Libre opinion : Appel à l’opposition républicaine ; Et à tous les démocrates

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Pour enrayer le lent et inexorable processus de rwandisation de notre pays, je lance un Appel pressant  à l’opposition républicain , afin qu’elle  prenne toutes ses responsabilités pour une vraie et durable solution de sortie de crise.

Aucun observateur sérieux de la société guinéenne ne peut nier le risque réel d’une déflagration sociale. A Conakry la tension sociale inter-ethnique  est palpable partout.

Cette interminable crise socio-politique  qui ronge notre pays comme une maladie incurable, ne pourra être résolue définitivement que par Réconciliation Nationale après la tenue d’une conférence nationale : Vérité-Justice- Réconciliation. L’opposition devrait impulser désormais la dynamique de la conférence nationale en vue d’une vraie et saine réconciliation. Elle rendrait un  immense  service historique à la Guinée.

L’état de dégradation  du tissu social est  tel que la voie de la dernière chance reste et demeure  une vraie et saine Réconciliation, résultant  d’une Conférence nationale souveraine, même si ce mot fait peur.

La question des élections législatives ne constitue plus le véritable enjeu ; c’est désormais la survie de notre nation qui est en cause.

En effet, depuis 1958 la Guinée n’a jamais été aussi proche d’une déflagration sociale qui pourrait lui être fatale. Si les choses continuent en l’état, nous devons craindre le pire.

Les élections ne constituent pas une fin en soi, elles ne sont jamais  synonymes ni de Démocratie, ni de paix sociale ou de progrès socio-économique. Toutes les dictatures du monde ont toujours organisé des élections.

.Il est  normal et louable que les partis politiques aillent aux élections pour la conquête du pouvoir. Cependant les partis doivent pouvoir résister aux mirages et aux séductions de l’électoralisme, lorsque des élections présentent un réel danger pour la paix et la cohésion nationale. Ce qui est le cas aujourd’hui dans notre pays.

L’ampleur et la violence des récents affrontements en région forestière  prouvent à suffisance  qu’aucune élection, aujourd’hui, ne peut s’organiser dans la sérénité requise, sans violences et sans dangers pour la paix sociale et l’unité nationale.

« Car de quelque  côté qu’on regarde, la crise, la faillite, la déconfiture  de l’Etat, sont évidentes. Les institutions sont bloquées, le présent et l’avenir incertains, pour ne pas dire  désespérés ; et les autorités en place sont tellement disqualifiées qu’elles ne peuvent plus ni engager ou dégager valablement le pays et son avenir. » Pr Alfa I. Sow

Aujourd’hui  les guinéens sont désorientés, perturbés, donnant l’impression d’être incapables de juger de ce qu’ils doivent faire  ou ne pas faire. N’ayant plus de repère,  le pays est enlisé dans l’imposture, la violence, oubliant simplement que le mal engendre le mal. Ainsi la Guinée est devenue l’enfer sur terre !

Lorsque je lis la Déclaration de l’opposition, j’ai l’impression de lire la même chose après chaque tuerie ou exaction sur les populations, c’est toujours la même rengaine à chaque folie meurtrière du régime. La mort des dizaines de personnes est traitée avec une banalité déconcertante, alors que le pays brûle !

Les uns et autres rivalisent dans les lamentations , les condamnations, de condoléances ; tout le monde  est consterné, mais le problème demeure entier.

Le  Mal guinéen : c’est  l’Imposture au pouvoir, sans éthique, sans justice, sans aucune compassion pour des populations abandonnées à elle- mêmes !

Chers compatriotes nous avons quasiment toujours raté nos rendez-vous avec l’histoire, Mais aujourd’hui une remise en question nous est indispensable. Ce qui me parait être la vérité, c’est que le Mal guinéen, qui s’appelle la mal gouvernance, est très  profond ; il  plonge ses racines dans un système gangréné, vieux de plusieurs décennies. Il est donc plus que temps que nous en fassions le vrai et le bon diagnostic.

Aujourd’hui,  nous avons tous le dos au mur ; pour tous les guinéens de toute ethnie, de toute région, tous  les partis politiques du pouvoir comme de l’opposition, les organisations de la société civile, l’heure de vérité a sonné.

Nous ne pouvons plus nous  permettre de rater cette ultime occasion sans aller carrément dans le mur. Les Démocrates guinéens, au-delà de leur appartenance doivent désormais voir la réalité en face : le pouvoir actuel est incapable de sortir le pays de l’ornière. Cependant, il ne s’agit plus de changer une équipe par une autre, il faut changer le Système.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il s’agit de tout un système, le même, depuis l’indépendance ayant son idéologie et sa base sociale, ses acteurs et soutiens intérieurs et extérieurs.

Notre lutte doit  viser, non pas une personne ou une ethnie, mais tout le système qui a ses partisans dans toutes les ethnies, dans toutes les régions de notre pays. Ce système de mal gouvernance  caractérisée par son opacité, sa fourberie et son imposture.

Mon intime conviction  a toujours été  que la situation de blocage politique depuis plusieurs  décennies en Guinée  se trouve  essentiellement dans  cette  mal gouvernance  et que le sous -développement socio-économique, plus les rivalités ethno-régionales n’en  sont que les conséquences.

