Laye Kouyaté, chargé de com à EDG: « C’est le Ministère de l’Energie qui a signé le contrat avec les Brésiliens »

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Apparemment, rien ne va plus entre le Ministère d’Etat de l’Energie et la direction générale (défunte coordination générale) de l’Electricité de Guinée (EDG). Et pour cause, la situation calamiteuse de l’EDG mais aussi la construction de 100 mégawatts confiée à une société brésilienne qui met du temps. Et Conakry replonge dans le noir sur fond d’émeutes. Le Ministère et Edg, par chargés de communication interposés, s’envoient des piques. Car personne ne veut porter la couronne d’épines de la dégradation de la desserte en électricité. Surtout chose chère à Alpha Condé, président guinéen, qui en fait son affaire. Et Dieu seul sait que les moyens n’ont pas manqué. Le grisbi signé entre le gouvernement guinéen et la société brésilienne est évalué à plus de 144 millions de dollars. 96 millions US ont été déjà empochés par cette société sud américaine. Le chiffre n’est pas exagéré. Il vient de Laye Kouyaté, chargé de communication à EDG. Dans cette bouillabaisse, le ministre Papa Koly Kourouma qui s’est réfugié dans un silence joue là son avenir politique. Nava Touré, le nouveau patron d’EDG, nommé en avril dernier, est lui aussi dans un mutisme total. Laye Kouyaté quant à lui ne manque pas de mots et de chiffres pour enfoncer le clou. Nous l’avons rencontré vendredi à son bureau. Croustillant… et un peu leste !
Mediaguinee: Pourquoi vous avez tant de mal à communiquer suffisamment pour faire comprendre aux citoyens les difficultés réelles auxquelles votre entreprise EDG est confrontée ?
Laye Kouyaté : Contrairement à ce que vous dites, je crois que nous communiquons beaucoup maintenant. C’est vrai qu’on ne communiquait pas par exemple sur des cas de dépannage au niveau d’un quartier. Mais depuis fort longtemps, nous avons pris l’habitude d’informer les aimables clientèles. Dès qu’il y a panne aujourd’hui, nous communiquons et nous disons à nos clients concernés par ces pannes que de telle heure à telle autre, il y a des travaux d’entretien. Je crois que certaines radios privées de la place sont mieux placées pour témoigner ce que je viens de dire.
Depuis pratiquement plusieurs jours la capitale Conakry connaît des agitations liées à l’insuffisance de la déserte. Quel commentaire avez-vous par rapport à cet état de fait ?
D’abord je vous remercie et je profite de votre micro pour présenter au nom de la direction générale de l’Electricité de Guinée toutes nos excuses à nos aimables clientèles pour cette détérioration de la déserte indépendante de notre volonté. Vous savez, la production de l’EDG a deux composantes. Il y a la composante hydroélectricité et il y a la composante centrale thermique. Garafiri qui est le plus grand barrage de la Guinée ne produit que 75 mégawats qui ne peuvent même plus alimenter la ville de Conakry. Et au niveau du système Samou, ce sont les micro-barrages, des barrages à la file de l’eau qui sont installés et qui n’ont pas une grande capacité de production. Beaucoup de ces micro-barrages ont été installés au lendemain de notre indépendance. Mais à l’époque, la population n’était pas si grande et ce sont ces micro-barrages qui continuent encore à donner du courant. A niveau de l’hydraulique, c’est seulement au temps du général Lansana Conté (ndlr, deuxième président de Guinée, décédé en décembre 2008 après 24 ans de règne) que Garafiri a été construit. Mais malheureusement ce barrage a une capacité moyenne par rapport à la demande d’aujourd’hui. A l’avènement du Pr Alpha Condé, il n’y avait que moins de 80 mégawatts sur tout le territoire national. C’est pourquoi le Pr Alpha Condé a fait venir les techniciens et un diagnostic a été fait. Je précise que j’étais le porte-parole et j’ai clairement dit ce jour à Monsieur le Président de la République que la solution n’était autre que la construction des barrages. Il (le président) nous a dit qu’il était d’accord et nous a demandé combien de temps prendrait la construction de ces barrages. Nous lui avons répondu qu’il fallait au minimum quatre ans. Il a répliqué pour dire sa population ne pouvait pas attendre 4 ans. C’est à l’issue de cette rencontre que le président a demandé de trouver une solution alternative pour pouvoir soulager les populations. Le Président était pressé de donner du courant à sa population et c’est dans ce cadre là que l’adjonction thermique des 100 mégawatts a été commandée en urgence. Et à l’époque, après l’expertise, il y avait 17 groupes logés dans les 5 centrales à Tombo et sur ces 17, il n’y avait que 7 qu’on pouvait récupérer. Les 10 étaient en épave. Ils ont été tous dégagés et on a commencé l’adjonction thermique qui était un programme d’urgence. Ce contrat a été signé entre le Gouvernement guinéen et une société brésilienne le 5 octobre 2011 et le délai d’exécution était prévu pour 6 mois.

