Ebola : Lettre Ouverte à l’Assemblée Nationale Guinéenne

A L’Honorable Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Président,

L’espoir suscité en Guinée par la première élection présidentielle pluraliste non influencée par un président en exercice, devient graduellement chimérique, vu les événements dans le pays. Les trois pouvoirs républicains, exécutif, législatif et judiciaire, n’instaurent encore pas l’état de droit qui permet au peuple de jouir pleinement de la justice, la paix et la sécurité. Notre pays semble être abandonné à son sort par son gouvernement qui devrait avoir pour mission, la défense de son intégrité territoriale, du bien-être social et de la santé des populations.

Dans cet abandon du peuple par son gouvernement, l’attitude de l’assemblée nationale, composée de ses représentants, est la plus cuisante, car elle constitue une trahison de la confiance que les électeurs ont placée en eux.

En effet, Honorable Président, dans un régime républicain, chacun des trois pouvoirs à son rôle et ses limites dans l’accomplissement de la vision du gouvernement pour le pays dont il dirige le destin. Ce, destin est d’autant plus lourd en Guinée que le peuple a été martyrisé pendant les 60 ans de colonisation suivis de 50 ans de dictatures toutes sanglantes. Pour diverses raisons, l’essor de développement économico-social du pays a été annihilé pour le classer parmi les plus pauvres de ce monde en dépit de ses richesses naturelles immenses. Si la démocratie est l’alternance du pouvoir, la jouissance par le peuple de ses droits à la souveraineté et la possession de tous ses pouvoirs républicains, la Guinée et son peuple, Honorable Président, devraient jouir de l’aurore de l’état de droit qui garantisse la justice sociale, la paix, et la sécurité pour tous. Contrairement au contenu de ce rêve séculaire, notre peuple est quasi abandonnéà son sort. L’insécurité est sans précédent dans le pays, l’injustice sociale est institutionnalisée, l’instabilité est entretenue par le gouvernement même, et la santé du peuple n’est pas une priorité pour le pouvoir, pour ne citer que ceux-là.

1 L’insécurité: L’attaque des populations à domicile, dans les rues, et sur nos routes inter préfectorales par des gangs armés se décrie de jour en jour et les forces de sécurité certainement moins équipées, restent impuissantes pour les contrer. Ces forces doivent avoir des agents bien formés et équipés car ils ont à combattre des groupes redoutables et équipés.

  1. L’injustice sociale: Aujourd’hui comme hier, des agents de l’état abusent de leur pouvoir pour confisquer les droits des populations et, en cas de revendication, l’état utilise la force pour les tuer sans justification. Le cas est devenu régulier ces quatre dernières années en Forêt (Saoro, Zowota, Dyécké-Bignamou) où des populations désappropriées de leurs terres ou d’autres biens et privés de compensations proportionnelles, sont froidement abattues par les forces de l’ordre sans aucune intervention de l’état. L’intimidation des manifestants, solution éphémère et irrationnelle, reste l’arme privilégiée du pouvoir au lieu d’une solution légale définitive. Il n’y a de justice que contre les attaquants du pouvoir, mais pas contre ceux du peuple.
  2. Le refus du pouvoir de considérer de façon proactive les besoins primaires du peuple contribue à l’instabilité sociale. Sans les mouvements populaires, le gouvernement ne pense pas aux besoins primaires des citoyens. Un peuple qui s’est longtemps résigné, nourri que de promesses sans cesse rafraichies, a tout le droit de n’en plus croire quel que soit le leader qui les fait. Le peuple a maintenant besoin de leaders pragmatiques, agissant plus qu’ils ne parlent pour réaliser ses rêves, car il est encore au bas de l’échelle: Il est couché sur des lingots d’or et n’en jouit pas; nage dans des nappes d’eau partout mais pas une goutte pour boire; à des terres fertiles mais l’autosuffisance alimentaire reste pour lui un slogan; a de grandes potentialités hydroélectriques mais s’écrie involontairement devant un flash de lumière électrique.
  3. La santé du Peuple: Aucun projet de développement dans un pays n’est plus important que la santé du peuple menacé par une épidémie létale. Celui que chacun de nous regarde dans son miroir ne laisserait pas de L’argent dans son compte bancaire pour mourir de palu parce que tout simplement il voudrait l’investir dans un projet familial. Un pays est comme le corps humain. Quand le cancer attaque l’orteil, la cuisse ne doit pas se croire épargnée du fait de son éloignement. La gangrène peut s’irradier dans toute la jambe jusqu’au-delà et le corps tout entier pourrait en pâtir. En Janvier 2014, la fièvre Ebola a fait sa première apparition en Guinée Forestière. Cette maladie à la contagiosité légendaire depuis l’ex- Zaïre, n’a pas inquiété le gouvernement au point de prendre des mesures préventives immédiates pour en arrêter la propagation. Jugeant la Forêt trop éloignée de la capitale, il a négligé son impact sur une population très mobile à cause des transactions économiques inter-régionales. Il n’a commencéà prendre des mesures qu’après les premiers cas à Conakry.

Aujourd’hui encore, c’est pendant que cette maladie réapparait toujours en Forêt, que des sommes fabuleuses sont transférées dans des banques étrangères alors qu’elles pourraient être destinées à l’équipement des agents techniques de santé qui risquent tant leurs vies pour sauver celles des malades. Le ministre de la santé et ses agents techniques n’ont que leurs formations professionnelles et leurs initiatives pour agir; mais ils ont besoin du minimum de moyens appropriés pour le faire. Des matériels et équipements nécessaires doivent être mis à leur disposition. Que ce soit l’argent des contribuables ou les dons de la communauté internationale qui est considéré cadeau, quel message le gouvernement donne-t-il à nos observateurs internes et externes à travers ce transfert frauduleux au moment où le peuple est en détresse? Nos donateurs pourraient-ils croire à nos appels S.O.S quand ils voient que leurs dons ne sont pas utilisés pour les fins auxquelles ils étaient destinés?

