LES DOSSIERS DE KARIM WADE-TAKKAL Et la lumière fuit

 

 

Dans la saga des dossiers de Karim Wade, ancien ministre d’Etat sous le régime de son père, le Président Abdoulaye Wade, que nous avons entamé dans notre édition d’hier, mercredi 6 Novembre 2013, sur l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci), le fameux plan Takkal qui visait à régler « définitivement » la crise énergétique dans le pays tout en épargnant le pays et l’économie des longues coupures intensives de la Senelec, figure en bonne place. Le projet piloté alors par Karim Wade aura été un autre scandale financier qui aura englouti une bonne part du budget national sans que le problème ne soit réglé et dans des conditions de mal gouvernance inédites.

On se rappelle de ce spectacle désolant de la mort de trois bébés à la crèche de l’hôpital de Ziguinchor, faute d’électricité et que les populations de la capitale du Sud n’oublieront pas de si tôt. Un drame emblématique des années de braise électrique. En effet, le pays a été placé durant ces dernières années sous l’emprise de coupures régulières d’électricité. La glace et l’eau fraîche étaient devenues des denrées rares, la conservation des aliments quasi-impossible à cause de l’interruption du courant coïncidant avec la période de forte canicule. Outre ces désagréments, les délestages ont eu des impacts négatifs sur l’activité économique. Toutefois cette situation infernale a fait le bonheur de certains commerçants, notamment les vendeurs de groupes électrogènes. Nombre de grandes, petites et moyennes d’entreprises et de particuliers ont été contraints de s’en équiper.

Pour venir à bout de cette crise énergétique, le régime libéral lance un plan de restructuration du secteur de l’énergie  autrement appelé Plan Takkal qui a mobilisé 650 milliards FCFA pour sa mise en œuvre sur la période 2011-2014. A l’occasion d’une rencontre avec la représentation nationale, Karim Wade s’était voulu rassurant. Ainsi avait-il souligné : « Ce plan va accélérer le développement économique du Sénégal. Nous avons une démarche participative et inclusive. Souvent, les plans sont restés dans les tiroirs ». Insinuant par là que ce ne serait pas le cas cette fois puisque , « nous sommes en guerre pour avoir de l’énergie ». Il n’y avait pas d’alternative car avait-il affirmé : « pour relever les défis de l’émergence, nous devons mettre en œuvre ce plan ».

Avec dans sa caisse 365 milliards F Cfa, l’Etat du Sénégal s’engage dans une opération de quête de 145 milliards pour combler le déficit. Pour réussir ce pari, le ministre de l’Economie et des Finances, Abdoulaye Diop a expliqué que : « En réduisant les dépenses fiscales, on peut trouver les fonds. Nous allons également revenir sur certaines exonérations et revoir le taux d’impôts sur les sociétés qui ont de gros bénéfices ».

Où va l’argent du plan Takkal ?

Si le Plan Takkal est d’une ambition sans commune mesure, sa mise en œuvre a été une vaste opération de pillage des deniers publics, les autorités concernées par sa réalisation ayant relevé toutes leurs limites quant à la gestion du dossier.

Malgré l’apport des bailleurs, notamment l’Agence française de développement (40 milliards), la Banque islamique de développement, le prêt de 34 milliards de la Banque Atlantique Sénégal, le gouvernement s’est évertué à mobiliser les 653 milliards répartis comme suit : 40 milliards pour la réhabilitation des infrastructures existantes, 470 milliards  pour le déploiement de nouvelles capacités (production, transport et distribution), 143 milliards pour la restructuration de la Senelec.

