PROJET SIMANDOU : Les avantages et les dessous

Depuis la signature, le lundi 26 mai dernier, du Cadre d’investissement du projet Simandou en ce qui concerne les blocs 3 et 4, il n’est plus question que de cela. Le gouvernement en particulier s’évertue, dans une sorte de communication agressive, à en ressortir les avantages et bénéfices pour la Guinée. Il est vrai qu’il s’agit, bien entendu, d’un gigantesque projet qui nécessite notamment de gros investissements et qui promet des milliers d’emplois. Mais comme on peut en douter, ce n’est pas que Rio Tinto et les autres partenaires aient naïvement consenti tout, sans contrepartie. La Guinée a également fait des concessions dont on parle moins. De même, la communication gouvernementale s’appesantit très peu sur la date de démarrage effectif de l’exploitation proprement dite. Parce justement, c’est là une question qui dépend de contingences que les autorités guinéennes ne maîtrisent pas forcément. Là, c’est motus et bouche cousue !

Une affaire de gros sous

Le projet Simandou, c’est tout d’abord une affaire de gros chiffres. Pour sa mise en œuvre, quatre partenaires unissent leurs forces. Il s’agit de Rio Tinto (46,57 %), Chinalco (41,3 %), Etat guinéen (7,5 %) et SFI (4,625 %). Il nécessite un investissement estimé à 20 milliards de dollars américains. Ce qui fait dire au ministre guinéen des mines et de la géologie, Kerfalla Yansané, qu’il permettra de triplé le PIB de la Guinée qui, actuellement, se situe autour de 6 milliards de dollars américains. Quand il aura atteint sa vitesse de croisière, son rythme de production sera de 100 millions de tonnes de minerai de fer par an. Il générera environ 45.000 emplois directs et indirects.

Pour drainer le minerai du site de Simandou à la côte, une voie ferrée de 650 km sera construite. En plus, un port en eau profonde sera également aménagé à Benty, dans la préfecture de Forécariah. Outre ces chiffres mirobolants, les autorités guinéennes estiment que « la construction et l’amélioration des routes, et le développement des réseaux de communication par fibre optique et sans fil appuieront indirectement l’essor économique des communautés qui se trouvent le long du tracé des infrastructures (« Corridor de Croissance Sud »). Kerfalla Yansané ajoute même les avantages que, selon lui,  agriculteurs, sylviculteurs et autres commerçants pourraient en tirer.

Des redevances et impôts

Du point de vue des redevances et impôts, la Guinée pourrait aussi se frotter les mains. En effet, avec un taux d’imposition de 30 % appliqué aussi bien sur Simfer SA que sur la société possédant les infrastructures, le gain pourrait être non négligeable. Pour ce qui est de redevances, la Guinée les percevra au taux de 3,5 % pour tout minerai exporté. Enfin, au titre de la contribution au développement économique des communautés locales, Simfer SA et la société gestionnaire des infrastructures verseront à la partie guinéenne 0,25 % du chiffre d’affaires annuel.

Ce dernier taux, replacé dans le contexte des gros investissements que nécessite le projet et étalé sur une quarantaine d’années, peut paraître intéressant. Sauf qu’il ne représente encore que la moitié de ce que les communautés auraient dû recevoir, selon les dispositions du dernier code minier guinéen. Celui pour lequel le chef de l’Etat s’est tellement battu. Invité ce matin par nos confrères d’Espace FM Guinée à justifier l’écart, le ministre des mines guinéen avoue que le Cadre d’investissement ainsi signé est une sorte de mariage entre l’ancien et le nouveau code.

Comme Areva au Niger

Les partenaires semblent avoir procédé comme Areva avec l’Etat nigérien. Sur un autre aspect de la convention, on dit que la part de la Guinée  peut aller de 7.5 % aujourd’hui à 35 % dans 20 ans. Mais là aussi, ce qu’on ne dit pas, c’est au détriment de qui, la part guinéenne augmentera ainsi ? En effet, en additionnant les différentes actions attribuées à chaque partenaire, on aboutit à 99.995 %. Du coup, pour que la part guinéenne puisse augmenter au-delà de 0.005 %, il faut logiquement que celle de quelqu’un d’autre baisse. Mais déjà en attendant, selon le dernier code minier, la Guinée aurait dû disposer tout de suite de 15 % et non de seulement 7.5 %. Le mariage entre les deux codes est passé par là !

L’on ne dit pas non plus à quelle date l’exportation de la première tonne de minerai sera effective. Certes, chez nos confrères des ”Grandes Gueules”, poussé à bout, Kerfalla Yansané a lâché « 2018 ». Mais il n’était pas très sûr de lui et par conséquent, ne s’est pas davantage élargi dessus. S’exprimant sur les ondes de RFI, Alan Davies, chef de la direction du groupe Diamants et minéraux de Rio Tinto est plus réaliste. Estimant que la signature du Cadre d’investissement et l’envergure du projet offrent « les meilleures chances de lever des fonds à long terme de sorte que le projet puisse avancer », il avoue néanmoins : « il y a des variables que nous ne contrôlons pas (…) Là où nous sommes aujourd’hui, tout n’est pas en notre pouvoir ».

Et on peut penser que les variables dont il parle sont notamment en rapport avec le contexte de contraction économique qui affecte le monde, mais aussi les risques d’instabilité sociopolitique qui planent sur la Guinée ou encore la plainte de BSGR au sujet des blocs 1 et 2 dont il vient d’être dépossédé. Il est vrai que devant de telles incertitudes, ce n’est pas évident de mobiliser une rondelette somme de 20 milliards de dollars américains.

Au finish, du « qui perd-gagne » ?

Au finish, c’est à se demander si, à court terme, la signature de ce Cadre d’investissement ne sert pas exclusivement le président Alpha Condé et les partenaires extérieurs. Pour ce qui est du chef de l’Etat, en vendant l’espoir contenu dans ce projet, il peut espérer récolter des bénéfices électoralistes certains. Alors que Rio Tinto et Chinalco notamment peuvent, en faisant valoir leurs actions en bourse, engranger de gros sous. Et attendre, pour que l’arrivée de la trop importante masse de fer du Simandou, ne fasse chuter les marchés et leurs intérêts ; il fallait mettre l’oiseau en cage. C’est tout comme.

Fode Kalia Kamara pour GuineeConakry.info 

 

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