A Rio, le bonheur de la Copa est à la plage

La journée avait commencé sous un soleil radieux, elle s’est terminée dans la douceur nocturne d’une brise de mer. Déjà le matin, à quelques heures du match France-Allemagne, une certaine légèreté flottait dans les rues de Rio de Janeiro. Les drapeaux et perruques jaunes et vertes semblaient plus nombreux que d’habitude. En une des quotidiens cariocas, les joueurs de la Seleção affichaient même crânement leur « confiance » avant d’affronter en fin de journée les Colombiens. Oubliés les pleurs du match douloureux remporté contre le Chili. Finies les dissensions internes du groupe survenues ces derniers jours. Même les sondages se sont invités dans la partie : selon une enquête publiée la veille, la Coupe du monde a amélioré l’humeur du pays. C’est dire.

Le bonheur du jour ne pouvait être que brésilien. Deux heures avant le coup d’envoi du match du Brésil, la plage de Copacabana était noire de monde. Les commerçants du fameux quartier touristique se frottaient une nouvelle fois les mains. Les longues files devant les petits vendeurs de rues n’en étaient qu’à leurs débuts. « Depuis le coup d’envoi de la Copa, j’ai l’impression de vivre un Carnaval tous les jours », sourit le jeune barman à caïpirinhas de la petite « Barraque des étoiles » plantée sur le sable. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, c’est très fort ! »

Au Fan-fest, les portes d’accès ont été envahies avant même le coup d’envoi. Vingt à trente mille personnes, peut-être davantage, se pressent autour de l’immense enceinte qui enserre l’écran géant. Dedans, dehors, les maillots jaunes de l’équipe brésilienne forment une marée sans fin. Les tricots jaunes des colombiens se mêlent à la vague humaine dans une ambiance bon-enfant. L’autre écran géant, à peine plus loin, sans portique ni grillage, accueille une foultitude de fans et de supporters. Brésiliens bien sûr comme le vieux João qui n’en finit pas de pester contre l’absence « de projet de jeu » des coéquipiers de Neymar. Ou encore Sabrina qui assure, après le deuxième but des Auriverde, que l’équipe va gagner la Coupe, « même contre les Argentins ».

En bordure de plage, un groupe de colombiens crie le temps d’une minute après le pénalty de James Rodriguez. Beaucoup d’Allemands étaient là eux-aussi, sortis tout droit du métro après leur victoire contre la France au Maracanã. Comme ce petit groupe de Cottbus, ex-Allemagne de l’est, qui dit, tout sourire, « ne pas prendre partie » pour le match en cours. Barth, lui, est américain mais porte le maillot de la Mannschaft, « parce qu’il ne lui restait plus rien à se mettre d’autre ». Le jeune Ogly vient d’Australie et soutient l’équipe du Brésil. Comme tout le public, il retiendra son souffle lors de la sortie de Neymar sur civière.

Le match est terminé, les feux d’artifices illuminent le ciel et des dizaines de fans survoltés se jettent dans la mer, certains tout habillés. L’annonce du forfait de Neymar pour la fin du Mondial ne sera diffusée que bien plus tard.

Mickael, jeune parisien venu en couple, plie délicatement son drapeau français sur l’Avenue Atlantica. « On fera mieux lors de la prochaine Coupe d’Europe de 2016 qui se jouera chez nous », se console-t-il. Comme tant d’autres ici, il est venu pour le football mais aussi pour découvrir le pays. Ensemble, ils resteront jusqu’à la finale du Maracanã, « sans billets, mais avec toute cette ambiance ».

Dans un troquet du coin, à l’angle de Nossa Senhora de Copacabana, quatre jeunes français sont affalés sur une petite table au fond de la salle. Le Fruti Vita est bondée et s’exclame à pleins poumons devant l’unique télévision, en noir et blanc la plupart du temps. Les quatre ruminent leur défaite en silence. Ils disent seulement qu’ils resteront, eux-aussi, jusqu’à la finale. Le cœur gros.

Nicolas Bourcier (Rio de Janeiro) le monde.fr

 

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