143 milliards de gré à gré : Karim hausse le taux des marchés par entente directe

Il a été noté durant les six derniers mois de l’année 2011 un marché par entente directe entre la Senelec et la Société africaine de raffinage (Sar) d’une valeur de 115 milliards F Cfa. C’est la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) qui a sonné l’alerte en donnant plus de détails sur le projet. Au cours du quatrième trimestre de l’année 2011, l’organe de contrôle a relevé que « la Senelec a passé un marché par entente directe de 65 milliards F Cfa avec la Sar, le 14 octobre 2011, pour la fourniture de produits finis (Diesel, Gasoil, Fuel) dans le cadre du plan Takkal ». La direction a évalué les marchés par entente directe pendant cette période pour un montant estimé à 142. 020. 572. 072 FCFA.  Ainsi donc, sur les 661 milliards FCFA de marchés publics passés en 2011, 143 l’ont été par entente directe. Ce faisant, Karim Wade réussissait à  hausser le taux de marché par entente directe de 14% par rapport à 2010 en le faisant passer de 8% à 21,5%. Ce qui est allé au-delà du seuil de 20% fixé par le Fonds monétaire international auquel le Sénégal avait souscrit dans le cadre de l’Instrument de soutien à la politique économique (Ispe). Un dépassement de plus qu’il convient de mettre sur le compte de Wade fils. D’ailleurs ce taux aurait pu être majoré aux dires de la Dcpm qui n’avait pas manquer de souligner que les acquisitions de combustibles par la Senelec n’avaient pas été prises en compte.

Le rapport trimestriel de la Dcmp avait ensuite enfoncé le clou, faisant remarquer que le ministre d’Etat, ministre des Infrastructures, de l’Energie, de la Coopération internationale et des Transports aériens avait passé un autre marché par entente directe de 86 milliards F Cfa. La Senelec contractait un autre marché de 50 milliards FCFA pour la fourniture de produits finis, la société Wärtsilä France bénéficiant d’un montant de 36,946 milliards F CFA pour la réalisation clé en main de l’extension des centrales de Bel Air (18,135 milliards) et de Kahone (18,810 milliards). Pendant ce temps-là, l’entreprise Aggreko accapare le marché d’une centrale temporaire de production de 10 Mw de la centrale de Boutoute à Ziguinchor pour un montant de 775 millions.

Il est à rappeler que ce mode de passation de marché avait été rendu possible par la modification de l’article 3 du code des marchés publics par le décret 2012-01 du 02 janvier 2012, à l’insu de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp).

Les populations déversent leur colère

Pour autant, cette procédure utilisée dans le cadre du projet dit Plan Takkal n’avait  pas pu résoudre le problème des délestages. Les quartiers continuaient de baigner dans l’obscurité des heures durant. Une situation qui avait fini de soulever l’ire des populations, occasionnant plusieurs manifestations. Les locaux de la Senelec et autres bâtiments publics ont été les principales cibles des populations, Dakar et les capitales régionales renouant avec les émeutes.

Outre les barricades érigés dans les rues, les locaux de la Senelec de Yeumbeul, Daroukhane et des Parcelles assainies ont subi le courroux des protestataires qui exigeaient le précieux jus.

Macky continue

Conscient de l’importance qu’accordent les Sénégalais à la gouvernance vertueuse des deniers publics, le Président Macky Sall s’engage dans la traque des biens mal acquis pendant cette période conformément à la demande sociale. Il faut toutefois relever, pour s’en désoler que passation des marchés par entente directe ne sont pas encore un vieux souvenir. Il en va ainsi de la centrale à charbon de Mboro, région de Thiès, dont le marché a été octroyé par entente directe à la société Africa Energy.

Même si le Directeur de la Sénélec s’est voulu rassurant. « Il y a bel et bien eu du gré à gré dans le marché de construction d’une centrale à charbon à M’boro. Mais dans la transparence totale. Les 80 ou 100 milliards que l’Etat versait à la Senelec, en guise de compensation, il pourra en disposer pour d’autres postes », avait-il souligné.

Prévu pour une durée de 36 mois, la réalisation de la centrale (charbon et  gaz) va coûter plus de 300 milliards FCFA. Le coût moyen de production va revenir à 66F Cfa kilowatts/heure, selon le Directeur de la Senelec

Ibrahima Baldé pour sudonline.sn

Tel de www.actuconakry.net : 00224 631 63 63 87

 

 

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