RGPH3. Bandian Diallo, directeur technique du Bureau central de recensement: « si tu veux gâter ton pays… » (entretien)

« Vous pensez que je peux accepter de tricher… ? Pour qui ? Si tu veux gâter ton pays, tu mets en doute les services chargés de publier les statistiques officielles. » C’est par ces mots que Mamadou Badian Diallo, directeur technique du bureau central de recensement nous a reçu dans son bureau, faisant savoir qu’il est à ce service depuis 1977 et qu’il a assisté aux trois recensements que la Guinée a connus. C’est lui aussi qui aurait dirigé le recensement de 1996 comme celui de 2014. Alors lui qui serait prêt à aller en retraite, quelle raison aurait-il à tricher ? Et pour qui le ferait-il ? se demande-t-il.
Badian Diallo était à la fois décontracté et gêné. Gêné, parce qu’il est sous les vives critiques de certains hommes politiques et médias qui ‘’voudraient mettre son travail à l’eau’’.

Détendu, parce que ‘’conscient’’ du travail ‘’administratif et honnête’’ que le Bureau central de recensement a fait ‘’au service de la population’’.
Poursuivant ses explications, Mamadou Badian Diallo sort un tableau où sont récapitulés les résultats du recensement.

Selon ce document, la région administrative de N’Zérékoré et la capitale Conakry ont le même le poids : 15,7% contre 18,7% pour la région administrative de Kankan.
Parlant du rapport homme-femme, il fait remarquer qu’il y a plus d’hommes à Conakry que de femmes : « Nous avons regardé le rapport de masculinité. C’est-à-dire combien d’hommes il y a pour 100 femmes. A Conakry, quand vous prenez 100 femmes, il y a 101 hommes. Ça se comprend. C’est la migration. Quand les autres sont à 95%, 99%, Labé et Mamou, c’est faible. Pourquoi ? C’est les hommes qui quittent.»
M. Badian explique cette situation de la Moyenne Guinée par le fait du changement d’activités économiques. Si avant les gens pratiquaient l’agriculture et l’élevage, tel n’est plus le cas depuis l’intégration du libéralisme économique à la suite de l’arrivée de la deuxième République.
« Et on ne peut pas vendre au sien de sa population. Si tout le monde est commerçant qui va acheter ? C’est ce qui explique la migration des Peulhs. Ils sont partout et ça donne l’impression qu’ils sont plus nombreux que tout le monde. Nous sommes dans les marchés, partout où il y a forte agglomération. Il n’y a pas de problème. Le Peulh vient y vendre. Allez-y au marché de Siguiri, de Kérouané, de Mandiana. Et cela s’explique par ça. C’est les hommes qui quittent et laissent les femmes là-bas. Il y a même une étude qui vient d’être faite par la FAO. La féminisation de la main d’œuvre agricole au Foutah. Parce que c’est les femmes qui font maintenant l’agriculture. Tous les hommes font autres activités. Ils quittent. Voilà cette situation globale. Ça c’est en 2014 », explique-t-il.
«Depuis 1983, ajoute-il, les gens ont changé d’activités économiques. A ce moment c’étaient des agriculteurs, des éleveurs. Après le libéralisme prôné par le régime d’alors, les gens se sont intéressés au commerce. Et on ne peut pas vendre là où on est. Si tout le monde vend qui va acheter ? »
Pour mieux étayer ce qu’il dit, il exhibe un second tableau dans lequel sont inscrits tous les résultats des recensements de 1983, 1996 et 2014.
«En 1983, souligne-t-il, on a dénombré 4 millions 660 mille habitants en Guinée. N’Zérékoré a 15,2%. Quand on dit que la population de l’intérieur ne peut pas être supérieure à celle de la capitale, ce n’est pas vrai. Parce que c’est la migration. A ce moment Labé avait 13, près de 14% de la population.

En 1996, on a dénombré 7 millions 155 mille. N’Zérékoré avait 18,8% alors que Conakry continue de garder 13,6%. Mais la population de Conakry augmente, de 710 mille à 1 million 200 mille et à 1 million 600 mille. Celui qui n’est pas statisticien ne peut pas comprendre. Il va dire que la population n’a pas augmenté, mais ça a augmenté partout. Ça augmenté de plus qu’à Conakry. Et puis, Conakry a continué de garder sa population et puis le déséquilibre a commencé. Deuxièment c’était la région de Kankan qui passe de 13 à 14%. Ça ne peut être que l’effet de la migration. Labé quitte du poids 13,8 à 11. Mamou de 9% à 8%. »
Le directeur technique du BCR justifie les 14% de la région de Labé e 1983 par le fait qu’à l’époque les gens ne migrer pas. Des centres éducatifs étaient partout, et l’Etat avait le monopole du commerce, des entreprises.
Pour les 18,7% de la région de N’Zérékoré en 1996, M. Badian affirme que cela est dû à la présence massive des réfugiés venus du Libéria et de la Serra Léone, mais au marché de Guéckédou, devenu marché sous-régional à l’époque.
Pour lui, l’évolution de la population guinéenne est une histoire dont la compréhension n’est possible que grâce aux trois recensements : « Vous pensez que c’est la première fois que la d’une région est supérieure à celle de Conakry ? La population guinéenne est une histoire. Et cette histoire n’est saisie qu’à travers ces trois recensements. En dehors de ça rien d’autre ne peut l’expliquer. Voilà donc l’évolution de la population de 83 à 2014. »

Ce recensement est-il exhaustif ? «Ah ! Cette question, nous ne pouvons pas la répondre », avoue-t-il.
Il annonce quand même qu’une enquête va être organisée à cet effet : «Nous organisons maintenant une enquête post-censitaire pour la couverture. Nous, c’est la population [10 628 972] qui a été dénombrée. Si on nous attaque sur côté-là, peut-être oui. Et nous allons dire non. Il y a l’opération qui se fait…, nous ne cachons rien. On est en train de préparer ça : est-ce le recensement a été exhaustif partout ? Mais ce qu’on a effectivement recensé, c’est ça. On va retourner dans les ménages voir est-ce que tout le monde a été recensé.»
M. Badian Diallo a rappelé que Bureau central du recensement (BCR) travaille avec le système des Nations unies. Et que c’est même la représentante pays UNFPA qui a validé les chiffres.
A la suite de cette enquête post-censitaire on saura si la Guinée compte 10 millions 628 mille 972 ou si ce chiffre sera revu en hausse.
Avec mediaguinee

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