Aujourd’hui, les statistiques donnent un taux de mortalité du virus de 67% en Guinée, le plus élevé par rapport aux autres pays victimes. Un père de famille ne doit rien ménager pour sauver ses enfants malades; de même, un gouvernement ne doit rien ménager pour sauvegarder la vie de son peuple. Négliger l’épidémie en Forêt c’est exposer la vie de tout le peuple de Guinée en danger, car toute épidémie se combat plus facilement et plus efficacement quand elle se déclare que quand les victimes se multiplient.

Notre gouvernement semble avoir perdu de vue cette logique élémentaire.

Honorable président, le sort de la Guinée et des guinéens n’intéresse vraiment que les vrais patriotes et ceux qui ont l’amour de ce pays. Face à ce panorama triste, l’indifférence de votre assemblée qui a attiré l’attention de certains observateurs qui se sont prononcés là-dessus, est notoire. Des trois pouvoirs qui ont la destinée de ce pays en main, votre institution est celle qui représente le peuple, vous êtes ses élus, vous devrez être les défenseurs inaliénables de ses intérêts et droits; c’est de votre devoir de vous informer et soumettre à l’attention du pouvoir central à l’hémicycle, les problèmes qui menacent vos citoyens et en faire des propositions concrètes et réalistes. Les élus ne doivent pas penser revenir au peuple que pendant les échéances électorales pour solliciter sa confiance.

La Guinée ne changera un jour, que quand ses élus et gouvernants seront sensibles aux problèmes des gouvernés qu’ils ont été et qu’ils redeviendront après leurs retraites des affaires publiques; et que l’assemblée nationale joue son rôle régulateur du pouvoir en votant des lois qui privilégient les aspirations du peuple et de la nation.

Sa passivité face à la pandémie actuelle est traumatisant pour le peuple qui n’a qu’elle comme avocat de ses droits. Face aux critiques de vos propositions de salaire, vous avez demandez au peuple de <<cesser de penser petit>>.

Vous avez défendu votre intérêt en tant que parlementaires en votant pour vos salaires qui, aujourd’hui, surplombent ceux des plus hauts fonctionnaires de l’état. Ne <<pensez pas petit>>à l’hémicycle devant les budgets pour subvenir aux besoins du peuple qui vous a élus et placés dans ce confort. Ne donnez pas raison à ceux qui pensent qu’un représentant du peuple a tendance à ignorer les difficultés de ce peuple et défendrait mal ses intérêts s’il est placé dans un grand confort relatif; qu’il devrait vivre à peu près les mêmes réalités pour pouvoir lutter à les changer pour le meilleur et pour tous.

Le monde change et nos mentalités doivent changer. Pour un peuple dans les ténèbres, les leaders constituent la lumière qu’il doit suivre pour atteindre ses rêves. Avec intégrité, engagez-vous sur la voie du renouveau en Guinée, où les dirigeants ne pensent pas seulement qu’à eux-mêmes, mais aussi et surtout, au sort du peuple, l’intérêt national. C’est la manière radicale d’instaurer la justice et la paix sociales qui favorisent la stabilité que nous avons besoin. La stabilité a son tour donnerait confiance aux observateurs étrangers et les encouragerait à investir dans notre pays. Dans l’instauration de l’état de droit, les leaders doivent donner les premiers exemples et veiller à ce qu’ils soient suivis par les citoyens.

Honorable Président, dans ce contexte historique de notre pays, votre rôle est plus que déterminant. Si le peuple compte sur toutes les institutions républicaines, la vôtre est le support incontestable de son espoir. Révisez votre position face à ses misères et détresses puis qu’il vous a confié la mission de guider son destin et décider à sa place pour trouver les solutions heureuses à ses problèmes. Les moyens ne vous manquent pas car la Guinée est très riche. Si ce n’est sous l’empire d’un égocentrisme extrême, on peut bien jouir des privilèges du pouvoir et satisfaire son peuple; c’est une question de volonté, de gestion, de détermination et d’esprit de justice sociale. Vous pouvez et devez réussir cette mission car une assemblée, de par sa composition, est omnisciente et omnipotente. Aidez le président à ne pas tomber dans les erreurs et faiblesses qu’il a longtemps dénoncées et vécues, c’est la vraie loyautéà la nation et au leader. Son échec dans son mandat est aussi le vôtre, car vous êtes à ses côtés pour analyser sa vision et ses projets. Etre de la mouvance présidentielle ne signifie pas soutenir toutes les actions de l’exécutif, même les plus rétrogrades; tout comme être de l’opposition ne signifie pas s’opposer même à ses actions salutaires. Il s’agit de connaitre et supporter les intérêts du peuple et de la nation. Aucun président ne réussira à changer positivement la Guinée si les gouvernants, élus ou nommés, ne lui disent pas la vérité qui conduit au progrès; comme aucun président ne réussira s’il hait la vérité de ses collaborateurs pouvant l’aider à rectifier ses tirs.

 Votre premier test et défi de l’heure, c’est L’Ebola qui fait l’épée de Damoclès sur le peuple. Prenez des actions urgentes et sauver la Guinée; sauvez vos familles, vos relations, vos précédents et futurs électeurs. Nul n’est à l’abri. La survie et l’honneur de la nation en dépend. Adeptes et opposants jouissent du bien-être public et l’avenir radieux de ce pays comme ils périssent également des conséquences de la négligence des gouvernants. L’Ebola n’a pas de parti; ne l’oublions pas.

Cece Monemou pour www.actuconakry.com/E-mail:  cjmonemou@hotmail.com

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