Pour avoir un changement en profondeur en vue d’une bonne gouvernance politique, sociale et économique, ce n’est plus le remplacement d’un président de la république par un autre ou d’une équipe ministérielle par une autre, il nous faut déraciner tout le système.

Lorsque l’on veut éliminer une plante toxique on ne se contente pas seulement de couper les feuilles ou les branches, il faut extraire toute la plante avec ses racines.

Aujourd’hui, comme hier, nous avons toujours pensé qu’il suffit d’enlever la personne qui est à la tête de l’état pour régler le problème. La plupart des guinéens pensent que dès que le chef sera éliminé, tout le système s’effondrera et disparaitra, entrainant du coup la solution de tous les problèmes créés  par le système.

Mais rappelons – nous, en 1984, à la fin de la première République, le  parti-état du PDG –RDA, s’est mué pour donner naissance à un nouveau parti-état le PUP,  qui lui- même donne naissance aujourd’hui à un autre  parti-état du RPG-arc-en-ciel, avec ses crieurs publics, ses marabouts lecteurs du Saint Coran à toutes les occasions, ses associations de soutien inconditionnel.

Et la ronde continue! Il est grand temps pour nous, de procéder à une remise en question sur notre manière de voir notre pays dans son ensemble, de revoir nos méthodes de travail.

A chaque fois  l’opposition ne fait  que : constater, déplorer, condamner, présenter ses condoléances aux familles.

La tragédie meurtrière qui vient de se dérouler à N’zérékoré et à Beyla  le lundi 15 juillet avec une soixantaine de morts vient  s’ajouter à l’interminable liste macabre des victimes du pouvoir du Président Alpha Condé. Cette tragédie montre, s’il en était encore besoin l’ état de déliquescence du pouvoir en place, avec une absence totale de justice, chacun se rendant justice ! L’impunité  est totale.

Les conflits éclatent partout dans le pays., ils ne sont pas  qu’entre  des communautés ethniques différentes. Ces conflits   peuvent se produire au sein d’un même groupe pour des  raisons diverses et variées. Certains sont passés sous silence…

Par exemple cette année, il y a eu dans la région de Siguiri des conflits entre seize villages pour raison de terre domaniale

Faraba  -Soukoula huit bleesés par balles.

Doko- Siabada, deux blessés.

Kaméréna-Frassababein : deux morts,et  huit blessés.

Diambaya- Allayana : un blessé.

Doura- Bramako : deux blessés

Wodembalein- koumassangban : six blessés

Faradamannin-GbédéGbè : un blessé

Bananfara- KonKoï  deux blessés.

Ces conflits s  qui éclatent partout en Guinée sont inter-ethniques, inter religieux ou intra ethniques, comme dans le cas de ses villages de Siguiri. C’est le régime dictatorial en place qui sécrète  cette situation par manque de justice  et  d’un Etat de droit.

Car  « c’est l’Etat de droit , qui permet aux citoyens de défendre leurs droits et implique de la part du pouvoir législatif et pouvoir judiciaire, qu’ils donnent pleinement effet aux Droits de l’Homme et aux libertés fondamentales et suppose un système judiciaire équitable, accessible et indépendant. »

L’opposition aura beau dénoncer, condamner les pratiques d’un autre âge, déplorer l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces violences, cela ne  nous avancera nulle part. Pour sortir de la crise socio-politique, il faut et il suffit  à notre pays une Refondation de l’Etat, pour une bonne gouvernance.

La société guinéenne actuelle et le pouvoir en place gardent les  séquelles profondes de la dictature  prédatrice, corrompue violente et inhumaine qui doit être désormais balayée par une refondation de l’Etat guinéen lors d’une conférence nationale, afin de poser les bases de la Bonne Gouvernance.

«  C’est  la bonne gestion des affaires publiques, notamment la gestion transparente et responsable de toutes les ressources d’un pays aux fins d’un développement durable et équitable » qui est le gage de la Démocratie. Car il n’y pas de développement sans démocratie et il n’y pas de démocratie sans développement » président F. Mittérand

La véritable solution a été presque annoncée à quelques mots près   dans le sixième paragraphe  de la déclaration :

« L’opposition en appelle au sens de responsabilité des leaders d’opinion, des sages et religieux, des associations de jeunes, des groupements féminins, des responsables politiques, des médias publics et privés ainsi que l’ensemble des citoyens guinéens pour demander de s’inscrire  dans une vraie dynamique d’apaisement et de réconciliation nationale»…… par Une Conférence Nationale Souveraine.

Le vrai dialogue social et la réelle  politique de réconciliation que réclame l’opposition ne peuvent se réaliser qu’au décours d’une conférence nationale.

Il est grand temps que les démocrates guinéens, de quelque bord que ce soit se retrouvent  sur la question de la Réconciliation  nationale, comme une impérieuse nécessité et une priorité nationale. Mais elle ne peut se faire  qu’à l’issue d’une conférence nationale, qui ne devrait être confondue avec un lieu d’affrontements et de règlements de comptes  irresponsables.

C’est la voie royale pour remettre notre pays sur les rails, car elle permettra de réconcilier les populations avec elles-mêmes et avec leur Histoire.

Tout en donnant de la crédibilité à notre lutte politique sur le plan national et  international, la conférence  nationale nous redonnera confiance et espoir dans avenir commun.

Vive La Guinée

Vive la Paix

Dr B. Diakité.

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