Pourquoi alors après ces 6 mois prévus les Guinéens n’ont pas toujours du courant qu’il faut ?

Mon frère, ce contrat a été signé par le ministère d’Etat chargé de l’Energie et à l’Environnement en tant que maître d’ouvrage. L’entreprise énergie Anne Mining Ascevra a signé, le ministère de l’Economie et des Finances l’a signé ainsi que l’Administration Générale des Grands Projets (AGGP). Vous savez l’EDG n’est pas une société d’investissement. Tout ce qui est investissement relève de l’Etat et quand l’Etat investit dans le domaine de l’Energie, le maître d’ouvrage c’est le ministère d’Etat chargé de l’Energie. Après le projet, on fait la réception provisoire et les réserves sont portées. Après la levée des réserves, la réception définitive est effectuée et après tout ça que l’équipement est transféré à l’EDG pour son exploitation. A ce jour, certainement dans la mise en œuvre dudit contrat, cette société brésilienne a été butée. Sinon le Gouvernement guinéen de son côté a fourni de grand effort. Pour preuve, le montant du marché en question se chiffre à plus de 144 millions de dollars. Le montant décaissé aujourd’hui selon le document à ma possession est de 96 millions de dollars et il reste à décaisser un peu plus de 48 millions de dollars. Donc, cette société ne peut pas dire que même la plus petite centrale qui est Tombo 1 n’est pas prête. Parce que comme vous le savez, les 100 mégawatts ont été repartis en trois sites. Premier est Tombo 1 qui fait 24 mégawatts et la société a commencé ses travaux par ça. Tombo 2 fait 26 mégawatts. Du côté de Kipé, les 50 autres mégawatts se trouvent là-bas. Tombo1 qui est la plus petite centrale n’est pas fonctionnelle. Comment vous trouvez cela de la part de cette société ? Je lance un appel au Président de la République, au Gouvernement qui ont eu cette belle initiative d’appeler les parties engagées dans ce projet pour que nous puissions avoir le plus rapidement possible les 100 mégawatts dans notre parc de production.
En termes de capacité, l’EDG dispose de combien de mégawatts disponibles pour qu’on puisse comprendre pourquoi il y a déficit ?
Si mes calculs sont exacts, on n’a pas plus de 86 mégawatts aujourd’hui. Aujourd’hui, Garafiri est barrage régulateur. Sa puissance diminue en fonction du niveau d’eau. Mais très malheureusement, on n’était plus proche de la côte morte. La côte morte signifie le niveau d’eau qui ne peut pas faire tourner la centrale. Si tu tournes, c’est la gravitation qui se créée et la boue risque d’aller au niveau des filtres. Pour éviter ces différentes réactions, les consignes d’exploitation nous ont donné un certain seuil que nous respectons pour ne pas perdre la centrale.

Avez-vous un message aujourd’hui à l’endroit des populations qui pensent que l’EDG refuse de donner le courant ?

Ce n’est pas un refus de la part du Gouvernement non plus d’EDG. Ce qui est clair, c’est que la population a besoin de l’électricité et notre mission traditionnelle est de donner le courant à cette population. Si nous n’arrivons pas à satisfaire cette population, nous ne pouvons que leur présenter des excuses et leur dire de nous accorder du temps. Quelles (populations) sachent que nous sommes entrain de travailler. Les récentes manifestations ont fait perdre assez de choses à l’EDG. Nous avons perdu l’agence commerciale de Lambanyi hier (ndlr, jeudi dernier). Cette agence commerciale avait double casquette parce qu’elle abritait le siège du projet PRELET financé par la BID et la BAD. C’est ce projet qui est entrain de réhabiliter aujourd’hui le réseau et le transport de distribution de Ratoma et de Matoto. Aujourd’hui, ce projet a tout perdu, tout est allé hier en fumée. L’agence de Tombolia est également endommagée sans compter les véhicules des citoyens qui ne travaillent pas à l’EDG. La violence ne règle pas le problème d’électricité. Je mets mes deux mains au dos pour demander à la population de nous accorder du temps. Tout le monde voit aujourd’hui l’adjonction thermique même si elle a pris du temps sera réalisée ainsi que la construction du barrage Kaléta. Chaque fois qu’il y a des manifs, nous perdons des équipements, des matériels et tout ça nous retarde d’avantage. Je présente encore les excuses de l’EDG à la jeunesse. Quelle comprenne que nous savions effectivement leur souffrance. Tout leur joyau aujourd’hui est lié au courant. Je veux parler de l’internet, des téléphones et d’autres choses.
Propos recueillis par Youssouf M’bemba Keita
+224 657 371528

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