de siège, le temps que dure le sommet de la francophonie, un gouffre à milliards qui rappelle un autre sommet : le sommet des scandales financiers.

Momar Mbaye

Seneweb.com

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